Le jour éternel

VIII.
Le service des siècles à venir

Le Fils nous ayant affranchis, nous sommes véritablement libres. Nous fîmes connaissance avec la vérité, et la vérité nous rendit libres (Jean 8.32). Notre servitude étant arrivée à son terme, nous devînmes fils, au lieu d’esclaves que nous étions (Galates 4.7), et au lieu de serviteurs nous fûmes appelés amis (Jean 15.15). Or, notre service commence là où finit notre servitude. Nous avons été délivrés afin que nous pussions servir, en toute liberté, Celui qui a mis nos cœurs au large. Etant sous la grâce, et non plus sous la loi, nous désirons accomplir la volonté de notre divin Maître, et nous reconnaissons, dans notre expérience, que l’obéissance à cette volonté est la liberté même. Jusque-là, il nous était impossible de bien comprendre ces paroles que nous avons, pour ainsi dire, apprises par cœur : « Oui, ô Eternel ! car je suis ton serviteur ; je suis ton serviteur, le fils de ta servante ; tu as délié mes liens » (Psaumes 116.16). L’acte qui servit à délier nos liens fut le moyen par lequel nous devînmes serviteurs !

Christ était Fils avant d’être Serviteur ; il en est de même de nous. Notre service se lie étroitement à notre condition comme fils. Nous, nous ne pouvions être serviteurs sans avoir la qualité de fils. L’une et l’autre vont ensemble. « Quand nous avons appris à dire : « Abba, Père, » nous avons pu dire aussi : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? »

Nous n’accomplissons pas un service dans le but d’être délivrés ; mais nous avons été délivrés, afin que nous pussions servir Dieu. « Ayant été délivrés de la main de nos ennemis, afin que nous le servions sans crainte, dans la sainteté et dans la justice, en sa présence, tous les jours de notre vie » (Luc 1.74-75). Notre affranchissement s’effectue par la simple connaissance qui nous est donnée du Libérateur et de l’œuvre qu’il a accomplie sur la croix. Etant ainsi délivrés, nous entrons joyeusement au service de notre nouveau Maître. Ayant goûté combien le Seigneur est doux, nous prenons sur nous le joug aisé de notre aimable Sauveur. « Ayant donc été affranchis du péché, nous sommes devenus esclaves de la justice » (Romains 6.18). « Comme donc vous avez livré vos membres pour servir à l’impureté et à l’injustice, et pour commettre l’iniquité, appliquez maintenant vos membres pour servir à la justice en sainteté » (c’est-à-dire faites des œuvres de sainteté) (v. 19). « Mais ayant été maintenant affranchis du péché, et étant devenus esclaves de Dieu, vous avez pour votre fruit la sanctification, et pour fin la vie éternelle (v. 22). »

Servir Dieu est donc le privilège de tout homme qui est pardonné, de quiconque est devenu enfant par adoption. Ce privilège est fondé sur notre acceptation de la grâce. Cette idée se justifie par les paroles de l’Apôtre : « C’est pourquoi, saisissant le royaume qui ne peut être ébranlé, retenons la grâce par laquelle nous servions Dieu, en sorte que nous lui soyons agréables, avec respect et avec crainte » (Hébreux 12.28). Que le service soit un privilège, que la condition d’un serviteur soit une condition honorable, c’est là un mystère pour les hommes de ce monde qui ont des idées de dignité toutes différentes de celles du chrétien. Le monde ne comprend pas que, pour être grand, il faut se faire petit. Que nous soyons tout à la fois fils et serviteurs, — rois et esclaves, c’est ce qui nous étonne quelquefois nous-mêmes. Mais ce que nous ne comprenons pas maintenant, nous le comprendrons parfaitement ci-après. Notre vie nouvelle est une vie d’action. Nous sentons qu’elle est formée pour le service. C’est un besoin pour nous que de nous dévouer pour les autres et de faire la volonté de « Celui à qui nous sommes, et lequel nous servons. » Nous sommes serviteurs et débiteurs envers nos frères, car l’Apôtre se sert de deux expressions équivalentes : « Je me suis asservi à tous » (1 Corinthiens 9.19), et ailleurs : « Je suis débiteur, tant aux Grecs qu’aux Barbares, tant aux sages qu’aux ignorants » (Romains 1.14).

