L'étude du but et de la nature de l'incarnation débouche tout naturellement sur l'analyse des deux natures que possédait Jésus-Christ : la nature humaine et la nature divine. Quelle sorte de personne était Jésus-Christ de Nazareth ?
L'humanité de Christ a rarement été mise en doute. Il y a eu des hérésies, comme le gnosticisme, qui niait la réalité de son corps, et l'eutychisme, pour qui même le corps de Christ était divin, mais, en très grande partie, l'Église primitive a soutenu l'humanité de même que la divinité de Christ. Les dérogations à la doctrine biblique ont été dans la direction d'une négation de la divinité du Christ plutôt que de son humanité. Étant donné que Christ doit véritablement devenir homme pour expier les péchés des hommes, la question de son humanité n'est pas simplement une question académique, mais bien une question des plus pratiques : quelles sont les preuves de son humanité ?
Jésus est né d'une femme (Ga. 4.4). Ce fait est confirmé par les récits de sa naissance virginale (Mt. 1.18-2.11 ; Lu. 1.30-38 ; 2.1-20). À cause de cela, il est appelé "fils de David, fils d'Abraham" (Mt. 1.1), et nous lisons qu'il est "né de la postérité de David, selon la Chair" (Ro. 1.3). Pour la même raison, Luc fait remonter sa descendance jusqu'à Adam (Lu. 3.23-38). C'était l'accomplissement direct de la promesse faite à Ève (Ge. 3.15) et à Achaz (Es. 7.14). À quelques occasions, il est appelé le fils de Joseph, mais, comme nous le verrons, ceux qui l'appellent ainsi n'étaient pas ses amis ou ne le connaissaient pas encore parfaitement (Lu. 4.22 ; Jn. 1.45 ; 6.42 ; voir aussi Mt. 13.55). La où il y aurait danger que le lecteur considère de telles désignations comme la véritable intention de l'auteur, une explication est ajoutée pour montrer que ce n'est pas le cas. Ainsi nous lisons dans Lu. 3.23 qu'il était, "comme on le croyait", fils de Joseph, et dans Ro. 9.5 que Christ est issu d'Israël "selon la chair".
On a soulevé une importante question à ce sujet : si Christ est né d'une vierge, n'a-t-il pas alors également hérité de sa mère une nature pécheresse ? La Bible est claire concernant sa séparation du péché. Elle déclare qu'il n'a "pas connu le péché" (2 Co. 5.21) ; qu'il est "saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs" (Hé. 7.26) ; et qu'il "n'y a point en lui de péché" (1 Jn. 3.5). À l'annonciation, Gabriel a parlé de Jésus comme du "saint enfant" (Lu. 1.35). Satan n'avait rien en lui (Jn. 14.30) ; il n'avait aucun droit sur le Fils, sans péché, de Dieu. "C'est le péché qui donne à Satan son emprise sur les hommes, mais il n'y a pas de péché en Jésus, contrairement aux autres hommes."1 Parce que le Saint-Esprit a miraculeusement couvert Marie de son ombre, Jésus est né sans péché.
1 — Morris, The Gospel According to John, p. 660.
Jésus a connu la croissance ordinaire des êtres humains. Ainsi nous lisons qu'il "croissait et se fortifiait. Il était rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui" (Lu. 2.40), et qu'il "croissait en sagesse, en stature, et en grâce, devant Dieu et devant les hommes" (Lu. 2.52). On ne doit pas expliquer la croissance physique et mentale de Christ comme étant principalement due à sa divinité, mais comme le résultat des lois normales de la croissance humaine. Le fait qu'il n'avait pas de nature charnelle et qu'il se soit abstenu de tout péché a sans aucun doute aidé sa croissance. Son développement mental ne peut pas être totalement attribué à ce qu'il a appris dans les écoles de son temps (Jn. 7.15), mais doit en grande partie être imputé à son éducation dans un foyer pieux, à son assistance régulière à la synagogue (Lu. 4.16), à ses visites au temple (Lu. 2.41, 46), à son étude des Écritures : (Lu. 4.17) et aussi à son emploi des Écritures dans sa tentation et à sa communion avec le Père (Mc. 1.35 ; Jn. 4.32-34).
