Catéchèse

CINQUIÈME CATÉCHÈSE, DE LA FOI ET DU SYMBOLE.

SOMMAIRE.

Le sujet de cette Catéchèse est de faire connaître aux néophytes la dignité, la force, la nécessité, l’efficacité de la foi. – I. La foi puise sa dignité dans notre vocation qui nous fait participer au titre de fidèle qui est un des titres de la divinité. – II. Elle puise sa force dans le mépris qu’elle nous inspire des choses terrestres, – IV, XI, par la contemplation de Dieu et de ses œuvres, et dans les victoires qu’elle nous fait remporter sur le démon. – III, V, VI. La nécessité de la foi se prouve par tous les actes de notre vie qui reposent tous sur une foi quelconque. V, VI. Son efficacité se manifeste dans notre justification qui s’opère comme celle d’Abraham dans la foi aux mystères du Christ. Ses effets rejaillissent non-seulement sur celui qui la possède, mais encore sur les autres. – X, XI. Il est deux espèces de foi, dont l’une consiste dans un assentiment parfait aux dogmes ; l’autre, qui est la récompense de la première, consiste dans le pouvoir d’opérer des miracles. – XII. Après cette introduction, l’orateur s’arrête sur la nécessité de retenir fidèlement et mot à mot le symbole, et de le méditer. Puis il le récite à haute voix. Nous le donnerons textuellement à la suite de cette Catéchèse.

Est autem fides sperandarum substanția rerum, argumentum non apparentium. In hac enim testimonium consecuti sunt senes, etc. (Hébreux 11.1-2.)

La foi est la substance des choses que nous espérons, et la preuve de celles que nous ne voyons pas. C’est par la foi que les anciens ont reçu un témoignage si avantageux, etc.

I.

L’Apôtre S. Paul, dont nous lisons ici l’Epître, nous apprend de quelle dignité Dieu vous a revêtus en vous faisant passer de l’état de catéchumènes à celui de fidèles, lorsqu’il dit : Le Dieu qui vous a appelés à la société de son Fils Jésus-Christ est fidèle (1 Corinthiens 1.9) puisque le nom de fidèle est un des titres essentiels de Dieu lui-même. En répondant aujourd’hui à sa vocation, vous acceptez de lui une très-haute et très-ample dignité. Car ainsi que Dieu est appelé bon, juste, tout-puissant, créateur de toutes choses, maître suprême, de même aussi s’appelle-t-il fidèle. Réfléchissez donc sur la grandeur de la dignité à laquelle il vous fait participer dans le nom dont vous êtes honorés.

II.

Il s’agit aujourd’hui de chercher ici s’il s’en trouve parmi vous, qui en conscience puisse se dire fidèle. (1 Corinthiens 4.2.) C’est une chose fort difficile ; car, comme dit l’Esprit-Saint : Qui est-ce qui trouvera un homme fidèle ? (Proverbes 20.6.)

Je ne vous fais pas cette question pour que vous me dévoiliez ici votre conscience, car ce ne sont pas les hommes qui doivent vous juger (1 Corinthiens 4.3) mais pour que vous découvriez la pureté et la sincérité de votre foi devant Dieu qui scrute les cœurs et les reins (Psaumes 7.10) qui connaît, qui lit toutes les pensées des hommes. (Ibid. XCIII, 11.) C’est un précieux trésor qu’un homme fidèle ; celui qui le possède est seul plus riche que tous les riches ensemble. (Proverbes 20.6.) Car l’univers entier est au-dessous du fidèle, en ce que celui-ci méprise et foule aux pieds toutes ses richesses. En effet, ceux que le monde dit riches, ne le sont qu’en apparence ; leurs possessions sont vastes, mais leur âme est aux prises avec une extrême détresse. Plus ils amassent autour d’eux, plus ils sont travaillés du désir insatiable d’entasser. Ce qu’ils possèdent ne fait qu’allumer en eux la soif de posséder et de courir après ce qu’ils n’ont pas. Mais ce qui paraît le plus étrange paradoxe, c’est que l’homme fidèle est riche au sein de la pauvreté. Et comme il sait qu’il n’a besoin que de vêtements pour se couvrir, de nourriture que pour s’entretenir, il est content, il dédaigne il foule aux pieds toutes les richesses. (1 Timothée 6.8.)

III.

Ce n’est pas seulement chez nous qui tenons de Jésus-Christ notre nom, que la foi est d’une grande autorité[1]. Mais tout ce qui se passe dans le monde, toutes les actions de ceux-là même qui sont hors de l’Eglise, reposent sur la foi.

