Vers la Sainteté

CHAPITRE XXII

Quelques-unes de mes expériences dans l’enseignement de la Sainteté

Je reçus un jour d’un des jeunes officiers les plus dévoués que je connaisse, une lettre dans laquelle il disait : « J’aime de plus en plus la sainteté, mais je me décourage à ce sujet. Il me semble que je ne pourrai jamais l’enseigner à d’autres, car je mets le but ou trop haut, ou trop bas. » Que le Seigneur le bénisse ! Je comprends parfaitement ce qu’il éprouve. Quelques mois après avoir reçu la bénédiction de la sanctification, je me sentis très malheureux à cause de mon incapacité d’amener d’autres personnes à cet état. Je savais, sans l’ombre d’un doute, que mon cœur était pur, et cependant pour une raison ou une autre, je ne parvenais pas à enseigner le moyen de parvenir à cet état. Ce matin-là, je rencontrai un frère qui avait amené à la sanctification beaucoup d’âmes et lui fis part de mes perplexités. « Comment, lui dis-je, dois je donc enseigner la sanctification pour que mes auditeurs parviennent à la réaliser ? » – « Chargez votre arme, puis tirez, » répondit-il. Chargez, puis tirez.

Ce fut un trait de lumière. Je compris qu’il s’agissait pour moi de prier, d’étudier ma Bible, de m’entretenir avec ceux qui avaient reçu cette grâce, jusqu’à ce que je fusse « chargé » assez abondamment pour que mon cœur débordât, pour ainsi dire, de lui-même. Dieu se chargerait ensuite de faire pénétrer la vérité dans les cœurs et de les sanctifier.

C’était un samedi : Le lendemain, je parus devant mon auditoire chargé si je puis dire, de vérité, et soutenu par l’amour et la foi, je tirai en droite ligne et aussi vigoureusement que je le pus, et voici, vingt personnes vinrent s’agenouiller au banc des pénitents pour demander la grâce de la sainteté. Je n’avais jamais rien vu de semblable jusqu’alors, mais depuis lors, cette expérience s’est répétée bien des fois.

Depuis ce moment, jusqu’à aujourd’hui, j’ai rempli strictement ma part, me confiant en Dieu pour qu’il accomplit la Sienne et partout où je suis allé des résultats ont couronné mes efforts. Mais partout aussi, Satan m’a fortement tenté, particulièrement quand les foules endurcissaient leurs cœurs, ne voulant ni croire, ni obéir ; je me disais alors : « Le mal vient de ma manière de prêcher la vérité. » Parfois le diable me suggérait que j’allais trop loin, risquant ainsi de mettre mes auditeurs en fuite, d’autres fois, que je n’allais pas droit au but et que je les empêchais ainsi de parvenir à la sainteté. J’ai parfois souffert beaucoup, mais dans ma détresse, je me suis toujours adressé au Seigneur pour Lui dire qu’Il connaissait mon sincère désir de prêcher la vérité dans toute sa pureté, de manière que les hommes vinssent à Lui pour L’aimer et se confier à Lui d’un cœur parfait.

Le Seigneur me consola en me montrant que le diable me tentait pour m’empêcher de prêcher la sainteté ! Parfois, des gens qui professaient être religieux venaient me trouver pour me dire que je faisais plus de mal que de bien. Mais ces hommes étaient semblables à ceux dont parle saint Paul : « Ils ont, dit-il, l’apparence de la piété, mais renient ce qui la rend efficace. » Aussi, j’ai suivi son commandement : « Éloigne-toi de ces hommes-là, » n’osant pas plus prêter l’oreille à leurs insinuations qu’à celles du diable. J’ai ainsi tenu bon, au milieu de l’approbation comme de la désapprobation, et l’Éternel ne m’a jamais abandonné ; Il m’a soutenu et donné la victoire, de sorte que j’ai pu voir constamment des âmes amenées à la glorieuse liberté et à l’amour parfait. Satan a cherché de plusieurs manières à m’arrêter dans la prédication de la sainteté, sachant bien que s’il y parvenait, il m’aurait bientôt entraîné au péché et consommé ma ruine. Mais dès le début, le Seigneur avait mis en moi une frayeur salutaire en attirant mon attention sur Jérémie 1.6, 8 et 17. Ce dernier verset me fit comprendre que je devais dire exactement ce que voulait le Seigneur. Les passages d’Ezéchiel au chapitre 2, versets 4, 8, et au chapitre 2, versets 8 et 11, m’impressionnèrent de même fortement. Par ces passages, le Seigneur m’ordonnait de prêcher Sa vérité telle qu’Il me la communiquait, qu’on m’écoutât ou non. Dans le quatrième chapitre de l’épître aux Ephésiens, verset 15, Il m’indiqua comment je devais la prêcher : « dans l’amour ».