D'après les déclarations suivantes, il est clair qu'il avait un corps humain : "En répandant ce parfum sur mon corps" (Mt. 26.12) ; "Mais il parlait du temple de son corps" (Jn. 2.21) ; "au sang et à la chair... il a participé" (Hé. 2.14) ; "tu m'as formé un corps" (Hé. 10.5) ; et "par l'offrande du corps de Jésus-Christ" (Hé. 10.10). Même après sa résurrection il a dit : "Touchez-moi et voyez : un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'ai" (Lu. 24.39).
Christ avait non seulement un corps physique et humain, mais il avait également d'autres qualités essentielles de la nature humaine, comme la rationalité et la volonté. Il pouvait raisonner et vouloir. La Bible dit qu'il a une âme et/ou un esprit : "Mon âme est triste jusqu'à la mort" (Mt. 26.38 ; voir aussi Mc. 8.12 ; Jn. 12.27 ; 13.21) ; "Jésus, ayant aussitôt connu par son esprit" (Mc. 2.8) ; et "Père, je remets mon esprit entre tes mains" (Lu. 23.46). En disant qu'il a pris notre nature, nous devons toujours faire la distinction entre une nature humaine et une nature pécheresse ; Jésus avait la première, mais pas la dernière.
On lui a donné des noms humains. Le nom "Jésus", qui signifie "Sauveur" (Mt. 1.21), est l'équivalent grec du nom "Josué" dans l'Ancien Testament (voir Ac. 7.45 ; Hé. 4.8). Il est appelé "fils d'Abraham" (Mt. 1.1) et "fils de David" ", ce dernier nom revenant très souvent dans Matthieu (Mt. 1.1 ; 9.27 ; 12.23 ; 15.22 ; 20.30ss. ; 21.9, 15). Le nom "Fils de l'homme" revient plus de 80 fois dans le Nouveau Testament. Ce nom est à plusieurs reprises appliqué à Ézéchiel (Ez. 2.1 ; 3.1 ; 4.1 ; etc.) et une fois à Daniel (Dan. 8.17). Il est employé prophétiquement au sujet de Christ dans Da. 7.13 (voir Mt. 16.28). Que ce nom ait été considéré par les Juifs comme faisant allusion au Messie est évident du fait que le souverain sacrificateur a déchiré ses vêtements quand Christ s'est appliqué cette prophétie de Daniel (Mt. 26.64ss.). Les Juifs comprenaient cette expression comme faisant allusion au Messie (Jn. 12.34), et appeler Christ le Fils de l'homme équivalait à l'appeler le Fils de Dieu (Lu. 22.69ss.). Cette expression implique non seulement qu'il est véritablement homme, mais aussi qu'il est le représentant de toute l'humanité (voir Hé. 2.6-9).
Ainsi il a été fatigué (Jn. 4.6), il a eu faim (Mt. 4.2 ; 21.18), il a eu soif (Jn. 19.28) ; il a dormi (Mt. 8.24 ; voir Ps. 121.4) ; il a été tenté (Hé. 2.18 ; 4.15 ; voir Ja. 1.13) ; il dépendait de son Père pour sa puissance (Mc. 1.35 ; Jn. 6.15 ; Hé. 5.7) ; et il a accompli des miracles (Mt. 12.28), enseigné (Ac. 1.2) et s'est offert lui-même par le Saint-Esprit (Ac. 10.38 ; Hé. 9.14). "Les chrétiens ont au ciel un souverain sacrificateur qui a une capacité inégalée pour sympathiser avec eux dans tous les dangers, les peines et les épreuves qu'ils rencontrent, parce qu il a lui-même, en vertu de sa ressemblance avec eux, été exposé à toutes ces expériences."2 De nouveau, il faut garder à l'esprit que de parler des infirmités de la nature humaine de Christ n'implique pas d'infirmités pécheresses.
2 — Bruce, The Epistle to the Hebrews, p. 85.