[1] Ce n’est pas seulement chez nous… que la foi est d’une grande autorité.
Cyrille répond ici à une de ces objections banales que les païens ne cessaient de faire aux chrétiens, et que les écoliers de la philosophie moderne ne cessent de répéter. Les païens disaient alors que notre croyance ne consistait que dans une foi aveugle, dépourvue de preuves et de raisons. (Voy. Ruffin, in Exposit. symb. v°Credo.) A cela Ruffin leur répondait que tout ce qui existe, tout ce qui se fait dans le monde, avait pris son principe dans une ferme croyance quelconque. Les Valentiniens, comme nos Gnostiques ou Illuminés modernes, riaient de la simplicité, de l’ignorance des chrétiens, dont la foi, disaient-ils, ne reposait sur rien, tandis qu’eux, par un bienfait de la nature, étaient seuls en possession de la science, laquelle science était au-dessus de la foi, comme le spirituel est au-dessus de l’animal. (Clément d’Alex. Strom. lib. 2.) Voy. Theodoret. Serm. ad Græcos, demonst. De fide.
Le piège le plus dangereux que les Manichéens tendaient au peuple chrétien, était celui de lui promettre l’intelligence de la vérité, en les affranchissant du joug de la foi sous lequel, disaient-ils, les chrétiens gémissaient. S. Augustin, dans son livre De Utilitate credendi, avoue qu’il avait été leur dupe, et que c’est pour les démasquer et mettre leur turpitude au jour qu’il composa son livre. C’est précisément le même piége que les émissaires Francs-maçons, Illuminés, Carbonaristes, tendent encore aujourd’hui à leurs adeptes ou apprentis, sous la foi du serment. Pour se convaincre de l’identité parfaite qui existe entre ces premiers hérésiarques et nos loges maçoniques divisées en mille sectes, aujourd’hui, comme jadis, on peut consulter Arnobe, lib. 11, contra gentes ; Eusèbe, lib. 1, Præpar. Evangel. n. v ; Chrysost. Hom. 1, in Timoth. ; Théodoret, Serm. ad Græcos de fide, où il paraît avoir copié S. Cyrille, même mot à mot, ainsi que Grégoire le Grand (Dialog. lib. iv, cap. 2) S. Jean Damascène. (Lib. IV, cap. 11.)
Au reste, S. Augustin a dit : Naturæ ordo sic se habet, ut cùm aliquid discimus, rationem præcedat autoritas. « L’ordre de la nature veut que, lorsque nous apprenons quelque chose, l’autorité précède la raison. (De Morib. Eccles. Cathol.)
Jamais, dit Théodoret, on n’apprendra à connaître ses lettres, si on n’a pas la foi dans celui qui nous les enseigne. Il faut croire au géomètre qui nous dit que le point n’a point de parties, que la ligne est sans largeur, quelque incompréhensibles et indémontrables que soient ces propositions. » (Serm. ad Græcos de fide, n. 30 et 40.)
L’autorité n’est donc autre chose que la foi que nous avons dans les paroles du maître. La foi qui ne repose que sur le témoignage des hommes est une foi humaine. Celle qui ne s’appuie que sur le témoignage de Dieu est une foi divine. Telle est celle que nous ajoutons aux vérités révélées.
Celle à laquelle Cyrille veut nous soumettre, c’est celle de Dieu même en adhérant aux dogmes qui nous sont révélés. (Voy. ci-bas, n. 10.) Ce ne sont pas précisément les Livres saints qui font le principal fondement de notre foi, c’est l’Eglise qui nous apprend à les lire et qui seule peut donner à notre foi un caractère inviolable et immuable. (Vid. n. XII.) (Note du Trad.)

C’est sur la foi que s’appuient les lois qui règlent les effets du mariage, qui réunissent deux êtres de nature différente, et qui n’en font qu’un. C’est par la foi dans les contrats de mariage que nous entrons en participation de corps et de biens avec des personnes qui nous avaient été jusqu’alors étrangères.

C’est sur la foi que repose l’agriculture. Si le laboureur ne croyait pas au produit de ses terres, il ne les ensemencerait pas, il ne se donnerait pas tant de fatigues.

C’est la foi qui anime ce hardi navigateur. C’est parce qu’il a la foi dans de frêles morceaux de bois, qu’il affronte les tempêtes, qu’il échange le repos que lui offre le sol, contre l’inconstance d’un élément perfide. Cette foi est la base de ses espérances incertaines. Il porte dans son cœur une foi plus solide et plus ferme qu’aucune ancre quelconque.

C’est donc la foi qui est le mobile de la plupart de nos actions. C’est une vérité constante, non-seulement chez nous autres chrétiens, mais encore chez ces hommes qui nous sont, comme nous l’avons dit, étrangers par leurs doctrines. Quoiqu’ils n’aient pour eux aucune garantie dans les divines Ecritures, leur foi en trouve cependant une dans quelques principes de doctrine ou d’expérience[2].

