CHAPITRE XXV
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L'œuvre de Christ : sa mort

L'œuvre de Christ fait particulièrement allusion à la mort, à la résurrection, ascension et exaltation de Christ. Ces quatre événements seront considérés dans l'ordre chronologique dans lequel ils se sont produits. Nous considérerons d'abord la mort de notre Seigneur. Elle est considérée comme une "œuvre" qu'il a accomplie, parce qu'elle n'est ni survenue à l'improviste ni pour des raisons indépendantes de sa volonté, mais elle a résulté d'un choix précis de sa part, alors qu'il aurait pu l'éviter. C'est aussi une "œuvre" à cause de ce qu'elle a accompli pour ceux qui sont au bénéfice de cette mort. Cet emploi du terme "œuvre" est clairement justifié par la conception biblique du but et de la signification de la mort du Christ.

I. L'IMPORTANCE DE LA MORT DU CHRIST

Contrairement à ce qui est le cas pour les hommes ordinaires, c'est la mort de Christ, plutôt que sa vie terrestre, qui est de la plus haute importance. Plusieurs considérations rendent cela évident.

A. ELLE EST PRÉDITE DANS L'ANCIEN TESTAMENT

La mort de Christ est le sujet d'un grand nombre de symboles et de prophéties de l'Ancien Testament. Nous pouvons retracer un fil écarlate à travers toute la Bible : le sacrifice d'Abel (Ge. 4.4), le bélier sur le mont Morija (Ge. 22.13), les sacrifices des patriarches en général (Ge. 8.20 ; 12.8 ; 26.25 ; 33.20 ; 35.7), l'agneau pascal en Égypte (Ex. 12.1-28), les sacrifices lévitiques (Lév. 1-7), l'offrande de Manoach (Jg. 13.16-19), le sacrifice annuel d'Elkana (1 Sa. 1.21), les offrandes de Samuel (1 Sa. 7.9ss. ; 16.2-5), les offrandes de David (2 Sa. 6.18), l'offrande d'Élie (1 Ro. 18.38), les offrandes d'Ézéchias (2 Ch. 29.21-24), les offrandes à l'époque de Josué et de Zorobabel (Esd. 3.3-6), et de Néhémie (Né. 10.32ss.). Toutes ces offrandes préfigurent la grande offrande qui devait être faite par Jésus-Christ.

De plus, il y a des prophéties qui annoncent la mort de Christ. Les Psaumes prophétisent la trahison de Christ (Ps. 41.10 ; voir Jn. 13.18 ; Ac. 1.16), la crucifixion et les événements qui l'ont entouré (Ps. 22.2, 8ss., 18 ; voir Mt. 27.39ss., 46 ; Mc. 15.34 ; Jn. 19.23ss.), et la résurrection (Ps. 16.8-11 ; voir Ac. 2.25-28). Ésaïe a écrit : "Il était blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités" (Es. 53.5). Daniel indique qu'après 69 semaines le Messie sera retranché et qu'il n'aura pas de successeur (Dan. 9.26). Zacharie annonce d'avance que Christ sera vendu pour trente pièces d'argent et que cette somme servira à acheter le champ du potier (Za. 11.12ss. ; voir Mt. 26.15 ; 27.9ss.). Zacharie prédit également que le berger sera frappé (Za. 13.7) et qu'une source sera ouverte pour le péché et l'impureté (Za. 13.1). Il est donc clair que la mort de Christ est une partie importante de l'enseignement de l'Ancien Testament.

B. ELLE OCCUPE UNE PLACE PRÉÉMINENTE DANS LE NOUVEAU TESTAMENT

La dernière semaine de la vie terrestre de notre Seigneur occupe environ le cinquième des récits des quatre Évangiles. De la même manière, les Épîtres débordent d'allusions à cet événement historique. Manifestement, la mort et la résurrection de notre Seigneur étaient considérées comme étant de la plus haute importance par le Saint-Esprit, l'auteur des Écritures.

C. C'EST LE PRINCIPAL BUT DE L'INCARNATION

Comme nous l'avons dit auparavant, Jésus-Christ n'est pas venu principalement pour nous donner un exemple ou pour nous enseigner sa doctrine, mais pour mourir pour nous (Mc. 10.45 ; Hé. 2.9, 14 ; 9.26 ; 1 Jn. 3.5). Sa mort n'était pas une pensée après coup ni un accident, mais la réalisation d'un but précis en rapport avec l'incarnation. L'incarnation n'est pas une fin en soi ; ce n'est qu'un moyen pour atteindre un but, et ce but, c'est la rédemption des perdus par la mort de notre Seigneur sur la croix.

D. C'EST LE THÈME FONDAMENTAL DE L'ÉVANGILE

Le terme "Évangile" signifie "bonne nouvelle". Par conséquent, il est utilisé de différentes façons. Les quatre récits de la vie terrestre de Jésus sont appelés les Évangiles ; toute la révélation de Dieu à ses créatures est appelée l'Évangile ; c'est également ce terme qui est employé plus spécifiquement pour la "bonne nouvelle" du salut. Paul dit que l'Évangile consiste en la mort de Christ pour nos péchés, en son ensevelissement et à sa résurrection (1 Co. 15.1-5). La mort de Christ pour les péchés de l'homme est une bonne nouvelle ; elle implique que l'homme n'a pas à mourir pour ses péchés. La loi mosaïque, le Sermon sur la montagne, l'enseignement et l'exemple de Christ nous montrent tous notre péché et nous révèlent le besoin d'un Sauveur, mais aucun ne nous fournit la solution face au péché. Cette solution ne se trouve que dans la mort de Christ.