Jésus s'est appliqué à lui-même cette désignation humaine (Jn. 8.40). Jean-Baptiste (Jn. 1.30), Pierre (Ac. 2.22) et Paul (1 Co. 15.21, 47 ; Ph. 2.8 ; voir Ac. 13.38) l'ont appelé homme. On le reconnaissait si bien comme un homme (Jn. 7.27 ; 9.29 ; 10.33) qu'on le connaissait comme un Juif (Jn. 4.9) ; qu'on le croyait plus vieux qu'il n'était vraiment (Jn. 8.57) ; et qu'on l'a accusé de blasphème pour s'être proclamé lui-même autre chose qu'un simple homme (Jn. 10.33). Même après sa résurrection, il avait encore l'apparence d'un homme (Jn. 20.15 ; 21.4ss.). En outre, il existe aujourd'hui au ciel en tant qu'homme (1 Ti. 2.5), il reviendra (Mt. 16.27ss. ; 25.31 ; 26.64ss.) et jugera le monde avec justice en tant qu'homme (Ac. 17.31).
Les passages bibliques et les arguments utilisés plus tôt dans la discussion de la Trinité pour prouver l'égalité de Christ avec le Père prouvent aussi la réalité de sa nature divine dans son état incarné.
Il possède les attributs de la divinité ; il remplit des fonctions divines et jouit de prérogatives divines ; des choses qui sont dites de l'Éternel dans l'Ancien Testament sont dites de Christ dans le Nouveau ; les noms de la divinité lui sont donnés ; il a été adoré comme Dieu et il a accepté cette adoration au cours de sa vie terrestre ; et Christ était conscient d'être Dieu incarné et s'est présenté comme tel. Ce que nous avons ci-dessus constitue un résumé de ce qui a été considéré plus tôt lors de la discussion portant sur la Trinité.
Ce point constitue un profond mystère. Comment peut-il y avoir deux natures mais cependant une seule personne ? Bien qu'il s'agisse là d'un concept difficile à comprendre, les Écritures nous encouragent néanmoins à considérer le mystère de Dieu, à savoir Christ (Col. 2.2ss.), et Jésus affirme qu'il est possible de vraiment le connaître grâce à la révélation divine (Mt. 11.27). L'étude de la personne de Christ est très difficile parce que, à cet égard, il est unique ; il n'y a aucun autre être comme lui, et nous ne pouvons donc pas procéder du connu vers l'inconnu.
Nous devons d'abord clarifier certaines fausses conceptions. L'union entre les deux natures n'est pas comparable à la relation du mariage, car les deux parties de cette union demeurent, après tout, deux personnes distinctes. Les deux natures ne sont pas non plus unies par la sorte de lien qui unit les croyants à Christ. La nature divine n'habite pas non plus en Christ de la même façon que Christ habite dans le croyant, car il n'aurait alors été qu'un homme rempli de Dieu et non Dieu lui-même. La suggestion d'une double personnalité en Christ n'est pas biblique. Le Logos n'a pas non plus occupé en Christ la place de l'esprit ou de l'intelligence humaine, car dans ce cas Christ aurait été uni à une humanité imparfaite. Les deux natures ne se sont pas non plus combinées pour en former une troisième, car Christ n'aurait pas alors été vraiment homme. Christ n'a pas non plus revêtu graduellement la nature divine, car dans ce cas la réalité de sa nature divine aurait été dépendante de son appropriation consciente par l'humanité de Christ et non un fait en soi. L'Eglise en général a catégoriquement condamné ces différents points de vue comme étant non bibliques et par conséquent inacceptables.
Si les conceptions ci-dessus sont fausses, comment pouvons-nous montrer que les deux natures sont inséparablement liées ensemble de manière à ne constituer qu'une seule personne avec deux consciences et deux volontés ? Bien qu'il y ait deux natures, il n'y a qu'une seule personne. Et bien que les attributs d'une nature ne puissent pas être attribués à l'autre, les deux natures sont cependant attribuées à une seule personne. On ne peut pas, à proprement parler, décrire Christ comme un Dieu possédant l'humanité, ni comme un homme investi de la divinité. Dans le premier cas, l'humanité n'aurait pas sa vraie place, ni la divinité dans le dernier. La seconde personne de la Trinité a assumé l'humanité avec tous ses attributs. Il s'ensuit que la personnalité de Christ réside dans sa nature divine, parce que le Fils ne s'est pas uni à une personne humaine mais à une nature humaine. La nature humaine de Christ était impersonnelle en dehors de l'incarnation ; cela n'est cependant pas vrai de sa nature divine. Cette union en une seule personne était si complète que, comme l'observe Walvoord : "Christ avait, en même temps, des qualités apparemment contradictoires. Il pouvait être faible et omnipotent, grandissant en connaissance et omniscient, fini et infini,"3 et nous pourrions ajouter localisé et omniprésent.
