L'unité et la trinité de Dieu se rapportent également à sa nature et demandent qu'on les traite de façon particulière.
L'unité de Dieu signifie qu'il n'y a qu'un seul Dieu et que la nature divine est entière et indivisible. Qu'il n'y a qu'un seul Dieu, c'est la grande vérité de l'Ancien Testament (Deu. 4.35, 39 ; 1 Ro. 8.60 ; És. 45.5ss.). La même vérité est fréquemment enseignée dans le Nouveau Testament (Mc. 12.29-32 ; Jn. 17.3 ; 1 Co. 8.4-6 ; 1 Ti. 2.5). Mais Dieu n'est pas seulement un, il est aussi le seul Dieu ; en tant que tel, il est unique (Ex. 15.11 ; Za. 14.9). Il ne peut y avoir qu'un seul être infini et parfait. Le fait de postuler deux ou plusieurs êtres infinis est illogique et inconcevable.
Que la nature divine soit entière et indivisible est sous-entendu dans Deu. 6.4 : "Écoute, Israël L'Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel !" (Voir aussi Mc. 12.29 ; Ja. 2.19). Dieu n'est pas constitué de parties et ne peut pas être divisé en parties. Son être est simple, numériquement un, exempt de toute composition ; l'homme est composé, ayant à la fois une partie matérielle et une immatérielle. Mais Dieu est Esprit et n'est susceptible d'aucune division semblable. Cette unité n'est cependant pas incompatible avec la conception de la Trinité, car l'unité n'est pas la même chose qu'une unité. Une unité est caractérisée par un simple élément. L'unité de Dieu permet l'existence de distinctions personnelles dans la nature divine, tout en reconnaissant que la nature divine est numériquement et éternellement une. L'unité implique cependant que les trois personnes de la Trinité ne soient pas des essences séparées à l'intérieur de l'essence divine. Un grand nombre de sectes ont rompu sur ce point avec la foi chrétienne historique en refusant d'accepter la doctrine des trois personnes mais d'une seule essence.
La doctrine de la Trinité n'est pas une vérité de la théologie naturelle mais de la révélation. La raison peut nous montrer l'unité de Dieu, mais la doctrine de la Trinité vient de la révélation directe. Bien que le terme "Trinité" n'apparaisse pas dans la Bible, il a été employé très tôt dans l'Église. Sous sa forme grecque, trias, il semble avoir été utilisé pour la première fois par Théophile d'Antioche (vers 181 apr. J.-C.) et, sous sa forme latine, trinitas, par Tertullien (vers 220 apr. J.-C.). Dans la théologie chrétienne, le terme "Trinité" signifie qu'il y a, dans l'unique essence divine, trois distinctions éternelles connues respectivement comme le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Ces trois distinctions sont trois personnes et nous pouvons parler de la tripersonnalité de Dieu. Nous adorons le Dieu trinitaire. Le Symbole dit d'Athanase exprime ainsi la croyance en la Trinité :
"Nous adorons un Dieu dans la Trinité, et la Trinité dans l'Unité, sans confusion des Personnes et sans division de la substance." Il poursuit en disant : "Les trois Personnes sont coéternelles et égales. De telle sorte qu'... il faut adorer l'Unité dans la Trinité et la Trinité dans l'Unité."
Il faut distinguer la doctrine de la Trinité du trithéisme et du sabellianisme. Le trithéisme refuse d'admettre l'unité de l'essence de Dieu et soutient qu'il y a trois Dieux distincts. La seule unité qu'il reconnaît, c'est l'unité d'intention et d'effort. Dieu est une unité d'essence aussi bien que d'intention et d'effort. Les trois personnes sont consubstantielles. Le sabellianisme s'en tient à une Trinité de révélation, mais non de nature. Il enseignait que Dieu, en tant que Père, est le Créateur et le législateur ; en tant que Fils, c'est le même Dieu qui, incarné, remplit la fonction de rédempteur ; et en tant que Saint-Esprit, c'est le même Dieu dans l'œuvre de la régénération et de la sanctification. Autrement dit, le sabellianisme enseignait une Trinité modale plutôt qu'une Trinité ontologique. Le modalisme parle d'une triple nature de Dieu, dans le même sens qu'un homme peut être à la fois artiste, professeur et ami, ou père, fils et frère. Mais il s'agit en fait d'un rejet de la doctrine de la Trinité, car ce ne sont pas trois distinctions dans l'essence, mais trois qualités ou mode de relations dans une seule et même personne.