E. ELLE EST ESSENTIELLE AU CHRISTIANISME

Les autres religions veulent être reconnues par l'enseignement de leurs fondateurs ; le christianisme se distingue de toutes les autres par l'importance qu'il accorde à la mort de son fondateur. Enlevez la mort de Christ, telle qu'interprétée par les Écritures, et vous réduisez le christianisme au rang des religions ethniques. Bien qu'il nous restât un enseignement moral plus élevé que les autres, si nous enlevions la croix de Christ, nous n'aurions pas plus de salut que les autres religions. Enlever la croix, c'est toucher au cœur même du christianisme. Le sujet de la prédication apostolique, c'était Christ et Christ crucifié (1 Co. 1.18, 23 ; 2.2 ; Ga. 6.14).

F. ELLE EST ESSENTIELLE À NOTRE SALUT

Pour que l'homme soit sauvé, il fallait que le Fils de l'homme soit élevé (Jn. 3.14ss.) ; pour produire du fruit, le grain de blé doit tomber en terre et mourir (Jn. 12.24). Dieu ne peut pas pardonner le péché sur la simple base de la repentance du pécheur. Il serait impossible qu'un Dieu juste agisse de cette façon. Dieu ne peut pardonner que lorsque la peine a été payée. Pour que Dieu puisse pardonner au pécheur tout en demeurant juste, il fallait que Christ paie la peine du pécheur (Ro. 3.25ss.). Christ a dit à plusieurs reprises qu'il fallait qu'il souffre beaucoup, qu'il soit mis à mort et qu'il ressuscite le troisième jour (Mt. 16.21 ; Mc. 8.31 ; Lu. 9.22 ; 17.25 ; Jn. 12.32-34). Les deux hommes qui étaient dans le tombeau après la résurrection de Christ ont rappelé aux femmes qui étaient venues pour oindre le corps que Christ avait dit qu'il fallait qu'il soit crucifié et qu'il ressuscite le troisième jour (Lu. 24.7). Paul a cherché à prouver aux Thessaloniciens la nécessité de la mort de Christ (Ac. 17.3). Du point de vue de Dieu, la mort de Christ était une nécessité absolue pour que l'homme soit sauvé.

G. ELLE SUSCITE LE PLUS GRAND INTÉRÉT DANS LE CIEL

Quand Moise et Élie sont apparus sur la montagne de la Transfiguration, ils se sont entretenus avec Christ "de son départ qu'il allait accomplir à Jérusalem" (Lu. 9.31). Les quatre êtres vivants et les 24 vieillards chantèrent un cantique à propos de la rédemption accomplie par la mort de Christ (Ap. 5.8-10). Même les anges autour du trône, qui n'avaient pas eux-mêmes besoin d'être rachetés, se joignirent à ce cantique de l'Agneau qui a été immolé (Ap. 5.11ss.). Puisque ceux dont les yeux ne sont plus obscurcis par le voile des limitations humaines et qui sont entrés dans les grandes vérités de la rédemption par le sang de Christ exaltent la mort de Christ par-dessus toute autre chose, nous qui sommes encore dans la chair devrions examiner la vraie et pleine signification de sa mort.

II. FAUSSES INTERPRÉTATIONS DE LA MORT DU CHRIST

Pour acquérir une plus claire compréhension de la doctrine biblique de la mort du Christ, il est bien de regarder d'abord les points de vue erronés qui ont été avancés à propos de cette vérité. On a maintes fois abordé ce sujet avec des préjugés et une prédilection philosophique, ce qui a abouti à une doctrine non biblique de l'expiation.

A. LA THÉORIE DE L'ACCIDENT

Ce point de vue n'accorde aucune importance à la mort de Christ. Il était homme et, en tant que tel, sujet à la mort. Ses méthodes et ses principes n'ont pas plu aux gens de son époque, c'est pourquoi ils l'ont tué. Il est peut-être malheureux qu'un homme aussi bon ait été mis à mort, mais sa mort n'a néanmoins aucune signification pour personne. C'est l'approche habituelle des humanistes.

Sa mort n'était toutefois pas un simple accident. Elle avait été clairement prédite dans l'Ancien Testament (Ps. 22 ; És. 53 ; Za. 11). Jésus-Christ avait à plusieurs reprises prédit qu'il mourrait de façon violente (Mt. 16.21 ; 17.22ss. ; 20.18ss. ; Mc. 9.31 ; Lu. 9.44 ; 22.21ss. ; Jn. 12.32ss. ; 15.20). Christ est venu dans le but précis de mourir, et sa mort n'est donc pas un accident.

B. LA THÉORIE DU MARTYRE

Cette théorie, aussi appelée la théorie de l'exemple, soutient que la mort de Christ était celle d'un martyr. Il a été mis à mort parce qu'il était fidèle à ses principes et à ce qu'il considérait comme son devoir ; des hommes qui n'étaient pas d'accord avec lui là-dessus l'ont fait mourir. Il est un exemple de fidélité à la vérité et au devoir. Ce point de vue présume que la seule chose nécessaire pour sauver l'homme, c'est de le réformer. L'exemple de Christ enseigne aux hommes à se repentir de leurs péchés et à réformer leur vie.

