Histoire de la Réformation au temps de Calvin

Chapitre 5
Luttes au sujet du divorce à Cambridge et à Oxford

(Hiver 1530)

6.5

Les partis à Cambridge – Une assemblée confuse – Murmures contre les évangéliques – L’assemblée se prononce pour le roi – Honneur rendu à l’Écriture – Lettre sévère du roi à Oxford – Opposition des jeunes membres de l’Université – Colère du roi – Lettre du roi à Oxford – Vote d’Oxford en faveur du divorce – Courage évangélique du chapelain Latimer – Le roi et le chancelier de Cambridge

Tandis que Henri VIII envoyait des ambassadeurs en Italie pour obtenir le consentement du pape, il demandait aux universités de la chrétienté de déclarer que la question du divorce était de droit divin, et que le pape n’y avait rien à dire. C’était, selon lui, la voix universelle de l’Église qui devait décider, non la voix d’un seul.

Il entreprit d’abord de travailler Cambridge ; et comme il lui fallait pour cela un homme habile, il s’adressa à l’ancien secrétaire de Wolsey, Etienne Gardiner, ecclésiastique intelligent, actif, rusé et bon catholique. Une seule chose dominait son catholicisme, c’était le désir de gagner la faveur du roi ; il ambitionnait de parvenir comme le cardinal au faîte des grandeurs. Henri lui adjoignit le grand aumônier Edouard Fox.

Arrivés à Cambridge, dans la seconde moitié de février, un samedi à midi, les commissaires royaux eurent déjà dans la soirée une conférence avec le vice-chancelier (docteur Buckmaster), le docteur Edmond et d’autres hommes influents, décidés à marcher avec la cour. Mais ces docteurs, membres du parti politique, se virent aussitôt arrêtés par une adhésion compromettante, à laquelle ils n’avaient pas songé, celle des amis de l’Évangile. En effet, Cranmer ayant publié un livre sur le divorce, les avait convaincus. Gardiner et les membres de la conférence, apprenant l’appui que les évangéliques voulaient leur donner, en furent d’abord embarrassés. De leur côté, les champions de la cour de Rome, alarmés de l’alliance des deux partis qui leur étaient contraires, se mirent le même soir à courir de collège en collège et à soulever toutes les pierres pour conjurer le péril. Gardiner, inquiet de leur zèle, écrivit à Henri VIII : « Si nous nous assemblons, ils s’assemblent de même ; si nous gagnons des amis, ils en gagnent de leur côtéa. » Les docteurs Watson, Tomson et autres clercs fanatiques, tantôt criaient bien fort, tantôt se parlaient à l’oreilleb. — Ils disaient qu’Anne Boleyn était une hérétique, que son mariage avec Henri livrerait l’Angleterre à Luther et ils contaient à ceux qu’ils voulaient gagner, écrivait Gardiner au roi, beaucoup de fables qu’il serait trop ennuyeux de répéter. » Ces fables eussent non seulement ennuyé, mais grandement irrité Henri.

a – « As we assemble, they assemble. » (Burnet, Records, I)

b – « In the ear of them. » (Ibid., p. 39.)

Le vice-chancelier se flattant, malgré ces clameurs, d’avoir la majorité, convoqua pour le dimanche après-midi les docteurs, les bacheliers en théologie et les maîtres ès arts. L’assemblée fut d’environ deux cents, et les trois partis s’y dessinèrent nettement. Les plus nombreux et les plus animés étaient ceux qui tenaient pour le pape contre le roi. Les évangéliques étaient en minorité, tout autant décidés, mais plus calmes que leurs adversaires. Les politiques, mal à l’aise de voir les amis de Cranmer et de Latimer disposés à voter avec eux, devaient pourtant accepter leur secours, s’ils voulaient remporter la victoire. Ils se décidèrent à en tirer parti. « Très doctes sénateurs, dit le vice-chancelier, hommes très graves, si je vous ai convoqués, c’est que le grand amour que le roi vous porte m’engage à consulter votre sagesse. » Alors Gardiner et Fox remirent la lettre dont Henri VIII les avait chargés, et le vice-chancelier en donna lecture à l’assemblée. Le roi y manifestait l’espérance de voir les docteurs unanimes pour faire ce qui lui était agréable. La délibération commença, et par dessous la question du divorce, on vit bientôt apparaître distinctement celle de la rupture avec Rome. Edmond parlait pour le roi, Tomson pour le pape. Il y avait un mélange d’opinions contraires, et chez plusieurs un embrouillement d’idées ; les orateurs s’échauffaient ; une voix couvrait l’autre, et la confusion était extrêmec.

c – Et res erat in multa confusions. » (Burnet, Records, I, p. 79, Gardiner au roi.)