Il est bien vrai que la doctrine de la Trinité est un grand mystère. Elle peut paraître à certains comme une énigme intellectuelle ou une contradiction. La doctrine chrétienne de la Trinité, aussi mystérieuse qu'elle semble être, n'est pas un fruit de la spéculation mais de la révélation. Qu'est-ce que Dieu a révélé dans sa Parole au sujet de cette doctrine ?
Bien que l'accent dans l'Ancien Testament soit surtout mis sur l'unité de Dieu, il ne manque cependant pas d'indices de la pluralité dans la divinité ni de suggestions à l'effet que cette pluralité est une Trinité.
Il est intéressant de remarquer que Dieu utilise des pronoms pluriels (Ge. 1.26 ; 3.22 ; 11.7 ; És. 6.8) et des verbes au pluriel (Ge. 1.26 ; 11.7) par rapport à lui-même. Le nom de Dieu (Elohim) est un nom pluriel et peut laisser sous-entendre la pluralité, bien que cela ne soit pas certain. Il s'agit probablement d'un pluriel d'intensité plutôt que de pluralité.
Nous trouvons dans les faits suivants des indications plus précises que cette pluralité est une Trinité :
1. Il y a une distinction entre l'Éternel et l'Éternel. Nous lisons dans Ge. 19.24 : "Alors l'Éternel fit pleuvoir du ciel sur Sodome et sur Gomorrhe du soufre et du feu, de par l"Éternel" et dans Osée 1.7 : "Mais j'aurai pitié de la maison de Juda ; je les sauverai par l'Éternel, leur Dieu" (voir aussi Za. 3.2 ; 2 Ti. 1.18).
2. Il y a une distinction entre le Fils et le Père. Le Fils, parlant par le prophète Ésaïe, dit : "Le Seigneur, l'Éternel, m'a envoyé avec son Esprit" (És. 48.16 ; voir aussi Ps. 45.7ss. ; És. 63.9ss.). Nous lisons dans Ps. 2.7 : "Tu es mon fils ; Je t'ai engendré aujourd'hui." Jésus est non seulement appelé le Fils de Dieu (Ro. 1.4), mais aussi son Fils unique (Jn. 3.16, 18) et son Fils premier-né (Hé. 1.6). Jésus-Christ ne devint pas le Fils éternel de Dieu à l'incarnation ; il était Fils avant d'être donné (És. 9.5). "Dont les activités remontent aux jours anciens, aux jours de l'éternité" (Mi. 5.1).
3. Il y a également une distinction entre l'Esprit et Dieu. Nous lisons dans Ge. 1.1 : "Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre." Le verset 2 déclare : "L'Esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux." Remarquez aussi la déclaration suivante : "Mon Esprit ne restera pas à toujours dans l'homme" (Ge. 6.3 ; voir aussi No. 27.18 ; Os. 51.13 ; És. 40.13 ; Ag. 2.4ss.).
4. Le triple emploi du mot "saint" dans És. 6.3 (voir aussi Ap. 4.8) de même que la triple bénédiction de No. 6.24-26 peuvent aussi suggérer une Trinité.
L'expression qui revient souvent dans l'Ancien Testament, "l'ange de l'Éternel", fait particulièrement allusion à la deuxième personne de la Trinité avant son incarnation. Ses apparitions dans l'Ancien Testament préfigurent sa venue en chair. L'ange de l'Éternel est identifié à l'Éternel mais cependant distinct de lui. Il apparut :
Il frappa 185 000 Assyriens (2 Ro. 19.35), se tint parmi les myrtes dans la vision de Zacharie (Za. 1.11), défendit le souverain sacrificateur Josué contre Satan (Za. 3.1ss.) et fut un des trois hommes qui apparut à Abraham (Ge. 18). À la lumière des indices ci-dessus de la Trinité dans l'Ancien Testament, nous en concluons avec Berkhof : "L'Ancien Testament nous fait déjà entrevoir clairement la pleine révélation de la Trinité dans le Nouveau Testament"1.
1 — Berkhof, Systematic Theology, p. 86.
La doctrine de la Trinité nous est présentée plus clairement dans le Nouveau Testament que dans l'Ancien. On peut la prouver de deux manières : par des déclarations et des allusions générales, et en démontrant qu'il y a trois personnes qui sont reconnues comme Dieu.