[2] Leur foi en trouve cependant, etc.
Ces paroles s’adressent directement aux philosophes anciens et modernes. C’est à eux qu’Origène, pour démontrer la nécessité de la foi, disait : « Quel est celui qui, se destinant à l’étude de la philosophie, ou même que le hasard y a destiné, ne regarde pas autour de lui pour savoir dans quelle secte il se jettera et à quel docteur il s’adressera ? son choix ne dépend-il pas de la croyance où il est que la secte dans laquelle il se propose d’entrer, est supérieure à toutes les autres ? Car il n’attend pas pour se déterminer qu’il les ait toutes entendues, qu’il ait débattu et discuté leurs opinions pour et contre, balancé tous leurs systèmes. » (Contr. Celsum, lib. 1.)
C’est une des remarques fort judicieuses de Cicéron : « Car tous les autres philosophes, dit-il, à l’exception des académiciens, sont engagés dans leurs sectes avant d’avoir pu juger quelle était la meilleure ; jetés, comme par la tempête, dans une école quelconque, ils a y tiennent, comme le corail tient au rocher. >> (Quæst. academ. lib. IV.)
Cela est si vrai que nous voyons dans toutes les écoles les élèves prendre pour autant de dogmes les opinions de leurs maîtres, lorsque surtout elles flattent leurs passions dominantes, par exemple l’indépendance ; lorsqu’ils caressent leur orgueil en faisant un appel à leur raison qui doit juger en souveraine et en dernier ressort de ce qu’ils sont convenus d’appeler vérité.
On peut appliquer ces réflexions aux hérétiques Calvinistes et Luthériens de nos jours qui, fatigués du symbole que leur avaient imposé Luther et Calvin, n’établissent le protestantisme que dans le libre examen, la liberté de croyance et la liberté de culte, qui abandonnent aujourd’hui leurs disciples au milieu du labyrinthe où ils les ont placés, sans leur présenter d’autre issue que leur raison vagabonde ; on peut aussi les appliquer à leurs adversaires (les Calvinistes ou Méthodistes actuels) qui ne peuvent présenter à leurs adeptes d’autre point d’appui qu’un Saint-Esprit imaginaire, mensonger et fantastique, à l’aide duquel ils inculquent leurs rêveries dans l’esprit de leurs auditeurs. (Note du Trad.)

IV.

L’Epître de ce jour nous appelle à la vraie foi, en nous indiquant le moyen de plaire à Dieu. Car sans la foi, dit l’Apôtre, il est impossible de plaire à Dieu. (Hébreux 11.6.) Quand l’homme se vouera-t-il au service de Dieu, s’il ne croit pas en un Dieu rémunérateur ? Quand cette jeune fille se vouera-t-elle à la chasteté, ce jeune homme à la continence, s’ils ne croient pas à cette couronne incorruptible destinée à cette noble vertu ? (1 Pierre 5.4.)

La foi est l’œil qui éclaire toute conscience, qui engendre l’intelligence. Car, a dit le Prophète, si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas. (Esaïe 7.9.) C’est la foi qui a muselé la bouche des lions, comme dit l’Ecriture en parlant de Daniel : Il a été tiré de la fosse sain et sauf, parce qu’il a cru en son Dieu. (Daniel 4.22-23.)

Qu’y a-t-il de plus terrible que le démon ? Nous n’avons cependant point d’autres armes à lui opposer que la foi, bouclier spirituel contre un ennemi invisible. Sans cesse il nous décoche ses traits et perce dans les ténèbres ceux-là qui ne se tiennent pas sur leurs gardes. Mais puisque l’ennemi est invisible, enveloppons-nous du manteau de la foi. Servez-vous surtout du bouclier de la foi, avec lequel vous pourrez éteindre les traits enflammés du malin esprit. (Ephésiens 6.16.) Un trait de feu que lance souvent l’ennemi de notre salut, c’est celui du désir des honteuses et sales voluptés. Mais la foi, en nous mettant sous les yeux le jugement dernier, rafraîchit notre âme et éteint ce feu dévorant.

V.

Un jour entier ne suffirait pas pour énumérer tous les merveilleux effets de la foi. Parmi les nombreux exemples que nous en fournissent les figures de l’ancienne loi, contentons-nous de celui d’Abraham, d’autant plus qu’il est notre Père dans la foi. (Romains 4.14 ; Galates 3.7.) Car ce n’est pas seulement par les œuvres qu’il a été justifié (Jacques 2.23) mais encore par la foi. Il a fait de grandes choses, mais il n’a été appelé l’ami de Dieu qu’après avoir cru (Genèse 15.6) ; et c’est de sa foi que toutes ses œuvres ont tiré leur mérite.

C’est sa soumission à la voix de Dieu, c’est sa foi qui lui fit abandonner ses parents, sa famille, et chercher une nouvelle patrie (Hébreux 11.8-10) ; et de même qu’il a été justifié, soyez-le aussi. (Romains 4.23.)