Le nom de serviteur est un nom de dignité. C’est sous ce nom que le Père a bien voulu désigner son Fils : « Voici mon serviteur » (Ésaïe 42.1) ; et c’est aussi en lui qu’il a pris son bon plaisir, parce qu’il était réellement le serviteur fidèle, accomplissant toute la volonté de son Père. Abraham fut appelé de ce nom : « Mon serviteur Abraham » (Genèse 26.24). Moïse aussi : « Mon serviteur Moïse » (Nombres 12.7) ; « Moïse, serviteur de Dieu » (1 Chroniques 6.49). Job fut également qualifié de ce nom : « Mon serviteur Job » (Job 1.8). Caleb de même (Nombres 14.24). C’est ainsi que les saints du Nouveau Testament sont désignés, le nom étant donné aux Apôtres et aux frères dans les Eglises (Apocalypse 1.1 ; 7.3 ; Romains 1.1 ; 16.1 ; Colossiens 4.12). La fonction du serviteur, depuis le premier jusqu’au dernier, est une fonction honorable. Serviteur de Dieu ! Qui est celui qui n’ambitionne pas de porter ce nom-là ? Qui ne voudrait se réjouir à la pensée qu’un tel nom se trouve inscrit sur son front ?

C’est sous « la forme d’un serviteur » que le Fils de Dieu parut (Philippiens 2.7). C’est dans un service humble qu’il trouvait sa joie : « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert « (Luc 22.27). Et c’est pour un service tel que celui-ci que nous sommes aussi appelés, un service rendu au Père, un service rendu à lui-même, un service rendu aux frères, et qui a même pour objet « ceux du dehors. » Le Seigneur nous donne le caractère de ce service et nous en fait comprendre la valeur, quand il nous dit : « Si quelqu’un me sert, qu’il me suive ; et où je serai, là aussi sera celui qui me sert : « Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera » (Jean 12.26)a. Ces paroles nous montrent comment nous devons servir le Seigneur en le suivant. La vraie manière de le servir, c’est de marcher sur ses traces. Il s’est offert à notre imitation, et il veut que nous le prenions pour modèle en toutes choses. Notre service, s’il est conforme au sien, aura pour résultat de nous placer là où il est lui-même. C’est en le suivant que nous arriverons au même but, qui est le terme de l’obéissance : nous serons avec lui à jamais. Notre service doit avoir pour récompense la gloire et l’honneur. Le Père nous honorera comme il a honoré le grand Serviteur, son très dévoué Fils. Un tel honneur, qui nous sera conféré par le Père lui-même, doit nous faire redoubler de vigilance et de soin dans le service volontaire que nous avons à accomplir. C’est un service journalier auquel nous sommes appelés : Il y à des occasions abondantes, des besoins se font sentir de tous côtés. Ne les perdons pas de vue, ne reculons devant aucune nécessité. Celui qui se refuse au service du Seigneur, à cause de la difficulté, de la peine, de la dépense d’argent ou de travail qui s’y rattache, montre simplement qu’il préfère le service de lui-même, de la chair, peut-être même du diable. Il ne peut rester tout à fait oisif ; il lui faut un maître, et, par conséquent, une œuvre à faire. Qu’il ne craigne pas de renoncer à toutes les satisfactions de la chair ; et, quelques grands que soient les obstacles et le sacrifice qui lui est imposé, il éprouvera que le joug de Christ est aisé et son fardeau léger dans n’importe quelle position il puisse se trouver.

a – Le Seigneur dit dans un autre endroit : « Je ne vous appelle plus serviteurs » (Jean 15.15), tandis que dans le passage susmentionné, il nous appelle serviteurs. Mais dans le premier cas, il emploie le terme διακόνοι « ministres, » tandis que dans le second c’est δουλοι, « esclaves, » ce qui est très différent. Il est vrai que dans d’autres endroits ces mots peuvent avoir la même acception, mais il est bon d’en remarquer ici la différence.