1. Les déclarations et les allusions générales. A plusieurs reprises, les trois personnes de la Trinité sont présentées ensemble et sont apparemment sur un pied d'égalité l'une par rapport à l'autre. Au baptême de Jésus, l'Esprit descendit sur lui et la voix de Dieu venant du ciel l'identifia comme son Fils bien-aimé (Mt. 3.16ss.). Jésus pria que le Père envoie un autre Consolateur (Jn. 14.16). Les disciples reçurent l'ordre de baptiser au nom (sing.) du Père, du Fils et du Saint-Esprit (Mt. 28.19). Les trois personnes de la Trinité sont associées dans leur œuvre (1 Co. 12.4-6 ; Ep. 1.3-14 ; 1 Pi. 1.2 ; 3.18 ; Ap. 1.4ss.). De plus, la bénédiction apostolique regroupe les trois (2 Co. 13.13).
2. Le Père est reconnu comme Dieu. Si l'on feuillette brièvement le Nouveau Testament, on découvrira que le Père est à maintes reprises identifié comme Dieu (Jn. 6.27 ; Ro. 1.7 ; Ga. 1.1).
3. Le Fils est reconnu comme Dieu. La doctrine de la divinité de Jésus-Christ est cruciale pour la foi chrétienne. "Que pensez-vous de Jésus-Christ ?" est une question d'une suprême importance (voir Mt. 16.15 ; 22.42). Jésus-Christ est certainement le plus grand de tous les hommes, mais il est infiniment plus qu'un simple homme. On peut prouver de diverses manières qu'il est Dieu.
a. Les attributs de la divinité. Jésus-Christ possède les cinq attributs qui sont incomparablement et distinctement divins : l'éternité, l'omniprésence, l'omniscience, l'omnipotence et l'immuabilité.
1) Il est éternel.
Il était non seulement avant Jean (Jn. 1.15), avant Abraham (Jn. 8.58) et avant que le monde fut (Jn. 17.5, 24), mais il est "le premier-né de toute la création" (Col. 1.15), puisqu'il existait "au commencement" (Jn. 1.1 ; voir aussi 1 Jn. 1.1) et, en fait, depuis les "jours de l'éternité" (Mi. 5. 1). Pour ce qui est de l'avenir, il subsiste éternellement (Es. 9.5s. ; Hé. 1.11ss. ; 13.8). C'est le Père qui lui communique la vie et il s'agit là d'un processus éternel Jn. 5. 26 ; voir aussi Jn. 1.4).
2) Il est omniprésent.
Il était au ciel pendant qu'il était sur la terre (Jn. 3.13) et il est sur la terre tout en étant au ciel (Mt. 18.20 ; 28.20). Il remplit tout (Ép. 1.23).
3) Il est omniscient.
Il connaît toutes choses (Jn. 16.30 ; 21.17). En fait, en lui "sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science" (Col. 2.3). Plusieurs exemples de son omniscience nous sont donnés dans les Évangiles. Il savait ce qu'il y avait dans l'homme (Jn. 2.24ss.), il connaissait l'histoire de la femme samaritaine (Jn. 4.29), les pensées des hommes (Lu. 6.8 ; 11.17), le moment et la façon dont il quitterait ce monde (Mt. 16.21 ; Jn. 12.33 ; 13.1), celui qui le trahirait (Jn. 6.70ss.) et le caractère et la façon dont se terminerait l'époque actuelle (Mt. 24 ; 25). Il connaissait le Père comme aucun mortel ne peut le connaître (Mt. 11.27).
Il est vrai que certains passages semblent indiquer qu'il n'était pas tout à fait omniscient. Il ignorait la date de son retour (Mc. 13.32), il était étonné de l'incrédulité du peuple (Mc. 6.6) et il s'approcha du figuier en s'attendant peut-être d'y trouver des figues (Mc. 11.13). Il faut cependant reconnaître que, pendant les jours de son humiliation, Jésus délaissa l'exercice indépendant de ses attributs divins. Le Père ne lui permit pas de se servir de son omniscience dans ces cas-là. Sans aucun doute, Jésus connaît maintenant le moment de sa seconde venue.