Le vice-chancelier, voulant mettre fin à ce désordre, demanda qu’on renvoyât l’affaire à un comité, dont la décision serait considérée comme étant celle de toute l’université, ce qui fut accordé. Puis comprenant toujours mieux que le parti royal ne pourrait l’emporter qu’avec le secours du parti évangélique, il proposa comme membres de la commission, quelques-uns de ses chefs, les docteurs Salcot, Reps, Crome, Shaxlon, Latimer…

A l’ouïe de ces noms, il y eut dans l’assemblée une explosion de murmures. L’abbé de Saint-Benet surtout (Salcot) offusquait les docteurs du parti romain. Nous protestons, dirent-ils, contre l’admission dans le comité de tous ceux qui ont approuvé le livre de Cranmer, et ainsi engagé leur vote à l’avance. — « Quand une question se débat dans tout le royaume, répondit Gardiner, il n’y a pas un homme instruit qui ne dise à ses amis ce qu’il en pense. » Toute l’après-midi se passa dans de vives altercations. Le vice-chancelier, voulant en finir, dit : « Messieurs, il se fait tard, j’invite chacun de vous à prendre sa place et à faire connaître son opinion par un vote secretd. Inutile ; personne ne se mettait en place ; le désordre, les reproches, les déclamations continuaient. Il faisait nuit ; le vice-chancelier ajourna l’assemblée au lendemain. Les docteurs se séparèrent tous fort émus, mais en sens bien divers. Tandis que les politiques ne voyaient autre chose à débattre que le mariage du roi, les évangéliques et les papistes se disaient que la question véritable était celle-ci. Qui dominera en Angleterre ? La Réformation ou la papauté ?

d – To resort to his seat apart, every man’s mind to be known secretly. » (Burnet, Records, I, p. 80.)

Le lendemain, la liste des membres de la commission ayant été mise aux voix, l’assemblée se trouva partagée en deux parties égales. Gardiner, pour avoir la majorité, entreprit d’éloigner quelques-uns de ses adversaires. Parcourant la salle, il se mit à parler à voix basse avec les hommes les moins décidés ; et leur inspirant, soit des craintes soit des espérances, il en engagea quelques-uns à se retirere. La proposition fut alors mise aux voix pour la troisième fois et elle passa. Gardiner triomphait. De retour chez lui, il envoya la liste au roi ; seize des commissaires marqués d’un A, étaient favorables à Sa Majesté. « Quant aux douze autres, nous espérons, écrivait Gardiner, gagner la plupart par de bons moyens. » La commission s’assembla et s’occupa de la demande royale. Les membres examinèrent avec soin les passages des saintes Écritures, les explications des interprètes, et donnèrent leur avisf. Puis vint la dispute publique, Gardiner n’était pas sans crainte, il pouvait se trouver des attaquants habiles et des défenseurs maladroits ; il se mit à chercher des hommes propres à bien soutenir la cause royale : chose remarquable, laissant de côté les docteurs traditionnels, il adjoignit à la défense, dont Fox et lui devaient être principalement chargés, deux docteurs évangéliques, Salcot, abbé de Saint-Benet et le docteur Reps. Il réservait à son collègue et à lui la partie politique de la question ; mais, malgré tout son catholicisme, il voulait que les raisons scripturaires fussent mises en avant. Les débats furent conduits avec grande maturitég, et la victoire resta aux champions du roi.

e – « To cause some to depart the house. » (Burnet, Records, I, p. 80.)

f – « S. Scripturæ locorum conferentes, tum etiam interpretum. » (Ibid., III, p. 2.)