De nombreuses années entassées sur sa tête devaient lui avoir ôté tout espoir de progéniture. Il était vieux, et Sara son épouse, toujours stérile, était depuis longtemps loin de cet âge où la femme peut encore espérer. Dieu cependant lui avait promis une nombreuse postérité ; mais sans égard à tous les obstacles que la nature semblait rendre insurmontables, le saint Patriarche n’en fut pas moins inébranlable dans sa foi à la puissance et à la fidélité de l’auteur des promesses. (Romains 4.19.) Il crut, il espéra contre toute espérance, et deux corps presque éteints donnèrent le jour à un fils. (Hébreux 11.19.) Le voilà père ! le voilà au comble de ses vœux ; mais sa foi doit encore subir une nouvelle épreuve. Dieu lui redemande cet enfant chéri (Genèse 22.2) ; Dieu veut l’avoir de sa main paternelle ; Dieu exige qu’il lui sacrifie ce fils, sur la tête duquel reposaient de si magnifiques espérances et dont il avait été dit : C’est d’Isaac que sortira la race qui portera votre nom. (Genèse 21. 12.) Le père des croyants obéit aussitôt à la voix de son Dieu : convaincu qu’il peut raviver la cendre des morts (Hébreux 11.49) il se dispose sans hésiter à ce sacrifice ; il se lève, emmène sa victime, lui fait porter le bois, la lie, la couche sur l’autel, le couteau est levé ; l’holocauste est consommé dans le cœur et la volonté du sacrificateur. Dieu, satisfait, arrête son bras, substitue un agneau sur l’autel, et rend Isaac à son père. (Genèse 22.9, 13.) C’est pourquoi, après l’épreuve à laquelle sa foi venait d’être soumise, il fut marqué du sceau de la justice, et dans la circoncision de sa chair (Romains 4.11) Dieu imprima celui de la promesse qu’il lui avait faite de le rendre père de plusieurs nations. (Genèse 17.4.)

VI.

Voyons comment cette promesse a été réalisée, et comment Abraham a été le père de plusieurs nations. Les Juifs sont incontestablement ses enfants selon la chair : si nous ne voyons que cette seule génération, l’oracle divin serait nécessairement en défaut ; car il ne serait pas notre père à nous tous : mais dans l’imitation de sa foi nous pouvons tous nous dire ses enfants. (Romains 4.12.) Et comment cela ?

La résurrection d’un mort est, humainement parlant, aussi incroyable qu’une procréation opérée par deux vieillards décrépits ; et comme nous avons cru et que nous croyons à la résurrection de Jésus crucifié, mort sur un gibet, c’est dans la similitude de notre foi que nous sommes devenus par adoption les enfants d’Abraham.

C’est donc par la foi que, comme lui, nous avons été marqués par le Saint-Esprit du sceau spirituel dans les eaux du baptême, que nous avons été circoncis, non pas sur notre chair, mais dans notre cœur, selon ces paroles du prophète Jérémie : Faites la circoncision de votre cœur devant Dieu (IV, 4) ; et celles de l’Apôtre : Dans la circoncision de Jésus-Christ vous êtes avec lui descendus dans le tombeau par le baptême, etc. (Colossiens 2.11-12.)

VII.

Si nous conservons cette foi, nous serons irrépréhensibles à ses yeux, nous serons ornés de toutes les vertus. La foi est si puissante qu’elle soutient l’homme qui marche sur les eaux de la mer. Pierre était un homme comme nous, un composé de chair et de sang, vivant des mêmes aliments. Mais à la voix de Jésus-Christ qui lui dit : Venez, il crut, il marcha sur les eaux, sans autre point d’appui que sa foi en la parole de son maître, appui plus solide qu’aucun fondement terrestre. Le poids de son corps disparaissait ensuite sous la légèreté de sa foi. Tant que sa foi ne se relâcha pas, sa marche fut assurée ; à peine chancela-t-elle, que son corps s’enfonça, et éprouva sur la surface des eaux toutes les oscillations de sa foi. Mais Jésus qui connaissait tout ce qui se passait dans son âme, le raffermit par ces mots : Homme de peu de foi, pourquoi avez-vous douté ? (Matthieu 14.31.) A ces mots Pierre s’appuyant sur la main divine qui lui était tendue, sentit sa foi se ranimer, son pas se raffermir sur la surface des eaux. C’est ce que fait entendre l’Evangéliste lorsqu’il dit : Dès qu’ils furent montés dans la barque, le vent cessa. (Ibid.) Il ne dit pas que Pierre regagna la barque à la nage ; mais il nous fait entendre qu’autant il avait fait de chemin sur l’eau pour aller à Jésus-Christ, autant il en fit encore pour rentrer dans la barque.

VIII.

La foi est si puissante que ses effets salutaires ne se bornent pas à celui qui la possède, mais elle rejaillit encore sur les autres à leur profit. Le paralytique de Capharnaüm n’avait pas la foi ; mais ceux qui le portaient et qui le descendirent par le toit avec des cordes croyaient en Jésus-Christ. Quant au malade son âme participait aux maux de son corps ; elle était également paralysée. Et ne croyez pas que ce soit ici de ma part une accusation portée à la légère contre cet infortuné. Car l’Evangéliste dit en termes formels : Jésus voyant leur foi, et non pas, sa foi, dit au paralytique, Levez-vous. (Matthieu 9.2, 6.) Ceux donc qui le portaient croyaient, et c’est à leur foi que le malade fut redevable de sa guérison.

IX.

