Le Jour du Seigneur, étude sur le Sabbat

2. Le sabbat mosaïque
depuis le Décalogue.

Introduction

La première section se rapportait au sabbat primitif, dont l’institution nous paraît avoir, après la chute de l’humanité, laissé d’abondantes traces dans son histoire, soit d’après l’Ancien Testament, soit d’après les documents païens.

Les récits de l’Exode sur le voyage des Israélites au Sinaï nous ont déjà conduit à aborder le sujet du sabbat mosaïque, c’est-à-dire tel qu’il fut institué au sein d’Israël par le ministère de Moïse. Lors de la halte au désert de Sin (Exode ch. 16), le sabbat apparaît comme une institution encore plus ou moins connue, qui reçoit une première sanction nouvelle par la défense de chercher de la manne au 7e jour et l’autorisation d’en recueillir au 6e une double mesure. La promulgation du 4e Commandement fut ainsi admirablement préparée par la sollicitude de Jéhovah.

En outre, si l’on ne peut affirmer que le sabbat ait reçu une éclatante confirmation en coïncidant avec la sortie d’Egypte, il ne s’en établit pas moins un rapport intime entre lui et le grand exode, comme l’indique formellement Deutéronome 5.12-15. En rapprochant de l’institution primitive les sentiments que devait éveiller chez les Israélites la double pensée de la servitude dont ils avaient souffert, et de la délivrance qui les avait créés comme peuple, on comprend combien cette pensée était propre à se greffer sur le sabbat primitif et à lui communiquer une sève nouvelle. Le sabbat devait dès lors apparaître aux Israélites comme une institution toute pénétrée non seulement de sainteté et d’amour, mais aussi de miséricorde, proclamer la toute-puissance de Jéhovah à la fois comme créateur et rédempteur (Psaumes 100.3 ; Ésaïe 43.15-17).

Nous allons maintenant reprendre l’histoire du sabbat mosaïque à partir du Décalogue, en traitant successivement du 4e Commandement et des autres prescriptions sabbatiques qui s’y rattachent, de l’histoire du sabbat en Israël après Moïse jusqu’à Néhémie, et du sabbat pharisaïque.

Ainsi que nous l’avons fait pour le sabbat primitif, nous continuerons, pour le sabbat mosaïque, d’envisager le Pentateuque, soit comme une partie essentielle et fondamentale de la Parole de Dieu, soit comme un document historique de premier ordre, méritant au plus haut degré notre confiance, mais devant être soigneusement étudié, afin d’être apprécié et compris, comme il le réclame lui-même. Nous croyons qu’il y a une foi d’enfant qui sied toujours au théologien croyant, qui est même inhérente à un développement théologique normal, et qu’elle est pleinement compatible avec une science virile, respectueuse pour toute vérité et saintement zélée dans la recherche de tout moyen de connaissance, mais aussi prudente que zélée. Nous pourrions nous dispenser ici de toute justification de ces principes et de cette méthode, en nous en référant à l’Avant-propos mis en tête de cette Etude de dogmatique chrétienne et d’histoire, où nous avons supposé « déjà traités une foule de points, et des plus graves, en particulier tout ce qui concerne la méthode dogmatique. » Mais au milieu des discussions récentes sur l’origine du Pentateuque comment ne pas nous départir un peu de cette réserve ?

[Voir sur l’ensemble de ces discussions les 8 articles du prof. H. Vuilleumier, qui, de 1882 à 1884, ont paru dans la Revue de théol. et de phil. sous ce titre : « La critique du Pentateuque dans sa phase actuelle, » et dont la suite se fait attendre. Deux résumés du même genre, mais beaucoup plus sommaires, ont été présentés dans la Revue théol. (de Montauban), l’un se rattachant spécialement aux travaux de Reuss, Graf et Wellbausen, par Blanc-Milsand (1886, « Les travaux de la critique moderne relativement au Pentat. ») ; l’autre, se rapportant exclusivement à Wellhausen, par L. Aubert (1887, « Exposition du système de Wellh., » deux articles).

Les idées de Wellhausen ont été directement combattues dans deux art. de la Revue de théol. et de phil. en 1883 par le prof. Gretillat (« Wellh. et sa méthode dans la critique du Pentat. ») et dans plusieurs articles du prof. Bruston insérés dans la Revue théol. (1882, « Le document élohiste et son antiquité, » deux art.) ou dans la Revue de théol. et de phil. 1883, « Les quatre sources des lois de l’Exode. » 1885, « Les deux jéhovistes, » trois art.). Bruston est en quelque manière aux antipodes de Wellhausen, le document dit élohiste, loin de dater de l’exil, demeurant pour lui le plus ancien. Nous sommes heureux de constater que le prof. Lucien Gautier, dans son livre sur la Mission du proph. Ezéchiel (Lausanne, 1891), se déclare nettement contre les conclusions de l’école hypercritique, et de pouvoir renvoyer sur la question générale du Pentat., de son origine et de la vérité de son contenu, aux Conclusions que vient de publier la Bible annotée. Le même point de vue général se retrouve dans l’étude de M. Théod. Naville sur Les sacrifices lévitiques et l’expiation, Lausanne, 1891.]

Nous n’ignorons donc pas les idées de critique fort négatives qui ont été émises sur le Pentateuque ou Hexateuque, comme on voudra (Josué 24.26), et qui ont été exposées par Wellhausen avec une très grande habileté. Déjà en 1849 un théologien qui a des droits particuliers à notre respectueuse reconnaissance, voulait bien, dans une conversation familière, nous communiquer l’opinion à laquelle il était arrivé sur les rapports entre la Loi et les Prophètes, opinion qu’il devait plus tard magistralement développera et contre laquelle les Prophètes eux-mêmes, tout au moins, nous ont toujours paru protester énergiquement. Il serait peut-être impossible d’indiquer maintenant sur la composition de l’Hexateuque une formule vraiment satisfaisante, en particulier pleinement d’accord avec les inductions qui peuvent être tirées du livre lui-même. Mais, en tout cas, la théorie de Wellhausen ne saurait être envisagée comme le dernier mot de la critique, même actuelle, et l’on peut être péniblement surpris de la voir parfois tant accréditée. Elle a déjà suscité une opposition très sérieuse et compte parmi ses adversaires des spécialistes aussi éminents qu’Eb. Schrader, Th. Nöldeke, Delitzsch, Dillmann et Strack, dont les théories nous paraîtraient déjà plus acceptables. Au nom même de la foi en Jésus-Christ, il faut avoir une ferme confiance : les nouvelles études qui ont été provoquées et qui continueront, ne manqueront pas d’aboutir à de vrais progrès dans la connaissance de l’histoire et de la théologie de l’Ancienne Alliance, surtout de l’histoire de la littérature biblique ; et ces progrès feront briller d’un nouvel éclat soit la vérité de notre foi dans ce qu’elle a de plus profond, de plus vital, dans sa pure essence, soit les merveilles de la grâce et de la fidélité de notre Dieu.

a – Ed. Reuss, L’histoire sainte et la Loi (Pentat. et Josué). Paris, 1879.

Nous avons étudié de près les opinions de Wellhausen sur l’histoire du sabbat, de même que la solide réfutation qui en a été faite par Lotzb, et nous aurons l’occasion de les indiquer à nos lecteurs.

bQuaest. de hist. Sabbati, p. 69-105.

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