Cette théorie :

1° ignore toutefois l'idée fondamentale de l'expiation selon laquelle l'expiation doit être faite à Dieu (Ex. 12.13, 23 ; Ro. 3.24ss. ; Hé. 2.17 ; 9.11-14 ; 1 Jn. 2.2 ; 4.10) ;

2° rend l'exemple de Christ suffisant pour le salut, tandis que son exemple ne s'adresse qu'aux croyants (Mt. 11.29 ; 1 Pi. 2.21, 24 ; 1 Jn. 2.6) ;

3° conduit logiquement à une perversion de toutes les doctrines fondamentales des Écritures, telles l'inspiration, le péché, la divinité de Christ, la justification, la régénération et la rétribution éternelle ;

4° et enfin, ne fournit aucune explication satisfaisante à l'agonie de Christ à Gethsémané et sur la croix, bien différente de celle d'un martyr, ni au fait que le Père l'ait abandonné (Mt. 26.37-39 ; 27.46 ; Jn. 12.27 ; voir la conduite de Paul dans la souffrance, Ph. 1.20-23, et celle d'Étienne, Ac. 7.55-60).

Même si la mort de Christ interprétée de cette façon incitait les hommes à s'améliorer sur le plan moral, elle n'expierait pas les péchés déjà commis et ne sauverait pas non plus le pécheur (Jn. 6.53 ; Ac. 20.28 ; 1 Co. 11.25 ; 1 Pi. 1.19 ; Ap. 7.14).

C. LA THÉORIE DE L'INFLUENCE MORALE

Cette théorie, aussi appelée la théorie de l'amour de Dieu, soutient que la mort de Christ est la simple conséquence naturelle du fait qu'il a pris sur lui-même la nature humaine et qu'il a souffert dans et avec les péchés de ses créatures. L'amour de Dieu manifesté dans l'incarnation, les souffrances et la mort de Christ, doivent adoucir le cœur de l'homme et le conduire à la repentance. L'expiation n'a pas pour but de satisfaire la justice divine, mais plutôt d'exprimer l'amour divin.

Ce point de vue de l'expiation fait tristement défaut, car il présente Christ comme souffrant avec le pécheur plutôt qu'à sa place. À cette théorie, nous répliquons que :

1° bien que la mort de Christ soit une expression de l'amour de Dieu (Jn. 3.16 ; Ro. 5.6-8), l'homme savait que Dieu l'aimait longtemps avant que Christ vienne (Deu. 7.7ss. ; Jér. 31.3 ; voir Mal. 3.6) ;

2° le simple fait d'émouvoir ne conduit pas à la repentance ;

3° cette théorie contredit l'interprétation des Écritures selon laquelle il est nécessaire que Dieu reçoive réparation avant de pouvoir pardonner (Ro. 3.25ss. ; Hé. 2.17 ; 9.14 ; 1 Jn. 2.2 ; 4.10) ;

4° elle fait reposer la mort de Christ sur l'amour de Dieu plutôt que sur sa sainteté ;

5° et d'après cette théorie, il est difficile d'expliquer comment les saints de l'Ancien Testament ont été sauvés, puisqu'ils n'avaient pas la leçon de chose de l'amour de Dieu.

L'expiation ne doit pas être réduite à un jeu dans lequel l'acteur paraît être mû par des motifs sincères, quand, en fait, il ne fait que jouer sur les sentiments de ses auditeurs. "Bien que les hommes soient profondément influencés par la démonstration d'amour au Calvaire, ils doivent aussi faire face à la colère de Dieu contre le péché, révélée à la croix."1

1 — Purkiser, God, Man, and Salvation, p. 407-408.

D. LA THÉORIE GOUVERNEMENTALE

Cette théorie s'accorde avec les trois précédentes en soutenant qu il n'y a pas de principe dans la nature divine qui ait besoin de réparation. Pour maintenir le respect à l'égard de sa loi, Dieu a plutôt fait un exemple de sa haine du péché par la mort de Christ. Par cette mort, il a montré que le péché l'offense et qu'il sera puni si on ne s'en repent pas. Christ n'a pas subi le peine exacte de la loi, mais Dieu a gracieusement accepté ce qu'il a souffert comme un substitut pour notre peine. C'était en fait un paiement symbolique mais non un plein paiement. Cette souffrance substitutive de la part de Christ saisit tellement le cœur des hommes qu'ils se repentent, et puisque la repentance est la seule condition pour le pardon, Dieu assure le salut du pécheur par la mort de Christ. Cette théorie constitue la conception arminienne habituelle de l'expiation. Les théologiens qui soutiennent cette position ne sont pas à l'aise avec le concept légal de la substitution. Taylor écrit que Paul "ne considérait pas la mort de Christ comme celle d'un substitut. L'élément supposément substitutif dans sa pensée doit plutôt être perçu dans son enseignement à propos de l'aspect représentatif de l'œuvre de Christ."2 Le même auteur affirme un peu plus loin : "Son œuvre est un ministère accompli en notre faveur, mais non à notre place."3 Bien qu'hésitant à se servir du concept légal de substitution, Purkiser écrit :

S'il y a une dimension substitutive légale dans le sacrifice de Christ, elle repose sur le fait qu'il a connu le jugement comme seul Dieu peut le connaître. Cela était possible parce qu'il connaissait le saint amour et qu'il comprenait pleinement la nature du péché et la juste condamnation que méritent les pécheurs. Il a souffert sur la croix parce qu'il savait que nous étions séparés du Père. Ses souffrances ont donc remplacé la condamnation que nous méritions. Nous pouvons donc, dans une certaine mesure, parler de peine dans cette action substitutive.4

2 — Taylor, The Atonement in New Testament Teaching, p. 59
3 — Taylor, The Atonement in New Testament Teaching, p. 184.
4 — Purkiser, God, Man, and Salvation, p. 403.