g – « Publicam disputationen matura deliberatione. » (Burnet, Record, III, p. 22.) »

Le 9 mars, après vêpres, les docteurs, professeurs et maîtres ès arts s’étant réunis dans la chambre du prieuré, le vice-chancelier prit la parole et dit : « Ce qui nous a paru le plus certain, le plus en accord avec la sainte Écriture, le plus conforme aux sentiments des interprètes, — c’est qu’il est défendu de droit divin et naturel qu’un frère prenne pour femme la femme de son frère, mort sans enfantsh. » Ainsi la sainte Écriture était par le fait, si ce n’est explicitement, proclamée par l’université de Cambridge, la règle souveraine et unique des chrétiens, et les décisions contraires de Rome étaient regardées comme non avenues. La Parole de Dieu était vengée des longs mépris qu’elle avait endurés, et après avoir été mise au-dessous de la parole du pape, elle était restaurée en sa place légitime. Dans ceci, Cambridge avait raison.

hIbid.

Maintenant, il fallait attaquer Oxford. L’opposition y était plus puissante et le parti papiste se flattait de triompher. Ce fut l’évêque de Lincoln Longland, chancelier de l’université, que Henri VIII chargea de négocier cette grande affaire, en lui adjoignant le docteur Bell et plus tard, le grand aumônier, Ed. Fox. Henri, inquiet des résultats de la négociation, et voulant à tout prix une décision favorable, remit à Longland une lettre pour l’université, où perçait à chaque ligne un naïf despotisme. « Nous entendons et vous commandons, disait-il, de ne pas vous livrer à de méchantes pensées, mais de vous rappeler que nous sommes votre souverain seigneur. Si vous vous conformez à votre devoir, vous éprouverez que nous sommes pour vous et votre université un maître gracieux, et le chemin que vous prendrez sera celui d’une haute fortune… Mais si vous négligez les règles de la sagesse divine, nous réprimerons si vigoureusement votre conduite dénaturée, que vous n’en serez pas fort aisesi… Si vous faites bien, nous vous élèverons ; si vous faites mal, nous vous rejetterons… Nous ne doutons pas que votre résolution ne nous donne beaucoup de plaisir. »

i – « We shall so quickly and sharply look to your unnatural misdemeanours… » (Henri VIII to the University. Burnet, Records, III, p. 25.)

Cette missive royale causa une grande émotion dans Oxford. Quelques-uns baissaient servilement la tête, car le roi parlait la verge à la main. D’autres se déclaraient convaincus par les raisons politiques et disaient que Henri VIII devait nécessairement avoir un héritier incontesté. Quelques-uns enfin étaient persuadés que les Écritures étaient favorables à la cause royale. Tous les hommes d’âge et de science, mais aussi tous les personnages habiles et ambitieux se prononcèrent en faveur du divorce. Toutefois, une formidable opposition se manifesta aussitôt.

Les plus jeunes maîtres s’enthousiasmèrent pour Catherine, pour l’Église, pour le pape. Leur éducation théologique était imparfaite ; ils ne pouvaient aller au fond de la question ; mais ils jugeaient par le cœur. Voir une femme catholique opprimée, voir Rome méprisée, enflammait leur colère, et si les vieux prétendaient que leur manière de voir était la plus raisonnable, les jeunes croyaient que la leur était la plus noble ; malheureusement, dès qu’il faut choisir entre l’utile et le généreux, c’est d’ordinaire l’utile qui triomphe. Cependant les jeunes docteurs n’étaient pas près de céder. Ils disaient (et ils n’avaient pas tort) que la religion et la morale ne devaient pas être sacrifiées à la raison d’État ou à la passion des princes. Et voyant le fantôme de la Réformation caché derrière le fantôme du divorce, ils se regardaient comme appelés à sauver l’Église et l’État. Hélas ! se disaient l’un à l’autre l’évêque de Lincoln et le docteur Bell, délégués du roi, nous sommes dans des doutes perpétuels, et nous ne pouvons découvrir avec quelque certitude quelle sera l’issue de cette affairej… »

j – In doubte always. » (State papers, I, p. 377.)