Dieu veut que nous le servions. Que de fois n’est-il pas arrivé que, pour nous réveiller de notre torpeur et nous humilier de notre paresse ou de notre lâcheté, il a été obligé de nous reprendre sévèrement en nous faisant sentir la verge de sa discipline. L’affliction a souvent été le moyen de nous stimuler au service et de nous faire bien comprendre que nous ne pouvons, sans offenser Dieu, rester oisifs toute la journée en face des besoins auxquels nous avons à répondre. Allons ! servez-moi dans l’Evangile de mon Fils, est le message que Dieu adresse à quelques-uns. Allons ! travaillez activement dans mon Eglise, semble-t-il dire aux autres. D’autres encore auront pour mission de rendre témoignage à la vérité, de protester contre l’erreur dans toutes ses formes et de fermer la bouche aux contredisants. C’est aussi un service que de ramener dans le bercail des brebis égarées et de réveiller les indifférents. Enfin, ou peut servir Dieu dans une foule de petits détails, soit dans l’accomplissement des devoirs ordinaires, de la vie.

Mais notre service ne finit pas avec cette vie. Il continue dans les siècles à venir : c’est un service éternel. Sans doute qu’il y a certaines parties de service qui doivent prendre fin parce qu’elles ne seront pas nécessaires dans l’âge de la perfection. Comme aussi il y aura alors des genres de service qui n’existent pas maintenant. Quoi qu’il en soit, nous pouvons dire que le service pour lequel Dieu nous a consacrés lorsqu’il nous a aspergés du sang de l’alliance, est essentiellement le même que celui qui doit s’exercer dans l’autre vie. L’Apôtre déclare à l’endroit où il décrit les gloires de la Jérusalem céleste : « Ses serviteurs le serviront » (Apocalypse 22.3). Dans la scène glorieuse qui se déroule devant lui, il y a un grand trait qui frappe ses regards, — c’est le service que rendent les serviteurs au Roi des rois. « Mille milliers le servaient » (Daniel 7.10) ; ou, comme s’exprime l’Ecriture dans un autre endroit : « Ils le servent jour et nuit dans son temple » (Apocalypse 7.15). Il y a donc un service dans l’autre vie aussi bien que dans celle-ci, et un service qui s’accomplira au milieu d’une gloire éternelle.

C’est d’abord un service de famille. Une famille qui se compose de rachetés, — la famille de Dieu rassemblée par sa puissance et appelée de son nom. Ce sont « les domestiques de la foi, » — des hommes qui sont unis ensemble comme une famille de frères, et qui ont une même croyance fondée sur un grand fait ou une grande vérité touchant la mort du Fils de Dieu, seul moyen de salut. Ainsi, quoique en très grand nombre, vivant sous des climats divers, et avec des différences d’âge, il ne forment cependant qu’une seule et même famille. Participant tous ensemble à cette fraternité, ils peuvent se rendre service mutuellement et de bien des manières, tandis qu’ils sont encore ici dans le combat et en route pour Canaan. Ils ont à porter la charge les uns des autres. Chacun est obligé envers son frère, autant qu’il est en son pouvoir de le faire, d’adoucir ses peines, de relever ses mains affaiblies, de lui donner de bons conseils, de calmer ses craintes, de sécher ses pleurs, de partager ses joies, et de le secourir par beaucoup d’autres témoignages de fraternelle amitié. C’est ainsi que s’employant joyeusement les uns pour les autres, les chrétiens montreront qu’ils sont de véritables serviteurs de Dieu et de leurs frères.