3 — Walvoord, Jesus Christ Our Lord, p. 116.
Jésus parle de lui-même comme d'une seule personne ; il ne manifeste pas une personnalité divisée. De plus, les personnes avec qui il est entré en contact le considéraient comme une seule personne avec une personnalité unique et non divisée. De quoi avait-il lui-même conscience ? Jésus était évidemment en tout temps conscient de sa divinité dans sa conscience divine. Elle était pleinement en œuvre en tout temps, même dans son enfance. "Il est cependant clair que la nature humaine s'est développée et, avec elle, une conscience humaine est entrée en jeu."4 Jésus agissait parfois à partir de sa conscience humaine, et d'autres fois à partir de sa conscience divine, mais les deux n'étaient jamais en conflit.
4 — Walvoord, Jesus Christ Our Lord, p. 118.
La même chose est vraie de sa volonté. Sa volonté humaine désirait sans aucun doute éviter la croix (Mt. 26.39), et sa divine volonté d'être fait péché (2 Co. 5.21). Au cours de sa vie, la volonté de Jésus était de faire la volonté du Père (Hé. 10.7, 9). C'est ce qu'il a parfaitement accompli.
Si donc les deux natures de Christ sont indissolublement unies en une seule personne, quelle est alors la nature de cette union ? La réponse a déjà, en large mesure, été esquissée dans les paragraphes précédents. Il n'est pas possible de procéder à une analyse psychologique précise de la personnalité unique de Christ, bien que les Écritures nous donnent toutefois certaines indications.
1. Elle n'est pas théandrique. La personne de Christ est théandrique, mais pas sa nature. C'est-à-dire que l'on peut parler de l'homme-Dieu lorsque l'on fait allusion à sa personne ; on ne peut cependant pas parler de sa nature humano-divine, mais l'on doit dire sa nature divine et humaine. Cela est évident du fait que Christ avait une volonté et une intelligence infinies ainsi qu'une volonté et une intelligence bornées ; il avait une conscience divine et une conscience humaine. Son intelligence divine était infinie ; son intelligence humaine faisait des progrès. Sa volonté divine était omnipotente ; sa volonté humaine n'avait par contre que la puissance de l'humanité non déchue. Dans sa divine conscience, il a dit : "Moi et le Père nous sommes un" (Jn. 10.30) ; dans sa conscience humaine, il a dit : "J'ai soif" (Jn. 19.28). Il nous faut souligner qu'il est encore l'homme-Dieu.
2. Elle est personnelle. L'union des deux natures en Christ est appelée une union hypostatique. C'est-à-dire que les deux natures ou substances constituent une seule existence personnelle. Parce que Christ ne s'est pas uni à une personne humaine mais à une nature humaine, le siège de la personnalité du Christ est dans sa nature divine.
3. Elle inclut des qualités et des actes humains et divins. On peut attribuer à l'homme-Dieu, sous l'un ou l'autre de ses noms, aussi bien des attributs et des actes humains que divins. Nous avons ainsi des qualités et des caractéristiques humaines qui sont attribuées à Christ sous des titres divins : "Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut" (Lu. 1.32) ; "ils n'auraient pas crucifié le Seigneur de gloire" (1 Co. 2.8) ; "l'Église de Dieu, qu'il s'est acquise par son propre sang" (Ac. 20.28). D'après ces versets, nous voyons que Dieu est né et que Dieu est mort.
Il y a aussi des qualités et des caractéristiques divines qui sont attribuées à Christ sous ses noms humains : "celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme" (Jn. 3.13) ; "Et si vous voyez le Fils de l'homme monter où il était auparavant... ?" (Jn. 6.62) ; "selon la chair, le Christ, qui est au-dessus de toutes choses, Dieu béni éternellement" (Ro. 9.5) ; le Christ qui est mort est le Christ qui "remplit tout en tous" (Ép. 1.23 ; voir Mt. 28.20) ; celui par qui Dieu jugera le monde, c'est l'homme (Ac. 17.31 ; voir Mt. 25.31ss.).