Ils convinrent avec les chefs des collèges que, pour préparer l’université, trois disputes publiques se tiendraient solennellement dans les écoles théologiques. Ils voulaient ainsi gagner du temps. Ces discussions sont un moyen très honorable, disaient-ils, d’amuser la multitude jusqu’à ce que nous soyons sûrs du consentement de la majoriték. Les disputes eurent lieu, et les jeunes maîtres, s’entendant chaque jour entre eux sur ce qu’il y avait à faire ou à dire, se livrèrent dans la discussion à toute la vivacité de leurs sentiments.

k – « Most convenient way to entertain the multitude. » (Ibid.)

Quand la nouvelle de ces débats animés arriva à Henri VIII, sa colère éclata, et ceux qui l’entouraient enchérirent encore sur son indignation. « Une grande partie de la jeunesse de notre université se montre inspirée d’un esprit factieux, disait le roi, et affecte des manières contentieuses… » Les courtisans, au lieu de l’adoucir, attisaient son courroux. Chaque jour, lui disaient-ils, ces jeunes gens, sans se soucier de leur devoir envers leur bon souverain, sans vouloir se soumettre aux plus vertueux et aux plus savants membres de l’université, s’assemblent, délibèrent, s’opposent aux vœux de Sa Majesté. « A-t-on jamais vu, s’écriait le roi, des individus d’une science si légère, prétendre s’adjoindre comme juges à de si fameux docteurs, et contrecarrer leurs doyensl !… » Henri, indigné, écrivit aux chefs des collèges : Non est bonum irritare crabones. « Il n’est pas sage d’irriter des frelons. » Cette menace anima encore plus les jeunes. Si ce mot de frelons divertissait les uns, il irritait les autres. En temps chaud, le frelon (c’était le roi) poursuit des insectes plus faibles, mais le bruit qu’il fait en volant les avertit et les petits lui échappent. Henri ne pouvait cacher son dépit ; il craignait que les petites mouches ne fussent plus fortes que la grosse. Il s’agitait dans son château de Windsor, et cette insolente opposition d’Oxford le poursuivait, partout où il portait ses pas, sur la terrasse dans le vaste parc, et même à la chapelle royale. « Quoi, disait-il, cette université ose se montrer plus rétive que toutes les autres, soit de ce pays, soit du dehorsm !… » Cambridge venait de reconnaître le droit du roi, et Oxford refusait de le faire.

l – « That such a number of right small learning… » (Burnet, Records, III, p. 26.)

m – « More unkind and wilfull than all other universities. » (Burnet, Records, III, p. 46.)

Voulant en finir, Henri appela à Windsor le grand aumônier Ed. Fox, et le chargea de remporter à Oxford les mêmes victoires qu’il avait gagnées à Cambridge. Puis il dicta à son secrétaire une lettre aux rétifs. « Quoi ! disait le despote, sans respect pour notre caractère royal, oubliant toutes nos faveurs, vous vous refusez à accomplir nos désirs. Ne permettez pas que les suffrages de personnes privées, dénuées de raison, prévalent sur ceux des sages. Rachetez par votre diligence les erreurs du passé.

Donné sous notre sceau, au château de Windsorn. »

nIbid., p. 27.

Fox fut chargé de cette lettre.

Le grand aumônier et l’évêque de Lincoln convoquèrent aussitôt les jeunes docteurs d’Oxford et déclarèrent qu’une résistance prolongée pourrait entraîner leur ruine. Mais la jeunesse universitaire n’entendait pas qu’on lui fit violence. A peine Lincoln avait-il fini, que plusieurs maîtres ès arts se récrièrent fort ; quelques-uns même parlèrent très méchamment. Sans se laisser arrêter par cette mutinerie, l’évêque ordonna qu’on allât aux voix ; vingt-sept des assistants se prononcèrent dans le sens du roi et vingt-deux contre. Les commissaires royaux n’étaient pas encore satisfaits ; ils réunirent toutes les facultés et invitèrent les membres présents à donner l’un après l’autre leur avis. Ceci en intimida plusieurs ; huit ou dix seulement eurent assez de courage pour manifester franchement leur opposition. L’évêque, encouragé par ce résultat, ordonna qu’on procédât à la votation finale par voie de scrutin. Le secret enhardit plusieurs de ceux qui n’avaient osé parler, et tandis que trente-sept suffrages se prononcèrent pour le divorce, vingt-cinq s’y opposèrent. N’importe, les deux prélats avaient la majorité ; ils rédigèrent immédiatement le décret au nom de l’université, et l’envoyèrent au roi ; puis l’évêque, glorieux de ce succès, célébra une messe solennelle du Saint-Esprito. L’Esprit-Saint n’avait pas été pourtant fort écouté dans cette affaire. Les uns avaient obéi au prince, les autres au pape, et si nous voulons trouver ceux qui obéissaient à Christ, il faut les chercher ailleurs.