Mais voulez-vous un exemple plus frappant encore de l’efficacité de la foi au profit des autres ? Ecoutez Lazare était mort ; un, deux, trois jours s’étaient écoulés depuis cet instant. Déjà son cadavre était en proie à la putréfaction. Comment un mort a-t-il pu croire ? comment a-t-il pu invoquer pour lui-même son rédempteur ? Au défaut de sa foi celle de ses sœurs suppléera. A peine le Seigneur eut-il paru, qu’une d’elles se jeta à ses pieds ; et lorsqu’il lui demanda : Où l’avez-vous placé ? elle lui répondit : Seigneur, il sent déjà mauvais ; voilà quatre jours qu’il repose dans le tombeau. Ne vous ai-je pas dit, reprit le Sauveur, que si vous croyiez, vous verriez la gloire de Dieu ? (Jean 11.39, 40.) C’est comme s’il eût dit : « Si votre foi supplée à celle du défunt. » Or, elle y suppléa en effet d’une manière si énergique qu’elle rompit les portes du tombeau, et rendit Lazare à la vie.

Si la foi d’une personne a pu opérer un tel prodige en faveur d’un autre, combien la vôtre personnelle, si elle est vive et sincère, ne vous sera-t-elle pas plus profitable encore ! Je dis plus, n’ayez point de foi, ou ayez-en peu ; le Seigneur est miséricordieux, il viendra au-devant de vous si vous êtes touché d’un vif repentir ; dites-lui seulement : Seigneur, je crois, mais aidez-moi dans mon incrédulité. (Marc 9.23.) Si vous croyez avoir une foi, mais faible, mais insuffisante, dites-lui avec les Apôtres Seigneur, augmentez en nous la foi. (Luc 17.5.) Car ayant déjà quelque chose de vous-même[3], vous recevrez de lui beaucoup plus encore.

[3] Car vous avez déjà quelque chose de vous-même.

Il dit encore plus bas, n. XI : Ayez cette foi qui dépend de vous. Cyrille entend ici parler de cette foi naturelle ou humaine que tout disciple porte à la parole de son maître, et qu’il appelle la foi des dogmes. Mais cet accroissement que nous recevons de Dieu, mais cette perfection de la foi, comme il l’a dit plus haut, qui opère en nous ou par nous des choses qui surpassent les forces humaines, est une grâce et la récompense de la première. (N. XI.) Celle-ci est de nous, non pas que pour l’avoir nous n’eussions besoin d’aucun secours d’en haut, mais en ce que, comme nous le verrons plus bas (n. X) elle consiste dans un assentiment de notre âme ou une approbation volontaire des dogmes proposés. Quant à l’autre, c’est un don de Dieu purement gratuit qui agit en nous et sans nous. Voici comme s’exprime à ce sujet l’auteur des Constitutions apostoliques : Etenim esse pium, ex bond cujuspiam voluntate oritur ; at miracula patrare, ex virtute illius qui operatur : quorum primum quidem nos ipsos respicit, secundum verò Deum ob causas supra dictas operantem. (Const. Apostol, lib. XIII, cap. 1 in fine. Voy. Bergier, Traité de la vraie Religion, t. 1, p. 314, édit. 1780.)

Nous verrons, au reste, en plusieurs endroits que la foi est un don de Dieu. (Catéch. XIII, 8 ; Catéch. XIV, 28.) (Note du Traducteur.)

X.

La foi n’est connue que sous un seul nom. On en distingue néanmoins de deux espèces.

Il en est une qu’on pourrait appeler dogmatique qui emporte avec elle l’assentiment et l’adhésion de notre esprit sur un sujet quelconque, qui l’aide et le soutient, comme a dit le Sauveur : Celui qui écoute mes paroles, et qui croit en celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne viendra pas en jugement. (Jean 3.18.) Et ailleurs : Celui qui croit au Fils n’est pas jugé ; mais il passe de la mort à la vie. (Jean 5.24.)

O clémence adorable ! les justes après de longues années d’épreuves ont eu peine à trouver grâce devant Dieu ; et ce que ceux-ci n’ont pu obtenir qu’après de longs et pénibles travaux, Jésus vous l’offre, vous le donne dans une heure, dans un instant. Car si vous croyez que Notre-Seigneur est Jésus-Christ, que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, vous serez sauvés et transportés dans le ciel par celui-là même qui y a introduit le larron. Gardez-vous de révoquer en doute ce prodige de la clémence divine envers vous. Car celui qui sauva, sur le mont Golgotha, le larron en raison de sa foi qui fut à peine d’une heure, vous sauvera également en raison de la vôtre.

XI.