4) Il est omnipotent
(Jn. 5.19). Il est le Dieu puissant (Es. 9.5 ; voir aussi Ap. 1.8), il "soutient toutes choses par sa parole puissante" (Hé. 1.3) et tout pouvoir lui a été donné (Mt. 28.18). Il avait pouvoir sur les démons (Mc. 5.11-15), sur la maladie (Lu. 4.38-41), sur la mort (Mt. 9.11-25 ; Lu. 7.12-16 ; Jn. 11.38-44), sur les éléments de la nature (Mt. 21.19 ; Jn. 2.3-11), en fait sur toutes choses (Mt. 28.18). Au cours de son ministère sur terre, il se soumit à la volonté de Dieu et, bien qu'accomplis par la puissance de l'Esprit, ses miracles sont cités comme preuves de sa divinité (Jn. 5.36 ; 10.25, 38 ; 20.30ss.). II déclara lui-même : "Le Fils ne peut rien faire de lui-même, il ne fait que ce qu'il voit faire au Père ; et tout ce que le Père fait, le Fils aussi le fait pareillement" (Jn. 5.19).
5) Il est immuable
(Hé. 1.12 ; 13.8). Cela est vrai de ses plans, de ses promesses et de sa personne. Mais cela n'exclut pas la possibilité d'une variété de manifestations de sa part, ni une restriction de certains de ses enseignements et de ses desseins à des époques ou à des personnes particulières.
b. Les fonctions de la divinité. C'est lui qui a créé (Jn. 1.3 ; Col. 1.16 ; Hé. 1.10) et qui soutient toutes choses (Col. 1.17 ; Hé. 1.3). Ce n'est pas par accident ou par une simple loi naturelle que l'univers a vu le jour ou qu'il continue d'exister et que tout reste à sa place. C'est l'œuvre de Dieu (2 Pi. 3.5-7).
c. Les prérogatives de la divinité. Jésus-Christ pardonna les péchés (Mt. 9.2, 6 ; Lu. 7.47ss.). Aucun des disciples ne prétendit avoir cette autorité (comparer Mt. 16.19 ; 18.18 et Jn. 20.23 avec Ac. 8.20-22 et 1 Jn. 1.9). Il ressuscitera les morts à la résurrection (Jn. 5.25-29 ; 6.39, 54 ; 11.25). Ces résurrections seront différentes des trois qu'il a faites pendant qu'il était sur terre (le fils de la veuve, Lu. 7.12-16 ; la fille de Jaïrus, Mc. 5.35-43 ; Lazare, Jn. 11.38-44). Dans l'avenir, tous ses saints ressusciteront ; ils ressusciteront de la décomposition de même que de la mort ; ils ressusciteront pour ne plus jamais mourir ; et ils ressusciteront par la puissance même de Christ plutôt que par celle de l'Esprit. Et, finalement, il exécutera le jugement (Jn. 5.22) celui des croyants (Ro. 14.10 ; 2 Co. 5.10), de la bête et de ceux qu l'auront suivi (Ap. 19.15), des nations (Mt. 25.31ss. ; Ac. 17.31), de Satan (Ge. 3.15) et des méchants qui seront morts (Ac. 10.42 ; 2 Ti. 4.1 ; 1 Pi. 4.5).
d. Son identification avec l'Éternel de l'Ancien Testament. Certaines choses qui sont dites de l'Éternel dans l'Ancien Testament sont appliquées à Jésus-Christ dans le Nouveau.
e. Des noms qui impliquent la divinité.
1) Jésus a employé certaines métaphores à propos de lui-même qui impliquent un caractère surnaturel.
Par exemple, il a dit : "Je suis le pain qui est descendu du ciel" (Jn. 6.41 ; voir aussi Jn.6.50) ; "Je suis la porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé" (Jn. 10.9) ; "Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi" Jn. 14.6) ; "Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire" (Jn. 15.5). Pour se désigner lui-même, il s'est servi de certains noms qui impliquent la divinité, tels "l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin " (Ap. 22.13), "la résurrection et la vie" (Jn. 11.25) et "l'Amen, le témoin fidèle et véritable, le principe de la création de Dieu" (Ap. 3.14). De plus, il a dit : "Avant qu'Abraham fût, JE SUIS" (Jn. 8.58 ; voir aussi Ex. 3.14).
2) Il a été appelé Emmanuel.
Matthieu applique formellement És. 7.14 à Jésus (Mt. 1.22ss.). Il naquit d'une vierge et reçut le nom d'Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous. Dans le Nouveau Testament, ce nom ne revient qu'ici dans Matthieu, bien que l'on retrouve le même concept ailleurs (Jn. 1.14 ; Ap. 21.3).