oState papers, I, p. 379. Le décret est dans la note.

Ce fut l’université de Cambridge qui fit parvenir la première sa soumission à Henri VIII. Le dimanche avant Pâques, dans la matinée, le vice-chancelier, Buckmaster, arriva à Windsor. La cour était à la chapelle, où prêchait Latimer, élu récemment chapelain du roi. Le vice-chancelier entra au milieu du service et entendit une partie du discours. Latimer était un tout autre homme que les serviles courtisans de Henri VIII. Il ne craignait même pas d’attaquer ceux de ses collègues qui ne faisaient pas leur devoir : « Les chapelains, disait-il dans une autre occasion, devraient manier hardiment le glaive de la Parole ; mais ils ne songent qu’à flatter ; aussi pour récompense, Dieu mettra sa malédiction sur leur tête. Il faut que le ministre corrige et reprenne, sans craindre aucun homme, s’exposât-il même à la mortp. » Latimer était surtout hardi quand il s’agissait des erreurs de Rome, que Henri VIII entendait maintenir dans l’Église anglicane. « De méchantes personnes, disait-il, des contempteurs de Dieu disent : Nous sommes baptisés, donc nous sommes sauvés. Ah ! être baptisé et ne pas faire les commandements de Dieu, c’est être pire que des Turcs ! La régénération vient de la Parole de Dieu ; c’est en croyant cette Parole que nous naissons de nouveauq. » Ainsi parlait l’un des pères de la Réformation britannique ; telle est la doctrine véritable de l’Église d’Angleterre ; la doctrine contraire n’est qu’un reste de papauté.

p – Latimer, Sermons (Parker S.), p. 46, 381.

qIbid., p. 126, 471.

Au moment où l’audience quittait la chapelle, le vice-chancelier aborda M. le secrétaire (Gardiner), et M. le prévôt, et leur communiqua le motif de sa visite ; le roi fit savoir qu’il recevrait la députation après le service du soir. Désireux de donner un certain éclat à l’adhésion des universités, Henri VIII ordonna que toute la cour se réunît dans la salle d’audience. Le vice-chancelier remit sa lettre au prince qui en fut très satisfait. Merci, Monsieur le vice-chancelier, dit-il ; je loue fort la manière dont vous avez conduit cette affaire. Je me réserve de donner à votre université des preuves de ma satisfaction. — Vous avez entendu le sermon de Latimer, » ajouta-t-il, et il en fit un grand éloge, puis se retira. Le duc de Norfolk, s’approchant du vice-chancelier, l’informa que le roi désirait lui parler le lendemain.

Ce jour-là le Dr Buckmaster, fidèle au rendez-vous, attendit toute la matinée, mais le roi avait changé d’avis et fit savoir au député de Cambridge qu’il pouvait partir quand il le voudrait. A peine le message était-il fait, que le roi entra. Une idée qui le préoccupait l’avait saisi ; il voulait parler avec ce docteur du principe mis en avant par Cranmer. Henri retint Buckmaster depuis une heure jusqu’à six, répétant de toute manière : Le pape peut-il accorder dispense quand le droit divin a parlér ? » Il montra même au vice chancelier beaucoup de mauvaise humeur de ce que ce point n’avait pas été décidé à Cambridge. Enfin il quitta la galerie, et pour contre-balancer la vivacité de ses reproches, il fit en s’en allant toutes ses bonnes grâces au docteur, qui se hâta de partir.

r – An papa potest dispensare (Burnet, Records, III, p. 24)

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