À propos de cette théorie, nous devons dire certaines choses.

1° On ne peut maintenir un respect de la loi qu'aussi longtemps que la peine est équivalente à l'offense. Christ n'a pas souffert une peine identique, mais il a souffert une peine équivalente à celle que méritait le pécheur. Celui qui est infini pouvait absorber la malédiction infinie qui pesait sur le pécheur, ce qu'une personne bornée n'aurait pas pu faire.

2° Cette théorie n'explique pas pourquoi l'exemple devait être une personne sans péché, et ne fait pas non plus comprendre l'intensité de la souffrance (Mt. 27.46 ; Mc. 15.23 ; Lu. 22.44).

3° Elle ne fait pas justice aux nombreux passages qui parlent de la mort de Christ comme étant vraiment substitutive (1 Pi. 1.18ss.).

4° Et finalement, cette théorie est fondée sur le bien de la société plutôt que sur la justice de Dieu.

Dieu doit punir le péché, non faire simplement une manifestation symbolique de justice. Christ a porté nos péchés à notre place.

E. LA THÉORIE COMMERCIALE

Cette théorie, soutenue par un grand nombre de conservateurs, affirme que le péché viole l'honneur de Dieu, et puisqu'il est commis contre un être infini, il mérite une condamnation infinie. Elle soutient de plus que l'honneur de Dieu exige qu'il punisse le péché, tandis que l'amour de Dieu intercède pour le pécheur, et que ce conflit entre les attributs divins est résolu par le sacrifice volontaire de Christ. De cette façon, les revendications divines sont satisfaites et Dieu est libre de pardonner au pécheur. Cette théorie enseigne que Christ a souffert l'équivalent exact des souffrances méritées par les élus. Anselme, qui a développé ce point de vue, a pu, en la propageant, mettre fin à la théorie selon laquelle Christ avait payé la rançon à Satan, théorie qui avait été soutenue par des hommes comme Justin Martyr et Origène. Ce point de vue se concentre à juste titre sur Dieu et sur son honneur, au lieu d'analyser quel est le rapport entre l'expiation et le sens humain de la justice ou les fausses prétentions de Satan. Au sujet d'Anselme et de ce point de vue, Smeaton a écrit : "Il ne connaît aucun autre tribunal que celui de Dieu lui-même, et de l'harmonie de ses attributs. Dans cette grande affaire, il n'y a pas de public humain ou angélique devant lequel Dieu exhibe son autorité gouvernementale : son public, c'est lui-même, ou ses propres perfections, qui sont inviolables."5

5 — Smeaton, The Apostles' Doctrine of the Atonement, p. 514.

Bien que ce point de vue comporte plusieurs points positifs, il renferme aussi certaines faiblesses.

1° Il laisse supposer un conflit entre les attributs de Dieu.
2° Il place l'honneur de Dieu au-dessus de sa sainteté.
3° Il n'accorde pas suffisamment d'importance à l'obéissance de Christ et à sa vie sainte.
4° Il limite l'expiation aux élus.
5° Et finalement, il parle de la substitution en termes quantitatifs plutôt que qualitatifs.

Le Fils de Dieu infiniment saint a donné sa vie et est mort à la place de l'homme de sorte que tous ceux qui répondent par la foi ne meurent pas mais qu'ils aient une vie abondante (Jn. 10.10).

Dans la plupart des théories présentées ci-dessus, il y a une part de vérité, et elles sont vraies jusqu'à un certain point, mais elles ne vont pas assez loin. Il est vrai que Christ est mort comme conséquence de sa loyauté à ce qu'il croyait, que la mort de Christ était une expression de l'amour de Dieu et qu'elle a enlevé l'offense faite à l'honneur de Dieu. Mais ce ne sont, après tout, que des explications partielles de la mort de Christ, et secondaires en importance en comparaison de l'idée principale de sa mort. Quelle est la vraie signification et la portée de sa mort ?

III. LA VRAIE SIGNIFICATION DE LA MORT DE CHRIST

Le prophète Ésaïe touche le fond de la vérité lorsqu'il déclare : "Il a plu à l'Éternel de le briser par la souffrance... Après avoir livré sa vie en sacrifice pour le péché" (Es. 53.10). En donnant une définition de l'expiation, il nous faut remarquer certains éléments.