3) Le terme "Parole" (Logos)
est utilisé pour souligner sa divinité (Jn. 1.1-14 ; Ap. 19.13). Bien que le terme semble avoir d'abord été utilisé par Héraclite pour représenter la raison, puis avoir été repris par Platon et les stoïciens, et avoir été finalement introduit dans la théologie juive par Philon, il semble clair que Jean ne l'a tiré d'aucune de ces sources. Il l'a très certainement pris de la personnification de la sagesse dans l'Ancien Testament et du terme hébreu memra, mais l'a renforcé du concept chrétien de la divinité.2
4) Le nom préféré de Jésus pour se désigner lui-même, c'était le Fils de l'homme. Dans tous les cas sauf un (Ac. 7.56), c'est lui qui a utilisé ce terme dans le Nouveau Testament. Ce terme n'indique pas toujours clairement la divinité, comme dans Mt. 8.20 ; 11.18ss. ; 17.12 ; et Lu. 9.44, mais c'est très souvent le cas. Par exemple, c'est en tant que Fils de l'homme qu'il a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés (Mt. 9.6), d'interpréter la loi du sabbat (Mt. 12.8) et d'exercer le jugement (Jn. 5.27). C'est en tant que Fils de l'homme qu'il donna sa vie comme rançon pour beaucoup (Mt. 20.28), qu'il enverra ses anges pour moissonner l'ivraie (Mt. 13.41), qu'il s'assiéra sur le trône de sa gloire (Mt. 19.28 ; 25.31) et qu'il reviendra (Mt. 24.44 ; 26.64). Quand Jésus déclara qu'il était le Fils de l'homme dont Daniel avait parlé, qui devait venir avec une grande puissance, le souverain sacrificateur l'accusa de blasphème (Mt. 26.63 s. ; voir aussi Da. 7.13)3
2 — Pour une discussion plus approfondie, voir Kittel, "Lego, Logos, etc." dans Theological Dictionary of the New Testament, IV, p. 130-136.
3 — Pour une discussion plus approfondie du "Fils de l'homme", voir Ridderbas, The Coming of the Kingdom, p. 31-36.
5) Jésus-Christ est appelé Seigneur.
Dans le Nouveau Testament, ce terme grec est employé de quatre façons :
On peut se demander si tous ceux qui ont appelé Jésus "Seigneur" le considéraient comme Dieu, mais à de nombreuses occasions il n'y a aucun doute que c'était effectivement le cas (Mt. 7.21ss. ; Lu. 1.43 ; 2.11 ; Jn. 20.28 ; Ac. 16.31 ; 1 Co. 12.3 ; Ph. 2.11). Le titre "Seigneur", souvent utilisé pour Jésus, est la traduction du nom hébreu Yahvé. Jésus-Christ est ainsi identifié au Yahvé de l'Ancien Testament (comparer Jn. 12.40ss. ; Ro. 10.9, 13 ; et 1 Pi. 3.15 avec Es. 6.1ss. ; Joë. 2.32 ; et Es. 8.13 respectivement).
6) Jésus-Christ est appelé Fils de Dieu.
Jésus ne s'est jamais appliqué ce titre complet dans les Synoptiques et il ne l'a fait qu'une fois dans Jean (Jn. 10.36 ; voir aussi Jn. 10.33). Il lui est cependant appliqué par les autres et il l'accepte de sorte à le revendiquer. Bien que ce terme soit aussi appliqué aux anges (Job 2.1), à Adam (Lu. 3.38), au peuple hébreu (Ex. 4.22 ; Os. 11.1), au roi d'Israël (2 Sa. 7.14) et à tous les saints (Ga. 4.6), la revendication de la filiation divine de Jésus dans Jn. 5.18, 10.33, 36 a clairement pour but d'indiquer sa divinité. Cela est sous-entendu dans l'expression "Fils unique" (Jn. 3.16, 18). Quand il reconnut être le Fils de Dieu, on l'accusa de blasphème (Mt. 26.63-65 ; voir aussi Jn. 5.18 ; 10.36). En tant que Fils de Dieu, c'est lui qui exécutera le jugement (Jn. 5.22), qui a la vie en lui-même et qui la donne à qui il veut (Jn. 5.21, 26) et qui donne la vie éternelle (Jn. 10.10). C'est la volonté du Père que tous honorent le Fils, de la même façon qu'ils honorent le Père (Jn. 5.23). Jésus est également appelé Fils dans le sens qu'il est le Messie, l'oint de Dieu (Jn. 1.49 ; 11.27). Il est également appelé Fils à cause de l'incarnation (Lu. 1.32, 35 ; Jn. 1.14).