4. Elle assure la présence constante aussi bien de l'humanité que de la divinité. L'humanité de Christ est présente en tout lieu avec sa divinité. Ce fait ajoute de la valeur à la pensée que Christ est dans son peuple. Il est là dans sa divinité et, par l'union de son humanité avec sa divinité, dans son humanité également.
Comme nous l'avons remarqué, un des buts de l'incarnation de Christ était qu'il puisse constituer pour nous un exemple (Mt. 11.29 ; 1 Pi. 2.21 ; 1 Jn. 2.6). Il est donc important d'étudier son caractère de manière à connaître la norme, l'idéal, de la marche chrétienne. Jeter nos regards sur cette merveilleuse personne, c'est dire avec Ésaïe : "Malheur à moi je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures, j'habite au milieu d'un peuple dont les lèvres sont impures, et mes yeux ont vu le Roi, l'Éternel des armées" (És. 6.5). Jean dit : "Ésaïe dit ces choses, lorsqu'il vit sa gloire, et qu'il parla de lui" (Jn. 12.41). Pierre a réagi d'une façon semblable à celle d'Ésaie lorsqu'il a dit : "Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur" (Lu. 5.8). Qu'est-ce qu'il y avait de si unique à propos de Christ pour amener des hommes comme Ésaïe et Pierre à réagir comme ils l'ont fait ?
Il était ce "saint enfant" (Lu. 1.35), "le Saint et le Juste" (Ac. 3.14), le "saint serviteur Jésus" (Ac. 4.27). Il était saint par nature, car le prince de ce monde n'avait rien en lui (Jn. 14.30), et il était "sans... péché" (Hé. 4.15). Il était également saint dans sa conduite, car il était séparé des pécheurs (Hé. 7.26). Il faisait toujours ce qui était agréable à son Père (Jn. 8.29). Il "n'a point commis de péché, et dans la bouche duquel il ne s'est point trouvé de fraude ; lui qui, injurié, ne rendait point d'injures, maltraité, ne faisait point de menaces, mais s'en remettait à celui qui juge justement" (1 Pi. 2.22ss.). Personne ne releva le défi lorsqu'il demanda à ses ennemis : "Qui de vous me convaincra de péché ?" (Jn. 8.46). Cependant, "il a été tenté comme nous en toutes choses" (Hé. 4.15).
Nous devons être saints parce qu'il l'est (1 Pi. 1.16). Même si nous sommes loin d'être ce qu'il a été, nous n'avons aucune excuse pour choisir un idéal inférieur à celui que les Écritures nous présentent. Si notre "visage découvert reflète la gloire du Seigneur, nous sommes transformés à la même image, de gloire en gloire, par l'Esprit du Seigneur" (2 Co. 3.18 ; voir Ps. 34.6). Christ est notre exemple de perfection ; il n'est rien de moins que la perfection absolue. Il nous a montré à être saint.
Paul dit que "l'amour de Christ... surpasse toute connaissance" (Ép. 3.19). L'amour de Christ s'adresse en premier lieu à son Père (Jn. 14.31). Il est également dirigé vers les Écritures, dans ce cas-ci vers l'Ancien Testament. Christ les a reçues comme rapportant fidèlement les événements et les doctrines mentionnées (Mt. 5.17ss.). Il s'est servi des Écritures au moment de la tentation (Mt. 4.4, 7, 10) ; il a expliqué que certaines de leurs prophéties le concernaient (Lu. 4.16-21 ; 24.44ss.) ; et il a déclaré que les Écritures ne pouvaient pas être anéanties (Jn. 10.35).