A. ELLE EST FAITE POUR D'AUTRES

Il est évident que Jésus-Christ n'est pas mort pour ses propres péchés (Jn. 8.46 ; Hé. 4.15 ; 1 Pi. 2.22). Il est dit partout qu'il est mort pour les péchés des autres. "Les souffrances de Christ n'étaient pas simplement les souffrances de sympathie d'un ami, mais les souffrances substitutives de l'Agneau de Dieu pour le péché du monde."6 Ésaïe écrit : "Mais il était blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités ; le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, et c'est par ses meurtrissures que nous sommes guéris... Et l'Éternel a fait retomber sur lui l'iniquité de nous tous" (Es. 53.5s.). Remarquez aussi quelques autres passages bibliques : "Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous" (Ro. 5.8) ; "Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures" (1 Co. 15.3) ; "Celui qui n'a point connu le péché, il l'a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu" (2 Co. 5.21) ; "lui qui a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois, afin que morts aux péchés nous vivions pour la justice ; lui par les meurtrissures duquel vous avez été guéris" (1 Pi. 2.24) ; et "Christ aussi a souffert une fois pour les péchés, lui juste pour des injustes, afin de nous amener à Dieu" (1 Pi. 3.18). Jésus lui-même a dit : "Car le fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de beaucoup" (Mc. 10.45) et "Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis" (Jn. 10.11).

Il est mort à notre place en tant que véritable agneau pascal (Ex. 12 ; 1 Co. 5.7) et il était le véritable sacrifice pour les péchés (Es. 53.10), dont ceux de l'Ancien Testament n'étaient que des types (Lév. 6.17-23 ; Hé. 10.1-4 ; voir aussi le bouc émissaire, Lév. 16.20-22).

6 — Berkhof, Systemasic Theology, p. 376.

Il y a des objections soulevées contre cette interprétation de sa mort, la première lexicale, les deux autres morales. On dit que la préposition anti peut signifier "à la place de", mais que la préposition huper, qui est presque toujours utilisée lorsqu'il est question des souffrances et de la mort de Christ, signifie "en faveur de" ; "pour le bénéfice de", mais jamais "à la place de". Qu'anti signifie "à la place de" est évident d'après son emploi dans Mt. 5.38 ; 20.28 ; Mc. 10.45 ; Lu. 11.11 ; Ro. 12.17 ; 1 Th. 5.15 ; Hé. 12.16 ; 1 Pi. 3.9. Le terme huper est souvent utilisé dans des phrases qui parlent de l'expiation. En voici quelques-unes : "Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour vous" (Lu. 22.20) ; "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis" (Jn. 15.13) ; "en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous" (Ro. 5.8) ; "Lui qui n'a point épargné son propre Fils, mais qui l'a livré pour nous tous" (Ro. 8.32) ; "Celui qui n'a point connu le péché, il l'a fait devenir péché pour nous" (2 Co. 5.21) ; Christ "a souffert la mort pour tous" (Hé. 2.9) ; et "Christ aussi a souffert une fois pour les péchés, lui juste pour des injustes" (1 Pi. 3.18 ; voir Jn. 6.51 ; 2 Co. 5.14 ; Ga. 3.13 ; Ép. 5.2, 25).

Quelle est la signification de la préposition huper ? Bien que cette préposition signifie souvent "en faveur de" ou "pour le bénéfice de" elle peut aussi signifier "à la place de". C'est le cas dans 1 Co. 15.3 ; 2 Co. 5.14 ; et Ga. 1.4, où on ne peut pas nier l'idée de substitution. Il est évident que Christ est mort aussi bien pour le bénéfice du pécheur qu'à sa place. Les deux idées sont contenues dans la préposition huper, tandis que anti fait particulièrement allusion à la substitution.

On objecte de plus qu'il est immoral pour Dieu de punir un innocent, et que, pour cette simple raison, la mort de Christ n'est pas substitutive. Mais l'erreur ici, c'est de supposer que Dieu et Christ sont deux êtres aussi différents l'un de l'autre que deux hommes peuvent l'être. Si c'était le cas, il pourrait y avoir quelque valeur dans cette objection. Puisque, toutefois, Christ est Dieu incarné, le substitut est donc Dieu lui-même. Il n'est pas injuste pour le juge de payer lui-même l'amende, s'il choisit de le faire. En outre, Jésus s'est porté volontaire comme substitut. Il a déclaré : "Je donne ma vie pour mes brebis... Le Père m'aime, parce que je donne ma vie, afin de la reprendre. Personne ne me l'ôte, mais je la donne de moi-même ; j'ai le pouvoir de la donner, et j'ai le pouvoir de la reprendre" (Jn. 10.15, 17ss.).

La troisième objection est étroitement liée à la précédente. On dit que la réparation et le pardon s'excluent l'un l'autre. On soutient que si un substitut paie la dette que nous devons, Dieu ne peut pas percevoir également notre dette, qu'il doit moralement nous exonérer ; c'est-à-dire que, selon cette théorie, Dieu ne fait pas preuve de miséricorde en nous pardonnant, mais qu'il ne fait que son devoir. Mais cette objection tombe de même du fait que celui qui paie la dette n'est pas un tiers parti, mais le juge lui-même. Le pardon est donc encore pour lui une option et il peut l'offrir selon les conditions qui lui plaisent.

Les conditions que Dieu a fixées sont la repentance et la foi. L'obéissance de Christ ne rend donc pas la nôtre inutile, mais requiert encore que nous remplissions les conditions avant de pouvoir bénéficier de sa mort expiatrice.

B. C'EST UNE RÉPARATION

Puisque la sainteté est l'attribut fondamental de Dieu, il n'est que raisonnable qu'il reçoive une certaine réparation pour enlever l'outrage du péché. La mort de Christ fournit cette réparation.