7) Jésus est à plusieurs reprises appelé Dieu dans le Nouveau Testanent.
Jean 1.1 est très catégorique dans l'original. Il se lit comme suit : "Et la Parole était Dieu." L'absence d'article devant theos indique que "Dieu" est un prédicat. Il n'est pas question de savoir qui est Dieu, mais qui est le Logos. Il est non seulement le Fils unique, mais aussi Dieu le Fils unique (Jn. 1.18). Thomas a appelé Jésus-Christ : "Mon Seigneur et mon Dieu" (Jn. 20.28). Tite 2.13 parle de "notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ". Dieu a dit au Fils : "Ton trône, ô Dieu, est éternel ; le sceptre de ton règne est un sceptre d'équité" (Hé. 1.8). Pierre a parlé de "notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ" (2 Pi. 1.1). Nous lisons dans 1 Jn. 5.20 : "en son Fils Jésus-Christ. C'est lui qui est le Dieu véritable, et la vie éternelle" (voir aussi Ro. 9.5).
f. Certaines relations prouvent sa divinité. Dans la formule baptismale (Mt. 28.19 ; voir aussi Ac. 2.38 ; Ro. 6.3) et dans la bénédiction apostolique (2 Co. 13.13 ; voir aussi 1 Co. 1.3), le Père et lui sont placés côte à côte de même que le Saint-Esprit. Il est l'empreinte (Hé. 1.3) et l'image de Dieu (Col. 1.15 ; voir aussi Col. 2.9). Lui et le Père sont un (Jn. 10.31 ; "un" est neutre en grec, non masculin ; une substance, non une personne ; voir aussi Jn. 14.9 ; 17.11). Lui et le Père agissent ensemble Jn. 14.23 ; 1 Th. 3.11 ; 2 Th. 2.16ss.).
Tout ce que le Père a appartient également à Jésus-Christ (Jn. 16.15 ; 17.10). Le chrétien entretient la même relation à l'égard du Père qu'à l'égard du Fils (Ép. 5.5 ; Ap. 20.6).
g. L'adoration divine qui lui est rendue et qu'il accepte (Mt. 14.33 ; 28.9 ; Lu. 5.8 ; 1 Co. 1.2). Étant donné que l'Ancien Testament (Ex. 34.14) et Jésus-Christ lui-même (Mt. 4.10) déclarent que Dieu seul doit être adoré, et que des hommes ordinaires et des anges ont refusé l'adoration qui leur était offerte (Ac. 10.25ss. ; Ap. 19.10 ; 22.8ss.), que Jésus-Christ l'ait acceptée, s'il n'était pas Dieu, aurait été un blasphème. De plus, les Écritures non seulement nous informent que Jésus-Christ a été adoré, mais elles nous demandent en plus de l'adorer (Jn. 5.23 ; Hé. 1.6). S'il n'est pas Dieu, il est un imposteur ou il s'est trompé lui-même, et, dans un cas comme dans l'autre, s'il n'est pas Dieu, il n'est pas bon non plus (Christus, si non deus, non bonus).
h. La propre prise de conscience et les affirmations de Jésus-Christ comme preuves de sa divinité. À l'âge de douze ans, Jésus reconnut les droits particuliers de son Père (Lu. 2.49) ; à son baptême, il reçut l'assurance de sa filiation particulière (Mt. 3.17) ; dans le sermon sur la montagne, il se plaça lui-même au-dessus des anciens (Mt. 5.21, 27, 33-36) ; quand il envoya les disciples, il leur donna le pouvoir d'accomplir des miracles (Mt. 10.1, 8 ; Lu. 10.9, 19) ; il affirma sa préexistence (Jn. 8.58 ; 17.5), il demanda que l'on prie en son nom (Jn. 16.23ss.), il affirma que lui et le Père étaient un (Jn. 10.30 ; 14.9 ; 17.11) et qu'il était le Fils de Dieu (Jn. 10.36). La logique semble exiger que nous reconnaissions qu'il est ce qu'il savait et ce qu'il a affirmé être, ou que nous le considérions comme absolument indigne d'être reconnu.