Plusieurs de ces bons offices que les membres de la famille sont appelés à se rendre réciproquement, ne seront bientôt plus jugés nécessaires. Tout service qui implique la souffrance, la fatigue ou le péché, a son terme dans ce moment où notre corps mortel revêtira l’immortalité ; mais il y a des services qui ne finiront jamais. Membres de la même famille, étroitement unis ensemble par le lien d’une éternelle amitié, nous serons dépendants en quelque sorte les uns des autres, et nous trouverons dans ces communications fraternelles ou dans ce ministère d’amour, (car ce sera l’un ou l’autre) les joies mêmes du ciel. Les membres de cette famille ne sont plus comme les grains de sable qui peuvent être dispersés ; et de même qu’ils ne sauraient être étrangers les uns aux autres, ils ne peuvent non plus cesser de se rendre utiles les uns aux autres. Il y a là une vie active qui se porte du siège des affections dans toutes les parties du corps ; rien ne peut en suspendre l’exercice ; le cœur ne peut cesser de battre, ni le pouls cesser de répondre à ces battements. Si déjà, au milieu de cette dispersion et de cette confusion qui existent dans la famille ici-bas, les membres, souvent étrangers les uns aux autres, se rendent de si précieux services, n’est-il pas à espérer qu’ils continueront dans l’autre monde à se servir réciproquement de mille manières différentes, alors qu’ils seront consommés dans l’unité, réunis sous le toit paternel et jouissant d’une communion non interrompue ? On ne peut dire quels seront les actes nombreux que doit accomplir chaque membre de la famille ; mais ce que nous ne savons pas maintenant nous le saurons ci-après.

C’est un service de bourgeoisie. Nous sommes bourgeois d’une immense cité, même de la Nouvelle Jérusalem ; car « notre bourgeoisie est dans les cieux. » Des privilèges se rattachant à notre droit de bourgeoisie nous ont été conférés ; nous sommes des hommes libres, mais cette liberté suppose des devoirs à remplir. Or, ces devoirs, ces privilèges, appartiennent à une autre dispensation que celle-ci. Dieu les tient en réserve pour le jour où il nous fera « entrer par les portes de la ville. » Ce qu’il y a au delà des limites du temps, je ne prétends pas vous le dire. Mais il est certain pourtant que les habitants de cette « cité glorieuse » auront entre eux des relations et se serviront mutuellement. Si Dieu nous place ainsi dans une même ville, ce ne peut être sans intention. Nous y paraîtrons comme rois et sacrificateurs ; mais nous y paraîtrons aussi en notre qualité de citoyens, et comme tels, nous nous servirons les uns les autres. Les rapports d’amitié qu’auront entre eux les habitants de la Jérusalem céleste, ne seront pas moins intimes, ni moins familiers, ni moins utiles que ceux qui ont existé parmi les habitants de la Jérusalem terrestre. C’est « une ville dont les habitants sont fort unis » (Psaumes 122.3).

C’est le service de l’Epouse. Bien qu’héritière du trône de Christ, dont elle possède également le cœur, l’Eglise ne doit pas oublier que son union avec l’Epoux suppose déjà qu’elle a des devoirs à remplir envers lui : « Puisqu’il est ton Seigneur, prosterne toi devant lui » (Psaumes 45.11). Ce service revêt ici un caractère spécial ; il ne peut être rendu qu’à lui seul. C’est un service affectueux, attachant, et vraiment précieux, mais toujours un service qui ne peut être rendu par d’autres que par l’Epouse, et que nul autre que l’Epoux ne peut recevoir. Ce service, le monde n’en connaît rien, et il est à craindre que les saints eux-mêmes ne s’en préoccupent pas assez. Si nous considérons le tableau que nous présente le cantique de Salomon, trouvons qu’il s’agit là de jouissance plutôt que de service ; néanmoins, il faut nous souvenir que la jouissance n’est pas tout. Elle perdrait véritablement de sa douceur si elle n’était accompagnée de quelques actes de dévouement. Il y a de la jouissance quand « le Bien-aimé descend dans son verger, aux carreaux des drogues aromatiques, pour paître son troupeau dans les vergers, et cueillir du muguet » (Cantique des cantiques 6.2). Mais il y a aussi du dévouement quand « ils le servent jour et nuit dans son temple » (Apocalypse 7.15).