1. Elle satisfait à la justice de Dieu. L'homme a péché contre Dieu et il a encouru son mécontentement et sa condamnation. Dieu impose à juste titre la peine encourue par une infraction à la loi. Il ne peut pas libérer le pécheur tant que les exigences de la justice ne soient satisfaites. Dieu doit punir le péché. Il ne peut pas, en dehors de la substitution, disculper le coupable (Ex. 34.7 ; No. 14.18). Ce n'est que par la mort de Christ que Dieu peut être juste tout en justifiant le pécheur (Ro. 3.25ss.). Dans tout ce que Dieu fait, sa justice doit être maintenue ; la mort de Christ satisfait pleinement aux justes exigences de Dieu. Comme dans le cas d'un criminel, si le contrevenant subit la peine prescrite par la loi, il ne peut plus être condamné. "Aucune autre condamnation ne peut être à juste titre exigée pour cette offense. C'est ce que l'on appelle la perfection de la réparation de Christ. Elle satisfait parfaitement, par sa propre valeur intrinsèque, aux exigences de la justice."7

7 — Hodge, Systematic Theology, II, p. 482.

2. Elle satisfait à la loi de Dieu. Mais la mort de Christ n'est pas simplement une réparation à l'égard de la justice de Dieu, c'est aussi une réparation à l'égard de la loi de Dieu. La loi de Dieu est fondée sur la nature même de Dieu, et la transgression de cette loi entraîne une peine. "Elle est inviolable précisément parce qu'elle est fondée sur la nature même de Dieu et non... un effet de son libre arbitre."8 Le pécheur ne pouvait pas satisfaire aux exigences de la loi divine, mais Christ, en tant que notre représentant et substitut, l'a fait. Dieu a donc pourvu à une réparation pour nous par l'obéissance active et passive de Christ (Ro. 8.3ss.). Par son obéissance, ses souffrances et sa vie d'une justice parfaite, Jésus a répondu à toutes les exigences de la loi. Paul parle d'Israël en disant : "Ne connaissant pas la justice de Dieu, et cherchant à établir leur propre justice, ils ne se sont pas soumis à la justice de Dieu ; car Christ est la fin de la loi pour la justification de tous ceux qui croient" (Ro. 10.3ss.)

8 — Berkhof, Systematic Theology, p. 370.

3. Elle est étroitement liée à l'expiation. Plusieurs autres termes qui reviennent souvent dans les Écritures sont liés à la pensée de la "réparation". La mort de Christ est aussi une expiation et une propitiation. Lév. 5.21-26 parle de l'expiation personnelle pour un péché personnel : "Lorsque quelqu'un péchera et commettra une infidélité envers l'Éternel... Il présentera au sacrificateur en sacrifice de culpabilité à l'Éternel pour son péché un bélier... Et le sacrificateur fera pour lui l'expiation devant l'Éternel, et il lui sera pardonné, quelle que soit la faute dont il se sera rendu coupable." Lév. 4.13-20 fait allusion à une expiation nationale pour une transgression nationale : "Si c'est toute l'assemblée d'Israël qui a péché... en se rendant ainsi coupable, Les anciens d'Israël poseront leurs mains sur la tête du taureau devant l'Éternel, et on égorgera le taureau devant l'Éternel... C'est ainsi que le sacrificateur fera pour eux l'expiation, et il leur sera pardonné." D'après ces passages, il est évident que le taureau ou le bélier doit mourir et que le pardon n'est possible que sur la base de la mort d'un substitut. Le mot hébreu pour expiation dans ces passages et dans d'autres passages similaires est kaphar (3722), souvent traduit par "faire expiation". Il signifie littéralement "couvrir" de manière à ne pas être vu. Hoeksema écrit à propos de la nature expiatoire des sacrifices de l'Ancien Testament : "Ils étaient appelés sacrifices d'expiation ou sacrifices de culpabilité, et il est dit qu'ils portaient les péchés du contrevenant, qu'ils faisaient expiation pour les péchés, qu'ils étaient une propitiation et qu'ils couvraient les péchés du peuple aux yeux de Dieu. Et leur fruit est le pardon des péchés."9 La pensée de couvrir les péchés aux yeux de Dieu est suggérée dans des versets comme "Détourne ton regard de mes péchés, efface toutes mes iniquités" (Ps. 51.11) ; "Car tu as jeté derrière toi tous mes péchés" (Es. 38.17) ; et "Tu jetteras au fond de la mer tous leurs péchés" (Mi. 7.19)."

9 — Hoeksema, Reformed Dogmatics, p. 389.

4. Elle est étroitement liée à la propitiation. Dans la Septante, ce mot hébreu kaphar est traduit par un mot grec qui a une signification légèrement différente. Ce mot est rendu en grec par exilaskomai (proche de 2433), qui signifie "concilier, apaiser". La pensée est évidemment que, si le péché a été couvert ou enlevé, la colère de Dieu contre ce péché est alors apaisée ou satisfaite. À cause de cette vérité, les traducteurs de la Septante étaient justifiés de le traduire ainsi.