4. Le Saint-Esprit est reconnu comme Dieu.
a. Il est une personne. Avant de pouvoir démontrer que le Saint-Esprit est Dieu, il faut d'abord établir qu'il est une personne et non une simple influence ou puissance divine, ce qui sera prouvé par les arguments suivants :
1) Des pronoms personnels sont employés à son sujet. Bien que le terme grec pour esprit soit neutre, Jésus, dans Jn. 14.26 et 16.31ss., a employé le pronom démonstratif masculin "il" (celui-là) en parlant du Saint-Esprit.
2) Il est appelé le Consolateur. Ce terme est appliqué aussi bien au Saint-Esprit (Jn. 14.16, 26 ; 15.26 ; 16.7) qu'à Jésus-Christ (Jn. 14.16 ; 1 Jn. 2.1), et puisqu'il exprime la personnalité lorsqu'il est appliqué à Jésus-Christ, il doit en être de même lorsqu'il est appliqué à l'Esprit.
3) Des caractéristiques personnelles lui sont attribuées. Il a les trois éléments essentiels de la personnalité :
- l'intelligence (1 Co. 2.11),
- le sentiment (Ro. 8.27 ; 15.30)
- et la volonté (1 Co. 2.11).
4) Il accomplit des actes personnels. Il régénère (Jn. 3.5), enseigne (Jn. 14.26), rend témoignage (Jn. 15.26), convainc (Jn. 16.8-11), conduit dans la vérité (Jn. 16.13), glorifie Jésus-Christ (Jn. 16.14), appelle l'homme à servir (Ac. 13.2), parle (Ac. 13.2 ; Ap. 2.7), dirige les hommes dans leur service (Ac. 16.6ss.), intercède (Ro. 8.26), sonde tout (1 Co. 2.10) et opère toutes choses (1 Co. 12.11).
5) Ses liens avec le Père et le Fils sont ceux d'une personne. C'est le cas dans la formule baptismale (Mt. 28.19), dans la bénédiction apostolique (2 Co. 13.13) et dans sa fonction dans l'Église (1 Co. 12.4-6 ; voir aussi 1 Pi. 1.1ss. ; Jud. 1.20ss.).
6) Il peut être traité comme une personne. On peut le tenter (Ac. 5.9), lui mentir (Ac. 5.3), l'attrister (Ép. 4.30 ; Es. 63.10), lui résister (Ac. 7.51), l'insulter (Hé. 10.29) et le blasphémer (Mt. 12.31ss.).
7) Il est distinct de sa propre puissance (Ac. 10.38 ; Ro. 15.13 ; 1 Co. 2.4). Tout cela prouve que le Saint-Esprit est une personne et non une simple influence.
b. Il est Dieu. Il n'est cependant pas une simple personne. Il est une personne divine. Cela peut être montré de différentes manières :
1) Des attributs divins lui sont reconnus.
Il est éternel (Hé. 9.14), omniscient (1 Co. 2.10ss. ; Jn. 14.26 ; 16.12ss.), omnipotent (Lu. 1.35) et omniprésent (Ps. 139.7-10).
2) Des œuvres divines lui sont attribuées, telles la création (Ge. 1.2 ;,Job 33.4 ; Ps. 104.30), la régénération (Jn. 3.5), l'inspiration des Écritures (2 Pi. 1.21 ; voir aussi Ac. 1.16 ; 28.25) et la résurrection des morts (Ro. 8.11).
3) La façon dont il est associé au Père et au Fils prouve non seulement sa personnalité mais aussi sa divinité, comme dans la formule baptismale (Mt. 28, 19), la bénédiction apostolique (2 Co. 13.13) et l'administration de l'Église (1 Co. 12.4-6).
4) Les paroles et les œuvres du Saint-Esprit sont considérées comme les paroles et les œuvres de Dieu (comparer Es. 6.9ss. avec Jn. 12.39-41 et Ac. 28.25-27 ; Ex. 16.7 avec Ps. 95.8-11 ; Es. 63.9ss. avec Hé. 3.7-9 ; Ge. 1.27 avec Job 33.4).
5) Finalement, il est expressément appelé Dieu (Ac. 5.3ss. ; 2 Co. 3.17ss.). D'autres noms divins lui sont également donnés (comparer Ex. 17.17 avec Hé. 3.7-9 ; et 2 Ti. 3.16 avec 2 Pi. 1.21). Toutes ces références prouvent que le Saint-Esprit est Dieu, tout comme le Père et le Fils. Dans l'histoire de l'Église, il y a eu certaines oppositions à la doctrine de la divinité du Saint-Esprit. Arius et ses disciples soutenaient que le Saint-Esprit avait été créé par le Fils ; Macédonius, évêque de Constantinople de 341-360 apr. J.-C., et ses disciples soutenaient que le Saint-Esprit était une créature subordonnée au Fils ; et, plus tard, Socin proposa qu'il était la manifestation éternelle de la puissance de Dieu.