Epouse de Jésus-Christ ! tu t’es efforcée de servir ton Seigneur dans la faiblesse et dans les larmes pendant son absence ici-bas ; mais le temps vient où, pleine de force et de joie, tu le serviras sans relâche. Et si le service que tu lui rends maintenant au milieu de tant de difficultés et avec tant de froideur, est précieux, quelle ne sera pas ta joie lorsque tu pourras le servir de tout cœur et sans le moindre empêchement !

Epouse de Jésus-Christ ! souviens-toi de ta vocation céleste, de tes grandes espérances, de ton alliance avec le Fils de Dieu, afin que tu sois ranimée et consolée ; toutefois, n’oublie pas non plus ton origine obscure, ton indignité, ton ancienne inimitié contre celui qui daigne t’appeler son « Epouse, » afin que tu sois véritablement humiliée. « Il est ton Seigneur, prosterne-toi devant lui. » Il est ton Seigneur » que tes désirs tendent vers lui. N’oublie pas l’amour respectueux que tu lui dois. Il compte sur ton adoration, sur ton obéissance, sur ton service. Sers-le comme il t’a servi, avec une humilité sans égale. Ne regarde pas aux sacrifices qu’il peut t’en coûter pour accomplir ce service, et saisis avec empressement toutes les occasions pour te rendre utile jusqu’au jour où tu te dévoueras encore envers ton Maître d’une manière plus complète, plus agréable et plus parfaite.

C’est un service royal. Nous sommes rois par le fait que nous sommes un avec Christ (Apocalypse 1.6). Notre royauté est le résultat de notre rédemption. Elle se rattache comme conséquence à notre adoption dans la famille royale du ciel ; « à tous ceux qui l’ont reçu il leur a donné le droit d’être faits enfants de Dieu, savoir, à ceux qui croient en son nom » (Jean 1.12). Cette qualité d’enfant ou de fils nous donne droit à l’héritage et à tous les privilèges de Christ, car il est écrit : « Si nous sommes enfants, nous sommes donc héritiers ; héritiers, dis-je, de Dieu, et cohéritiers de Christ » (Romains 8.17). La foi, la filiation, l’hérédité, la royauté, tels sont les degrés par lesquels nous arrivons au but de notre haute destinée.

Mais la royauté n’exclut pas l’obéissance ni le service. Notre condition de rois ne nous dispense pas de rendre à Dieu l’hommage de notre reconnaissance et le fruit de notre amour. Jésus lui-même était serviteur et roi. Et remarquez que s’il nous a faits rois, c’est « pour Dieu » et non pas pour nous-mêmes, ainsi que le voudraient, par exemple, les rois de la terre (Apocalypse 1.6). Notre royauté nous met à même de rendre un service royal à Celui qui nous a fait asseoir sur des trônes ; et c’est dans ce sens spécialement que nous le glorifions et l’honorons comme le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs.

On sait que les anciens monarques ambitionnaient d’être servis par des rois (Juges 1.7). Représentez-vous l’orgueilleux Assyrien, lorsqu’il dit : « Mes princes ne sont-ils pas autant de rois ? « (Ésaïe 10.8) Il plut à Darius d’établir sur son royaume cent vingt princes ou satrapes (Daniel 6.1). Et au sujet de Salomon, il est écrit : « Salomon dominait sur tous les royaumes, depuis le fleuve jusqu’au pays des Philistins, et jusqu’à la frontière d’Egypte ; et ils lui apportaient des présents, et lui furent assujettis tout le temps de sa vie. Il dominait sur tous les rois qui étaient de deçà le fleuve » (1 Rois 4.21,24). Les anciens souverains se faisaient donc servir, quand ils le pouvaient, par des rois ; et c’est ainsi que le Roi des rois se fera servir. Ses serviteurs ne sont pas seulement les nobles de la terre ; mais ils sont des rois, et des rois tels qu’ils se feront eux-mêmes servir, car leur droit de royauté qu’ils tiennent du Fils, est bien établi.