L'amour de Christ s'adressait également aux hommes, aux hommes en général. Quand Jésus regarda le jeune homme riche, il l'aima (Mc. 10.21). On l'accusa d'être "un ami des publicains et des gens de mauvaise vie" (Mt. 11.19). Il a tant aimé ceux qui étaient perdus qu'il a donné sa vie pour eux (Jn. 10.11 ; 15.13 ; Ro. 5.8). Il aime plus particulièrement ceux qui lui appartiennent. Jean parle de "celui qui nous aime qui nous a délivrés de nos péchés par son sang" (Ap. 1.5). Il a aimé ses disciples jusqu à la fin (Jn. 13.1) ; il les a aimés autant que le Père l'a aimé (Jn. 15.9) ; il aime tant les siens qu'il a donné sa vie pour eux (Ép. 5.2, 25) ; et il les aime tant, que personne ne peut les séparer de son amour (Ro. 8.37-39).
On voit cela d'abord dans son humiliation. Bien qu'égal à Dieu, il s'est dépouillé lui-même, a pris la forme d'un serviteur, est devenu semblable aux hommes, et s'est ensuite encore plus humilié en allant jusqu'à la mort ignominieuse de la croix (Ph. 2.5-8). On peut également voir son humilité dans sa conduite pendant qu'il était sur terre. Lui qui était riche s'est fait pauvre pour nous (2 Co. 8.9). Il est né dans une étable, car il n'y avait pas de place pour lui à l'auberge (Lu. 2.7) ; il n'avait pas où poser sa tête quand il allait partout pour enseigner et guérir (Lu. 9.58), si bien que des femmes qu'il avait guéries d'esprits malins et d'infirmités l'assistaient de leurs biens (Lu. 8.2ss.) ; il dut demander à Pierre de prendre un poisson pour payer le tribut du temple exigé de lui et de Pierre (Mt. 17.27) ; et il a été enseveli dans un tombeau emprunté (Mt. 27.59ss.). De plus, il s'est associé aux humbles. Il a été appelé "un ami des publicains et des gens de mauvaise vie" (Mt. 11.19 ; voir Lu. 15.2). Il s'est laissé oindre par une femme pécheresse (Lu. 7.37ss.) et lui a pardonné ses péchés (Lu. 7.47ss.). En fait, les disciples étaient d'une humble origine mais c'est cependant à eux qu'il révéla les grands mystères du royaume (Mt. 13.11, 16ss.). En outre, il s'est engagé dans le service le plus humble. Il "est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de beaucoup" (Mt. 20.28). Il a en fait lavé les pieds des disciples (Jn. 13.14). Bien qu'étant le maître de ses disciples (Mt. 23.10 ; Jn. 13.14), il voulait vraiment être reconnu comme leur ami (Jn. 15.13-15).
Il a dit lui-même : "Car je suis doux et humble de cœur" (Mt. 11.29) et Paul exhorte les Corinthiens "par la douceur et la bonté de Christ' (2 Co. 10.1). On voit également sa douceur dans le fait qu'il ne brisait pas le roseau cassé et qu'il n'éteignait pas le lumignon qui fumait (Mt. 12.20 ; Es. 42.3). On voit des exemples de cela dans ses tendres rapports avec le pécheur repentant (Lu. 7.37-39 ; 48-50), dans le fait qu'il s'adapte à l'incrédulité de Thomas (Jn. 20.29), et dans sa tendresse à l'égard de Pierre à la suite de son reniement (Lu. 22.61 ; Jn. 21.15-23). On voit sa douceur peut-être encore plus clairement dans ses tendres rapports avec Judas, le traître (Mt. 26.50 ; Jn. 13.21), et avec ceux qui l'ont crucifié (Lu. 23.34). Il ne contestait point, ne criait point et personne n'entendait sa voix dans les rues (Mt. 12.19 ; voir És. 42.2). De la même manière, le serviteur du Seigneur ne doit pas avoir "des querelles ; il doit, au contraire, être affable pour tous, propre à enseigner, doué de patience ; il doit redresser avec douceur les adversaires" (2 Ti. 2.24ss.).