Le terme exilaskomai ne se trouve pas lui-même dans le Nouveau Testament, mais le verbe hilaskomai y revient à deux reprises (Lu. 18.13 ; Hé. 2.17), le nom hilasmos deux fois également (1 Jn. 2.2 ; 4.10), et l'adjectif Hilasterion deux fois aussi (Ro. 3.25 ; Hé. 9.5). Le Nouveau Testament parle souvent de la colère de Dieu (Jn. 3.36 ; Ro. 1.18 ; 5.9 ; Ép. 5.6 ; 1 Th. 1.10 ; Hé. 3.11 ; Ap. 19.15). Correspondant à cette pensée, le Nouveau Testament présente la mort de Christ comme apaisant la colère de Dieu. Paul dit que Dieu l'avait destiné à être "victime propitiatoire" (Ro. 3.25), et l'Épître aux Hébreux utilise ce terme pour désigner le couvercle de l'arche dans le tabernacle (Hé. 9.5). Jean a déclaré que Christ "est lui-même une victime expiatoire pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier" (1 Jn. 2.2 ; voir 1 Jn. 4.10) ; et l'Épître aux Hébreux affirme que Christ est devenu un souverain sacrificateur miséricordieux et fidèle "pour faire l'expiation des péchés du peuple" (Hé. 2.17). La prière du publicain était littéralement : "Dieu, sois apaisé envers moi, le pécheur" (Lu. 18.13). Par sa mort, Christ a apaisé la sainte colère de Dieu contre le péché.

5. Elle est étroitement liée à la réconciliation. L'idée de la réconciliation est très proche de celle de la propitiation. Elles semblent liées l'une à l'autre en tant que cause et effet ; la mort de Christ a "apaisé" Dieu et, par conséquent, Dieu est "réconcilié" (Ro. 5.10 ; 2 Co. 5.18ss. ; Ép. 2.16). Le verbe katallasso (2644) revient à six reprises dans le Nouveau Testament (Ro. 5.10 ; 1 Co. 7.11 ; 2 Co. 5.18-20), et le nom katallage (2643) quatre fois (Ro. 5.11 ; 11.15 ; 2 Co. 5.18ss.). Diallassomai (1259) apparaît une fois (Mt. 5.24). À chaque fois, on retrouve l'idée de la réconciliation. Berkouwer affirme que Paul utilise ce terme pour faire allusion "à la relation de paix produite par la mort de Christ, à la communion, par contraste à l'inimitié antérieure, à la réconciliation qui est l'enlèvement de tous les obstacles, à l'accès auprès du Père."10 Dans les Écritures, le terme réconciliation est appliqué aussi bien à Dieu qu'à l'homme (Ro. 5.10 ; 2 Co. 5.18-20).

10 — Berkouwer, The Work of Christ, p. 255.

Voici un peu quelle est cette pensée. Dieu et l'homme étaient au début l'un en face de l'autre dans une harmonie parfaite. En péchant, Adam a tourné le dos à Dieu. Dieu a alors tourné le dos à Adam. La mort de Christ a satisfait aux exigences de Dieu et Dieu a de nouveau tourné sa face vers l'homme. Il reste à l'homme à faire demi-tour pour regarder Dieu en face. Puisque Dieu a été réconcilié par la mort de son Fils, on supplie maintenant l'homme de se réconcilier avec Dieu. Dans le sens le plus large de ce terme, Dieu a réconcilié avec lui, non seulement l'homme, mais aussi tout ce qui est dans le ciel et sur la terre (Col. 1.20). À cause de cette réconciliation, Dieu envoie des bénédictions temporelles à ceux qui ne sont pas sauvés (Mt. 5.45 ; Ro. 2.4), invite l'homme à se repentir (2 Pi. 3.9) et délivrera le ciel et la terre des conséquences de la chute (Ro. 8.19-21).

C. C'EST UNE RANÇON

La mort de Christ est présentée comme le paiement d'une rançon. Une rançon est un prix à payer pour la libération de quelqu'un qui est retenu prisonnier. C'est ainsi que Jésus a dit qu'il était venu afin de donner sa vie comme une rançon pour plusieurs (Mt. 20.28 ; Mc. 10.45), et que l'œuvre de Christ est présentée comme une rédemption (Lu. 1.68 ; 2.38 ; Hé. 9.12). Dans ces références, nous avons le mot lutrosis (3085). Le verbe lutroomai (3084) se trouve dans Lu. 24.21 ; Tit. 2.14 ; 1 Pi. 1.18. Le mot composé apolutrosis (629) revient dix fois (Lu. 21.28 ; Ro. 3.24 ; 8.23 ; 1 Co. 1.30 ; Ép. 1.7, 14 ; 4.30 ; Col. 1.14 ; Hé. 9.15 ; 11.35). Deissmann dit :

Au premier siècle, quand quelqu'un entendait le mot lutron, "rançon", il était tout naturel pour lui de penser au prix pour affranchir un esclave. Trois documents provenant de Oxyrhynchus et parlant d'affranchissement d'esclaves en 86, 100 et 91 ou 107 apr. J.-C. utilisent ce mot.11

11 — Deissmann, Light from the Ancient East, pp. 327-328.

Cette rançon n'est pas payée à Satan, mais à Dieu. C'est à la justice de Dieu qu'est due la dette qui a besoin d'être annulée ; Satan n'a aucun droit légal contre le pécheur et n'a donc pas besoin d'être payé pour la libération du pécheur. Comme Shedd l'a si bien dit : "La miséricorde de Dieu rachète l'homme à la justice de Dieu."12

12 — Shedd, Dogmatic Theology, II., p. 398.