Il est une autre espèce de foi dont Jésus-Christ nous gratifie. Car l’un, dit l’Apôtre, reçoit par le Saint-Esprit le don de sagesse, un autre celui de science selon le même Esprit. Celui-ci est doué de la foi par le même Esprit, celui-là est doué de la grâce des guérisons. (1 Corinthiens 12.8-9.) Cette foi est un don du Saint-Esprit de pure grâce ; elle n’est pas seulement dogmatique mais elle a une énergie qui surpasse les forces de la nature. (Marc 11.23.) Celui-là qui est animé de cette foi dit à cette montagne, passez de là à là, et elle y passe. (Matthieu 17.19.) Lors donc que dans un esprit de foi vous parlerez ainsi convaincu que la chose se fera telle que vous le dites, sans aucune espèce de doute, alors vous aurez cette foi dont parle Jésus-Christ lorsqu’il dit : Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé. (Ibid.) De même que le grain de sénevé qui est d’un très-petit volume est doué d’une brûlante activité, qui, quoique serré dans un très-petit espace de terre, produit un grand arbre dont les vastes rameaux peuvent offrir un asile aux oiseaux du ciel[4], de même la foi avec une rapide énergie opère dans notre âme des effets prodigieux. Alors celle-ci se place en face de la divinité, elle voit Dieu autant qu’il est en elle. Toute remplie de la lumière de la foi, elle parcourt les extrémités du monde, elle n’attend pas la fin des siècles pour assister au jugement dernier et à l’accomplissement des promesses évangéliques.

[4] Peuvent offrir un asyle aux oiseaux du ciel.
Ce qui est dit dans l’Evangile du grain de sénevé ou de moutarde paraîtrait incroyable, si nous ne savions pas que telles plantes, qui dans nos contrées ne parviennent qu’à un volume très-ordinaire, en acquièrent un énorme dans d’autres contrées.
Les Talmuds de Jérusalem, chap. VII, Peach, et de Babylone, chap. Chetub, portent qu’un certain Simon avait un pied de moutarde qui devint si haut, si fort, qu’un homme aurait pu monter dessus sans le rompre. On y parle aussi d’un autre pied de moutarde qui avait trois branches, dont l’une servait d’ombrage à des potiers qui travaillaient sous elle pendant l’été. Cette branche seule donna, dit-on, trois caques de moutarde. (Voyez le Dict. de la Bible, par D. Calmet, vo sénevé.)

Ayez donc en lui cette foi qui dépend de vous, pour vous rendre dignes de recevoir de lui cette autre foi qui surpasse en énergie les forces humaines.

XII.

N’ayez pour objet de foi[5] que le seul symbole que l’Eglise aujourd’hui vous confie. C’est le seul que vous devez apprendre, réciter souvent et retenir. Il ne renferme rien qui ne soit appuyé sur les Livres saints.

[5] N’ayez pour objet de foi.
Dans le cours de cette homélie le symbole est souvent pris pour le synonyme du mot foi. Réciter la foi, c’est réciter le symbole. Cette synonymie a jeté beaucoup de confusion dans les traductions latines, surtout dans celle de Grodecius.

Comme il n’est pas donné à tous de pouvoir lire les saintes Ecritures, soit que les uns ne sachent pas lire, soit que les autres ne le puissent pas en raison de leurs occupations, nous renfermons en peu de lignes toute la substance de la foi. Je veux que vous le répétiez souvent, mot à mot, pour l’inculquer dans votre mémoire. Ce n’est pas au papier qu’il faut confier ce dépôt, c’est à votre mémoire, c’est à votre cœur, par la méditation. Gardez-vous de jamais parler devant un catéchumène de ce qui vous est ici confié[6].

[6] Voyez notre dissertation sur le secret.

Je veux que ce symbole vous serve de viatique pour tout le cours de votre vie, et que vous ne prêtiez l’oreille à aucun autre, lors même que, par un malheur extrême, nous viendrions nous-mêmes à le corrompre et à enseigner jamais le contraire de ce que nous disons aujourd’hui, lors même qu’un esprit de ténèbres transformé en Ange de lumière (2 Cor. XI, 14) voudrait vous séduire ; lors même qu’un Ange descendu du ciel vous annoncerait un autre évangile que celui que nous prêchons, qu’il soit pour vous anathème. (Galates 1.8-9.)

C’est à vous à retenir fidèlement ce symbole que nous ne vous faisons connaître que verbalement. Employez vos moments de loisir à extraire des Livres saints ce qui vous paraîtra capable de fortifier votre conviction. Car ce n’est pas ici une compilation arbitraire, mais ce sont autant d’axiomes extraits de tout le corps des Ecritures, qui forment tout le résumé de notre doctrine. Ainsi qu’un grain de sénevé renferme beaucoup de rameaux, de même le symbole contient, en peu de mots, toute la science d’une parfaite piété qu’on trouve, soit dans l’Ancien, soit dans le nouveau Testament. C’est pourquoi, mes Frères, conservez précieuse ment les traditions que nous vous confions aujourd’hui. (2 Thessaloniciens 2.14.) Gravez-les sur toute la surface de votre cœur. (Proverbes 7.3.)

XIII.

Prenez garde surtout à ce que l’ennemi ne fasse pas trébucher et ne dévalise pas quelques-uns d’entre vous, prenez garde à ce qu’aucun hérétique ne vienne à corrompre la doctrine que nous déposons dans votre cœur. Ce symbole est comme un trésor placé chez un banquier, dont Dieu vous redemandera compte[7].