Le christianisme orthodoxe a toujours défendu la divinité du Saint-Esprit. Le concile de Constantinople (381) affirma cette doctrine, tout comme le concile de Nicée (325) avait clarifié celle de la divinité de Jésus-Christ. Ces deux conciles sont considérés comme les deux premiers conciles œcuméniques de l'Église.
Comme Jésus-Christ est le Fils de Dieu, de même l'Esprit est l'Esprit de Dieu. Une controverse (la controverse du Filioque), qui survint très tôt dans l'Église, concernait la procession du Saint-Esprit. Le Saint-Esprit procédait-il du Père ou du Père et du Fils ? Le concile de Tolède (589) reconnut que l'Esprit procédait du Père et du Fils. Cette doctrine est établie de deux façons : Jésus déclara qu'il enverrait l'Esprit (Jn. 15.26) et l'Esprit est appelé l'Esprit de Christ (Ro. 8.9), de Jésus (Ac. 16.7) et de son Fils (Ga. 4.6).
1. Cette doctrine n'est pas en conflit avec l'unité de Dieu. Il y a trois personnes dans une seule essence. Bien qu'il n'y ait pas d'analogie parfaite dans l'expérience humaine pour expliquer ou illustrer la doctrine de la Trinité, l'analogie de l'esprit humain fournit cependant une suggestion. L'esprit de l'homme est capable de dialoguer avec lui-même et en même temps de passer un verdict sur ses délibérations. La Trinité est vaguement analogue à cela.
2. Ces distinctions sont éternelles. Cela est évident d'après les passages dans lesquels l'existence de Jésus-Christ avec le Père de toute éternité est sous-entendue (Jn. 1.1ss. ; 17.5, 24 ; Ph. 2.6) et d'après ceux qui affirment ou suggèrent l'éternité du Saint-Esprit (Ge. 1.2 ; Hé. 9.14). La nature de la relation éternelle entre le Père et le Fils est communément appelée la "génération", tandis que la relation entre le Père et le Fils, d'un côté, et le Saint-Esprit, de l'autre, est appelée la "procession". Par "génération éternelle" , on entend "émanation éternelle" Dieu dit : "Tu es mon Fils Je t'ai engendré aujourd'hui" (Ps. 2.7). Le mot "aujourd'hui" dénote le présent universel, l'éternel maintenant. Quand Jésus a dit : "Car, comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils d'avoir la vie en lui-même" (Jn. 5.26), il parlait d'une communication éternelle de la vie du Père au Fils. Le terme "procession", appliqué au Saint-Esprit, a à peu près le même sens que le terme "génération" par rapport au Fils, sauf que le Saint-Esprit "Procède" à la fois du Père et du Fils (Jn. 14.26 ; 15.26 ; Ac. 2-33 ; Hé. 9.14).
3. Les trois sont égaux. Cela n'exclut cependant pas l'arrangement selon lequel le Père est le premier, le Fils deuxième et l'Esprit troisième. Cela ne veut pas dire qu'il y ait différence quant à la gloire, la puissance ou la durée de l'existence, mais simplement quant à l'ordre. L'Esprit et le Fils sont égaux, bien que subordonnés au Père. Cette subordination est volontaire et non obligatoire (Ph. 2.5-7).
4. La doctrine a une grande valeur pratique.
a. Elle tient compte d'un amour éternel. L'amour existait avant la création, l'amour a cependant besoin d'un objet. L'amour circule toujours entre les personnes de la Trinité.
b. Seul Dieu peut révéler Dieu. Par Dieu le Père envoyant Dieu le Fils, Dieu pouvait se manifester.
c. Seul Dieu peut expier le péché. Cela s'est accompli par l'incarnation de Dieu le Fils.
d. Il est difficile de concevoir la personnalité existant sans société. Les personnes de la divinité établissent des rapports entre elles dans une parfaite harmonie, une parfaite société. "Si la Trinité n'existait bas, il n'aurait pas pu y avoir d'incarnation, ni de rédemption objective et par conséquent ni de salut non plus ; car personne n'aurait pu servir de médiateur entre Dieu et l'homme"4.
4 — Boettner, Studies in Theology, p. 135.