Les Écritures enseignent que nous sommes rachetés par la mort de Christ. Nous sommes rachetés :

1° de la peine de la loi, ou, comme Paul le dit dans Ga. 3.13, "de la malédiction de la loi", Christ étant devenu malédiction pour nous ;

2° de la loi elle-même, puisque nous sommes morts à la loi par le corps de Christ (Ro. 7.4), de sorte que nous ne sommes plus maintenant sous la loi mais sous la grâce (Ro. 6.14) ;

3° du péché en tant que puissance, par la mort de Christ au péché et par notre mort au péché en lui (Ro. 6.2, 6 ; Tit. 2.14 ; 1 Pi. 1.18ss.), de sorte que nous n'avons plus à nous soumettre à la domination du péché (Ro. 6.12-14) ;

4° de Satan, qui tenait l'homme captif (2 Ti. 2.26), là aussi par la mort de Christ sur la croix (Hé. 2.14ss.) ;

5° et de tout mal, aussi bien physique que moral, y compris notre présent corps mortel (Ro. 8.23 ; Ép. 1.14) ; cette rédemption nous sera pleinement accordée lors du retour de Christ (Lu. 21.28).

Le terme "rédemption" fait parfois allusion au paiement d'une dette et parfois aussi à la libération d'un captif. Le sacrifice de Christ a pourvu aux deux.

IV. LA PORTÉE DE LA MORT DE CHRIST

Nous avons ici également un sujet sur lequel il y a de grandes divergences d'opinions. Christ est-il mort pour le monde entier ou seulement pour les élus ? Si c'est pour le monde entier, alors pourquoi tous ne sont-ils pas sauvés ? Et si c'est pour le monde entier, dans quel sens est-ce ? Si ce n'est que pour les élus, qu'en est-il de la justice de Dieu ? La réponse à ces questions est liée à la conception que l'on se fait de l'ordre des décrets. Ceux qui défendent le point de vue supralapsarien soutiennent naturellement que Christ n'est mort que pour les élus ; ceux qui défendent le point de vue sublapsarien soutiennent que Christ est mort aussi, du moins dans un certain sens, pour le monde entier.

A. CHRIST EST MORT POUR LES ÉLUS

Les Écritures enseignent que Christ est principalement mort pour les élus. Paul écrit que Dieu "est le Sauveur de tous les hommes, surtout des croyants" (1 Ti. 4.10) ; et Jésus a dit : "Le Fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de beaucoup" (Mt. 20.28) et "C'est pour eux que je prie. je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m'as donnés parce qu'ils sont à toi" (Jn. 17.9). Les Écritures déclarent aussi : "Christ a aimé l'Église, et s'est livré lui-même pour elle" (Ép. 5.25) et "il nous a sauvés, et nous a adressé une sainte vocation, non à cause de nos œuvres, mais selon son propre dessein, et selon la grâce qui nous a été donnée en Jésus-Christ avant les temps éternels" (2 Ti. 1.9 ; voir Ap. 13.8). Il est mort pour les élus, non seulement dans le sens où il leur a rendu le salut possible, mais aussi dans le sens où il le leur donne lorsqu'ils croient.

B. CHRIST EST MORT POUR LE MONDE ENTIER

Plusieurs passages le montrent clairement : "Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde" (Jn. 1.29) ; "qui s'est donné lui-même en rançon pour tous" (1 Ti. 2.6) ; "Car la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, a été manifestée" (Tit. 2.11) ; "il a souffert la mort pour tous" (Hé. 2.9) ; "Le Seigneur... ne voulant pas qu'aucun périsse, mais voulant que tous arrivent à la repentance" (2 Pi. 3.9) ; et "Il est lui-même une victime expiatoire pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier" (1 Jn. 2.2). Il y a un ordre obligatoire dans le salut d'un homme ; il doit d'abord croire que Christ est mort pour lui avant de pouvoir s'approprier les bénéfices de sa mort. Bien que Christ soit mort pour tous dans le sens où il a réconcilié Dieu avec le monde, tous ne sont cependant pas sauvés, parce que leur salut est en fait conditionnel à leur réconciliation avec Dieu (2 Co. 5.18-20).

Le sens dans lequel Christ est le Sauveur du monde peut être résumé ainsi : sa mort a assuré à tous les hommes un délai dans l'exécution de la sentence contre le péché, un temps pour se repentir, ainsi que les bénédictions communes de la vie qui avaient été perdues par la transgression ; elle a enlevé de la pensée de Dieu tout obstacle au pardon du pénitent et à la restauration du pécheur, sauf sa propre opposition à Dieu et son rejet de Dieu ; elle a procuré au croyant les grands encouragements à la repentance présentés dans la croix, par le moyen de la prédication des serviteurs de Dieu et par l'œuvre du Saint-Esprit ; elle a procuré le salut à ceux qui ne pèchent pas volontairement et personnellement (c'est-à-dire ceux qui meurent en enfance ou qui n'ont jamais été mentalement responsables) et leur en a garanti l'application ; et elle a rendu possible la restauration finale de la création elle-même. Nous en concluons que l'expiation est illimitée dans le sens où elle est valable pour tous les hommes ; elle est limitée en ce qu'elle n'est efficace que pour ceux qui croient. Elle est valable pour tous, mais n'est efficace que pour les élus.

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