[7] Le symbole que nous déposons dans votre cœur, etc.
Pour mieux comprendre la pensée de S. Cyrille, il faut la rapprocher de la comparaison que fait S. Basile de la foi catholique avec de l’argent contrôlé, et des hérésies avec de la fausse monnaie. S. Augustin (Serm. CCVI, 3) disait aux aspirants au baptême : « Voilà que le royaume des cieux nous est proposé aux enchères, vous pouvez l’acheter avec la foi. » Cyrille aussi (Catéch. XVII, 37) compare la foi à un immense commerce dans lequel on peut plus ou moins gagner, suivant les fonds qu’on y verse et le travail qu’on y apporte. S. Augustin (Serm. CCXII, 1) compare les aspirants au baptème à ces marchands qui ne font qu’un symbole de foi, c’est-à-dire qu’une mise de fonds, qui les engage mutuellement dans le commerce qu’ils entreprennent.

Je vous conjure, avec S. Paul, à la face du Dieu qui donne la vie à tout ce qui est, à la face de Jésus-Christ, qui a rendu un si beau témoignage sous Ponce-Pilate, (1 Timothée 4.14) de garder cette profession de foi sans souillure telle que nous vous la transmettons, jusqu’à l’avènement glorieux de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le trésor de la vie est aujourd’hui dans vos mains, vous sera redemandé au temps de cet avènement que doit faire paraître celui qui est heureux, seul puissant, le Roi des rois, le Maître des maîtres, celui qui habite une lumière inaccessible, que nul homme n’a vu et ne peut voir (Ibid. 16), à qui est l’honneur et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Ici Cyrille récite à haute voix le symbole qui suit :

SYMBOLE DE JÉRUSALEM.

I. Credimus in (Jean 14.1) unum Deum (Esaïe 65.18 ; 1 Corinthiens 8.6) Patrem (Ephésiens 3.14) omnipotentem (Jérémie 32.19) factorem cœli et terræ (Job 32.22, 4) visibilium omnium et invisibilium. (Colossiens 1.1, 6.)

II. Et in unum Dominum Jesum Christum (1 Corinthiens 8.6) Filium Dei unigenitum (Jean 3.16) qui ex Patre genitus est (Psaumes 11.7) Deus (Matthieux 1.23) verus (1 Jean 5.20) ante omnia secula (Michée 5.2) per quem omnia facta sunt. (Jean 1.3 ; Colossiens 1.16.)

III. Qui in carne advenit (1 Jean 4.2) et inhumanatus est (Philippiens 2.7) ex virgine et Spiritu sancto. (Luc 1.35.) Ces mots manquent dans le texte grec.

IV. Crucifixus et sepultus. (1 Corinthiens 15.3-4.)

V. Et resurrexit tertiâ die. (Ibid.)

VI. Et ascendit in cælos, et consedit à dextris Patris. (Marc 16.19.)

VII. Et venturus est in gloriâ judicare (Matthieu 25.31) vivos et mortuos (1 Thessaloniciens 4.16-17) cujus regninon erit finis. (Luc 1.32.)

VIII. Et in unum sanctumSpiritumParacletum (1 Corinthiens 12.41 ; Jean 14.26) qui locutus est in Prophetis. (2 Pierre 1.21.)

IX. Et in unum baptisma pœnitentiæ, in remissionem peccatorum. (Actes 2.38.)

X. Etin unam sanctam catholicam Ecclesiam. (Ephésiens 5.25.)

XI. Et in carnis resurrectionem. (Jean 5.29.)

XII. Et in vitam æternam. (Matthieu 25.46.)

Voici le même symbole plus abrégé, que l’aspirant au baptême prononçait ensuite des renonciations :

Credo in Patrem et in Filium et in sanctum Spiritum et in unum baptisma pænitentiæ.

N.B. L’aspirant sur le point d’être baptisé et sur la demande que lui adressait le ministre, confessait encore la sainte Trinité. (Voy. Catech. XX, 4.)

Traduction du Symbole de Jérusalem.

I. « Nous croyons en un seul Dieu Père, qui a l’empire sur tout, créateur du ciel et de la terre, de toutes les choses visibles et invisibles. »

II. « Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, qui est né du Père, Dieu vrai avant tous les siècles, par lequel tout a été fait.

III. Qui est venu dans la chair, a été fait homme (de la Vierge et du Saint-Esprit).

IV. « Qui a été crucifié et enseveli.

V. « Qui est ressuscité le troisième jour.

VI. « Qui est monté aux cieux, et est assis à la droite du Père.

VII. « Qui viendra dans la gloire juger les vivants et les morts, dont le règne n’aura point de fin.

VIII. « Et en un seul Saint-Esprit Paraclet, qui a parlé dans les Prophètes.

IX. « Et en un seul baptême de pénitence, en la rémission des péchés.

X. « En une sainte Eglise catholique.

XI. « En la résurrection de la chair.

XII. « Et en la vie éternelle. »

Le même plus abrégé.

Je crois au Père, au Fils, au Saint-Esprit, et en un baptême de pénitence.

OBSERVATIONS SUR LE SYMBOLE DE JÉRUSALEM.