Il était sérieux sans être mélancolique, joyeux sans être frivole. Il prenait la vie au sérieux. Ésaïe parle de sa vie : "Méprisé et abandonné des hommes, homme de douleur et habitué à la souffrance, semblable à celui dont on détourne le visage, nous l'avons dédaigné, nous n'avons fait de lui aucun cas. Cependant, ce sont nos souffrances qu'il a portées, c'est de nos douleurs qu'il s'est chargé ; et nous l'avons considéré comme puni, frappé de Dieu, et humilié" (És. 53.3ss. ; voir Ps. 69.10 ; Ro. 15.3 ; Hé. 2.10). En plus d'être triste, Jésus était joyeux. Il a dit : "Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite" (Jn. 15.11), et "Je dis ces choses dans le monde, afin qu'ils aient en eux ma joie parfaite" (Jn. 17.13). Nous ne lisons jamais que Jésus a ri, bien que, dans son enseignement, il a souvent introduit des choses humoristiques et ridicules (Mt. 19.24 ; 23.24 ; Lu. 7.31-35). Il est clair qu'il a pleuré (Lu. 19.41 ; Jn. 11.35). Il était affligé à cause de ceux qui rejetaient volontairement son salut gratuit (Mt. 23.37 ; Jn. 5.40). Il a porté nos fardeaux et nos douleurs, et il semble qu'il paraissait plus vieux qu'il ne l'était (Jn. 8.57). Sa joie était en grande partie la joie de l'espérance (Hé. 12.2 ; voir Es. 53.11), la joie de voir des multitudes d'âmes sauvées et avec lui dans la gloire.
Jésus a souvent prié. Luc mentionne onze occasions où Jésus a prié.
Il priait souvent devant ses disciples, mais il n'est jamais dit qu'il a prié avec eux. Il passait de longues périodes en prière, parfois des nuits entières (Mt. 14.23 ; Lu. 6.12). À d'autres occasions, il se levait tôt et se retirait à l'écart pour prier (Mc. 1.35). Il a prié avant d'accomplir de grandes tâches : avant de commencer une tournée missionnaire en Galilée (Mc. 1.35-38), avant de choisir les douze apôtres (Lu. 6.12ss.) et avant d'aller au Calvaire (Mt. 26.38-46). Il a également prié après de grands succès (Jn. 6.15). Bien qu'il ait prié pour lui-même, il n'a jamais oublié de prier également pour les siens (Lu. 22.32 ; Jn. 17). Il priait avec instance (Lu. 22.44 ; Hé. 5.7), avec persévérance (Mt. 26.44), avec foi (Jn. 11.41ss.) et avec soumission (Mt. 26.39). L'auteur de l'Épître aux Hébreux dit : "C'est lui qui, dans les jours de sa chair, a présenté avec de grands cris et avec larmes des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et il a été exaucé à cause de sa piété" (Hé. 5.7). Si le Fils de Dieu avait besoin de prier, combien plus avons-nous besoin de compter sur Dieu.
Jésus a dit : "Mon Père agit jusqu'à présent ; moi aussi, j'agis" (Jn. 5.17), et "Il faut que je fasse, tandis qu'il est jour, les œuvres de celui qui m'a envoyé ; la nuit vient, où personne ne peut travailler" (Jn. 9.4). Commençant tôt le matin (Mc. 1.35 ; Jn. 8.2), il continuait jusque tard le soir (Mt. 8.16 ; Lu. 6.12 ; Jn. 3.2). Il est intéressant de le suivre dans une de ses journées bien remplies (Mt. 12.22-13.53 ; Mc. 3.20-4.41). Il oubliait de manger (Jn. 4.31-34), de se reposer (Mc. 6.31) et même ses propres douleurs (Lu. 23.41-43) lorsqu'il avait l'occasion d'aider une âme dans le besoin. Son travail consistait à enseigner (Mt. 5-7), prêcher (Mc. 1.38ss.), chasser des démons (Mc. 5.12ss.), guérir des malades (Mt. 8 ; 9), sauver les perdus (Lu. 7.48 ; 19.9), ressusciter des morts (Mt. 9.25 ; Lu. 7.14 ; Jn. 11.43) et appeler et former ses disciples (Mt. 10 ; Lu. 10). En tant qu'ouvrier, il était caractérisé par le courage (Jn. 2.14-17 ; 3.3 ; 19.10ss.), la minutie (Mt. 14.36 ; Jn. 7.23), l'impartialité (Mt. 11.19) et le tact (Mc. 12.34 ; Jn. 4.7-30).