Ce service royal s’exerce de bien des façons. Nous servons quand nous venons avec Christ pour prendre, part à l’acte de vengeance, si longtemps différé par le Père, contre les in convertis (Psaumes 149.9 ; Jude 1.14). Ceci peut être considéré comme le premier exercice de notre royauté ou le premier acte de notre autorité royale. Nous continuons à servir lorsque, agissant de concert avec Christ et en notre qualité de juges, nous présentons au monde le sceptre de la justice ; car « ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ? » (1 Corinthiens 6.2-3 ; Apocalypse 20.4). Nous servons quand établis, les uns sur dix villes, les autres sur cinq, nous exerçons l’autorité et la puissance de la part de Dieu, régnant sur toutes ses œuvres et accomplissant les décrets de sa justice dans tout son vaste empire. Nous servons quand nous nous occupons de toutes les grandes, affaires qui ont rapport au gouvernement de L’univers. Le service que Dieu veut bien accepter de nous, est un service qui sera rendu par des têtes couronnées et par des mains armées d’un sceptre. C’est au milieu d’un grand appareil que nous lui rendrons nos hommages en ce jour éternelb.

b – Dans Apocalypse 7.15, il est fait allusion au service sacerdotal : « Ils le servent jour et nuit dans son temple. » Il est dit encore que « ses serviteurs le serviront » (Apocalypse 22.3). Le mot qui est ici employé « λατρεύω » semble exprimer la même idée.

Oh ! quel honneur que celui d’être appelé à ce service royal ! d’être employé auprès de Dieu pour administrer toutes les affaires du royaume, pour faire le service qui est du ressort d’un roi, et un service digne de Celui qui est appelé « le Grand Roi ! » Quand Dieu nous charge de transmettre ses ordres suprêmes ou d’exécuter ses saints décrets dans toutes les parties de son royaume, il nous confère les plus hauts titres de dignité, de puissance et d’honneur qu’il soit possible d’imaginer. Avec une telle espérance dans le cœur nous devrions en quelque sorte sourire à l’ignominie qui s’attache à l’Eglise dans ce siècle mauvais. Nous devrions au moins reconnaître que toutes nos afflictions sont légères, sans nous mettre en peine de notre pauvreté ou de notre basse condition, et recevoir tous les mépris ou les mauvais traitements du monde comme autant de mentions honorables. Pourquoi se dépiter à cause de la souffrance ? Pourquoi se laisser abattre par les déceptions quand nous savons que le Seigneur va venir et que la félicité de son service, sans parler de l’excellence ou de la gloire de son royaume, nous dédommagera de tout.

C’est un service sacerdotal. Le but de la sacrificature est d’établir des relations entre Dieu et le pécheur. Le lien direct de communication ayant été rompu, une voie indirecte a dû s’ouvrir par le moyen d’une tierce partie dont l’office est de donner au pécheur un accès sûr et facile auprès de Dieu et de rendre honorables les rapports de Dieu avec l’homme. C’est ici une vérité que Dieu a voulu enseigner au peuple d’Israël en instituant le sacerdoce lévitique. Après avoir gravé cette vérité dans leur cœur et l’avoir annoncée au monde, il a aboli les vieilles institutions qui lui servaient d’organe, et a remplacé cette voie de communication par une autre plus directe, savoir son propre Fils, le souverain sacrificateur des biens à venir. Lui, le Christ, a tout absorbé en lui-même ; en sorte que les lois cérémonielles n’existent plus. Tenter de rétablir ce qui a pris fin, ou ce que Christ a réalisé par lui-même, serait une folie ou une impiété, fruit de l’ignorance quant à la vérité que ces cérémonies devaient représenter. Jésus-Christ est le terme du sacerdoce, comme il en est le centre. Il n’y a plus maintenant de sacrificature sur la terre, si ce n’est la « sacrificature royale » (1 Pierre 2.9). Elle appartient à ceux qui ont été faits « rois et sacrificateurs à Dieu » (Apocalypse 1.6). Ce sont les « saints » qui ont été rachetés d’entre les hommes, qui « ont été lavés, sanctifiés et justifiés au nom du Seigneur Jésus, et par l’Esprit de notre Dieu » (1 Corinthiens 6.11)c. Tout autre sacerdoce qui prétend s’établir en vertu d’une succession apostolique ou d’une nouvelle révélation, est une chose absurde et contraire à l’ordre de Dieu. Il n’y a que les élus de Dieu qui soient véritablement ministres du sanctuaire. Quant à ceux qui sont choisis, consacrés et établis par les hommes, Dieu ne saurait les reconnaître. Ce sont autant d’usurpateurs profanes qui exercent un office pour lequel Dieu ne les a point appelés, semblables aux prêtres de Baal, ils servent ce qu’ils ne connaissent pas, et ils périront par une contradiction semblable à celle de Coré.