Tel est le symbole dont l’Eglise de Jérusalem faisait encore usage dans le milieu du IVe siècle, et qu’on retrouve épars dans les Catéchèses suivantes. Comme nous l’avons dit, le symbole, dans les premiers siècles, ne s’écrivait jamais ; c’est pourquoi on ne le trouve à la suite de la Ve Catéchèse, comme il devrait y être, dans aucun manuscrit. Mais dans la suite, sous les empereurs chrétiens, depuis que le symbole avait été discuté en présence de Constantin non baptisé à Nicée, on se relâcha de cette sévérité, et les anciennes formules des Eglises grecques tombèrent peu à peu en désuétude. Cependant dans le milieu du Ve siècle, l’Eglise d’Antioche avait encore son symbole particulier ; mais dans le VIe siècle celui de Nicée ou de CP devint général. L’empereur Justin le Jeune, l’an 568, la première année de son règne, introduisit le symbole de CP dans toute l’Eglise catholique pour y être chanté par le peuple.

Ce ne fut que l’an 488 que Pierre Fullo, PC. d’Antioche, le plaça dans les collectes ; que Timothée surnommé Colon, PC. de CP. l’institua in omni synaxi. (Voyez les notes sur le Missel Mozarabique, du P. Alexand. Leslée, p. 543.) Dans quelques manuscrits on trouve, il est vrai, au lieu et place du symbole que nous reproduisons, celui de Nicée ; mais c’est un anachronisme des copistes du IXe siècle au moins, qui, trouvant vide la place qu’aurait dû occuper le symbole, s’il eût été écrit, y placèrent par ignorance celui de Nicée. Théophanes qui mourut au commencement du IXe siècle, s’il eût lu les Catéchèses, n’eût pas dit dans sa chronographie (anno 335) que Cyrille avait expliqué le symbole de Nicée.

L’Eglise d’Occident n’adopta dans la lithurgie ce symbole qu’après le III concile de Tolède, tenu l’an 589, et conserva précieusement dans les cérémonies du baptême celui des Apôtres. (Voyez les notes du P. Leslée, loco citato.)

Le symbole que nous reproduisons ici était-il dans l’opinion de S. Cyrille l’œuvre immédiate des Apôtres ? On serait tenté de le croire lorsque dans sa XVIIIème Catéchèse, n° 32, il l’appelle le saint et apostolique symbole. Αγίαν καὶ ἀποςολικὴν πίστιν. Mais il est beaucoup de raisons qui militent fortement contre cette opinion.

1° S’il eût cru qu’il était l’œuvre des Apôtres, jaloux comme il était de relever toutes les prérogatives de son Eglise, il n’eût pas manqué de faire valoir cette circonstance. Il paraît au contraire ne le regarder que comme l’œuvre des Evêques, lorsqu’il dit : Nous renfermons en peu de lignes toute la substance de la foi. Puis un peu plus bas, ce sont autant d’axiomes extraits de tout le corps des Ecritures.

2° Si c’eût été l’ouvrage des Apôtres réunis, on ne trouverait pas dans son tissu les expressions textuelles des œuvres apostoliques subséquentes au premier concile de Jérusalem, puisque ceux-ci ne se réunirent jamais après la confection des livres du Nouveau Testament.

3° On remarque dans le premier article : Factorem cæli et terræ, contre les Manichéens et les Marcionites qui reconnaissaient deux principes ; dans le deuxième : Genitus Deus ante omnia secula, pour marquer l’éternité du Verbe ; et pour défendre sa conception temporelle contre les Apollinaristes, on inséra : Ex Virgine et Spiritu sancto.

Au reste le soin qu’a pris le Père Touttée, dont nous abrégeons ici le commentaire, d’indiquer tous les textes des Livres saints, d’où les expressions ont été extraites, ne laisse aucun doute qu’elles ont été expressément ou tacitement introduites dans ce symbole en opposition directe avec des hérétiques postérieurs aux Apôtres.

Si, comme il est difficile d’en douter, les Apôtres avant de se séparer ont composé le symbole tel que l’Eglise d’Occident l’a conservé, il est facile de voir que les Evêques d’Orient ont ajouté à ce symbole primitif des mots consacrés à repousser les hérésies à mesure qu’elles se formaient, sans le dénaturer. C’est en cela que le symbole de Jérusalem est un monument précieux et authentique à opposer aux Ariens et Sociniens modernes.

Dans notre traduction française nous avons exprimé le mot grec Pantocratôr par, qui a l’empire sur tout, au lieu de tout-puissant comme nous l’avons fait en latin ; car omnipotens se dit en grec Pantodunamos, et Pantocrator signifie : in omnia imperium habens. Nous avons cru dans le latin devoir nous conformer à l’usage, et dans le français suivre rigoureusement le sens grammatical.

Ces mots : Ex Virgine et Spiritu sancto, ne se trouvent ni dans le titre des Catéchèses, ni dans l’explication du troisième article (Catéch. XII, 13) ; mais on les retrouve dans l’art. troisième de la même Catéchèse, où il renvoie à un autre moment pour en faire l’explication.

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