c – Ce passage semble faire allusion à la manière dont, les sacrificateurs étaient consacrés. (Voyez le 8me chapitre du Lévitique.) Aaron et ses fils sont d’abord « lavés » (v. 6) ; puis, ils sont « sanctifiés » ou mis à part au moyen de l’onction (v. 12) ; enfin, ils sont aspergés du sang, et par là même justifiés (v. 23), Le lavage d’eau est ici, comme ailleurs, associé au pardon des offenses.

Quelles que soient les prétentions du nouveau sacerdoce et quelle que soit l’Eglise dans laquelle il s’exerce, il n’y a, après tout, de vrais ministres que ceux que le Père a choisis, que le Fils a lavés et que le Saint-Esprit a sanctifiés. Le jour vient où les hommes seront reconnus et jugés pour ce qu’ils sont. Alors il ne sera plus possible de se faire illusion sur le caractère des serviteurs, ni de confondre ceux qui sont choisis par les hommes avec ceux qui sont choisis par Dieu ; ceux qui sont formés par le Saint-Esprit et ceux qui, suivant un système de mensonge, prétendent l’être par droit de succession.

Mais les véritables sacrificateurs, à proprement parler, ne sont pas encore entrés en fonction. Ils sont seulement élus ; ils ont reçu leur titre sacerdotal, et rien de plus. Ils ne sont pas encore revêtus de magnificence, ils n’ont pas mis leurs vêtements de gloire. Leur sacrificature, de même que leur royauté, est une chose que la foi réalise, mais qui ne sera manifestée qu’au jour où le grand Souverain Sacrificateur sortira du saint lieu où il est allé offrir son propre sang. Quoi qu’il en soit, leur titre est assuré, et avant qu’il soit longtemps Dieu fera justice à leur demande. Investis de leurs pouvoirs, ils procéderont en sainte pompe dans l’exercice de leur ministère. Jusque-là, ils ne doivent avoir aucun prestige de grandeur, ils doivent rejeter comme une chose impie tout ce qui prétend s’élever aux fonctions et aux dignités sacerdotales. S’ils ont une prêtrise à exercer ou un service à faire actuellement, ce ne peut être que dans le sens de ces paroles : « Je vous exhorte donc, mes frères, par les compassions de Dieu, que vous offriez vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu ; ce qui est votre service raisonnable » (Romains 12.1), ou bien dans celui-ci : « Offrons donc par lui sans cesse à Dieu un sacrifice de louanges, c’est-à-dire le fruit des lèvres en confessant son nom » (Hébreux 13.15).

Notre sacrificature est selon l’ordre de Melchisédec. Elle a pour type ou modèle celui qui remplissait une double charge, étant roi de Salem et sacrificateur du Dieu souverain. Le fils de Dieu est le vrai Melchisédec, et nous qui sommes à son service, nous nous réclamons de son nom et de son office. Etant nés d’en haut, nous ne pouvons paraître dans le monde que comme des étrangers dont l’origine ou la parenté n’est pas connue ici-bas ; dans ce sens nous ressemblons à celui qui nous est représenté comme étant sans père, sans mère et sans généalogie. La Jérusalem d’en haut est notre cité comme la Jérusalem d’en bas était la sienne. La ville dont nous sommes les habitants « n’a point de temple » (Apocalypse 21.22) ; Melchisédec habitait pareillement une ville où il n’y avait point de temple et où il exerçait néanmoins la sacrificature. Nous ne sommes pas de la race d’Israël, et cependant nous la bénissons comme Melchisédec la bénit dans la personne d’Abraham. Notre sacrificature est une « sacrificature royale, » et par conséquent d’un ordre bien supérieur à celle qui était destinée à la postérité charnelle d’Abraham.

Comme sacrificateurs, nous aurons pour mission d’entretenir les communications qui seront établies entre la terre et le ciel ; car la sacrificature n’a pas seulement pour objet l’œuvre de l’expiation ou de la réconciliation, mais elle dépasse ce but. Elle établit d’une manière convenable un moyen de communication entre Dieu et ses créatures, et un moyen qui ne cessera pas d’exister lorsque la création aura été nettoyée de ses impuretés, et délivrée de tous les malheurs qui la frappent.

La sacrificature subsistera dans tous les siècles à venir, Christ et ses rachetés, les membres de son corps, en sont les digues représentants. Elle formera comme un lien vivant qui doit rattacher le monde d’ici-bas au monde d’en haut et unir le ciel à la terre. Christ et les saints, — la sacrificature royale, — serviront d’intermédiaire entre Dieu et l’univers. Ils seront les maîtres chantres de la création ; ils se feront l’écho de toutes les voix mélodieuses célébrant la louange dans l’espace infini ; ils recueilleront de toutes les bouches ces cantiques d’actions de grâces pour les porter devant le trône du Roi éternel. Le culte se continuera par leur moyen, les supplications monteront au ciel, et des hommages seront présentés au tout-puissant Jéhovah par tous les différents ordres de ses créatures et dans toute l’étendue de son empire.

Notre sacrificature est éternelle, et les siècles à venir ou le règne de la perfection, bien loin d’en diminuer les effets, les rendra au contraire plus sensibles. Comme la nature humaine de Christ est le grand lien qui relie le fini avec l’infini, et le fondement inébranlable sur lequel repose l’univers tout entier, de même la sacrificature de Christ, continuant à s’exercer dans ce même corps qui fut cloué sur la croix, ouvrira la grande voie de communication, pour le service et le culte qui seront rendus à l’Eternel par ses créatures.

Tel est le service des siècles à venir ! C’est un service bien heureux, saint et honorable. Il n’est pas seulement compatible avec la liberté, — mais c’est la liberté même ; et comme le service est éternel, il s’ensuit que nous jouirons éternellement de cette liberté. Ce sera alors le sabbat du service, répandant toujours et partout le repos, le calme et la liberté. Le service sera véritablement un repos, et nous savons qu’il reste un repos (ou sabbatisme) pour le peuple de Dieu. Voilà ce que nous attendons. Tous les autres sabbats ne sont que des ombres ou des figures de celui-là. Ils ne font que nous rappeler ce jour où le service et le repos, — deux choses qui nous paraissent maintenant inconciliables, — seront heureusement associés. Ce sera un service tel que nous ne saurions le faire ici-bas, et un repos tel que nous n’en goûtâmes jamais de semblable dans le désert. Alors seront accomplies ces paroles : « Ils le servent jour et nuit dans son temple ; » et encore : « Ses serviteurs le serviront ; » C’est un service qui ne sera point accompagné de travaux, de privations ou de fatigue, et un repos qui n’est ni l’oisiveté, ni la paresse ; un repos avec Dieu et en Dieu ; un repos de tous les siècles et qui ne sera jamais troublé par aucun effort du diable, ni par aucune trace de péché.

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