Je compris alors que je devais annoncer la vérité aussi directement que possible, mais qu’il importait d’avoir toujours le cœur rempli d’amour pour ceux auxquels je m’adressais.

J’ai lu dans la deuxième épître aux Corinthiens 12.14, 15, combien Paul aimait : « Ce ne sont pas vos biens que je cherche, disait-il, c’est vous-mêmes. » Et plus loin : « Pour moi, je dépenserai très volontiers et je me dépenserai moi-même pour vos âmes, dussé-je en vous aimant davantage, être moins. aimé de vous. » Puis dans les Actes 20.20 et 27  : « Vous savez que je n’ai rien caché de ce qui vous était utile car je vous ai annoncé tout le conseil de Dieu sans en rien cacher. » Ainsi je compris que ne pas révéler aux hommes la vérité de la sainteté – nécessaire à leur salut éternel – était une œuvre pire que celle de refuser du pain à des enfants affamés, le meurtre des âmes étant incomparablement plus coupable que celui du corps. Je priai donc le Seigneur avec ferveur de mettre en moi l’amour des âmes et la force de leur prêcher toute la vérité, dût-on me haïr, – et, béni soit Son nom ! Il a entendu ma prière.

Il y a dans l’enseignement de la sainteté trois points sur lesquels le Seigneur m’a toujours montré que je devais insister continuellement.

Premièrement, l’homme ne peut pas plus se sanctifier lui-même qu’un Éthiopien ne peut changer sa peau ou un léopard ses taches. L’accomplissement d’un grand nombre de bonnes œuvres, le renoncement, l’abnégation, la lutte pour le salut des âmes ne peuvent purifier le cœur, extirper les racines de l’orgueil, de la vanité, de la colère, de l’impatience, de la crainte et de la honte de la Croix ; tout cela ne peut déraciner davantage la luxure, la haine, l’envie, la contention, l’égoïsme, puis y substituer sans aucun mélange l’amour, la paix, la patience, la douceur, la bonté, la fidélité, la bénignité et la tempérance. Des millions d’hommes ont cherché à purifier la source secrète de leurs cœurs sans y réussir et peuvent témoigner qu’on n’y parvient pas « par des œuvres, de peur que l’homme ne s’enorgueillisse. »

Deuxièmement, celui qui recherche la sanctification ne doit jamais perdre de vue que cette bénédiction ne s’obtient que par la foi. Une pauvre femme demandait quelques grappes de raisin du jardin du roi pour son enfant malade. Elle offrit de l’argent au jardinier, mais il ne voulut point lui en vendre. Elle revint et rencontra la fille du roi et lui offrit pareillement de l’argent. « Mon père est roi, répondit celle-ci ; il ne vend pas son raisin, » puis elle conduisit en présence du roi, la pauvre femme qui raconta son histoire et obtint autant de raisin qu’elle en désirait.

Notre Dieu, notre Père, est le Roi des rois. Il ne vend ni Sa sainteté ni les grâces de son Esprit, mais Il les donne à tous ceux qui les demandent avec la foi simple d’un enfant. En vérité, Il le fera. « Demandez et on vous donnera. » De quoi se vanterait l’homme alors ? Il n’y a plus de place pour l’orgueil. Et comment obtient-il ces grâces ? par ses œuvres ? Non ! par la foi. Abolissons-nous la Loi par la foi ? Non ! nous l’accomplissons. C’est par la foi que la loi de Dieu est inscrite dans nos cœurs, de sorte qu’en lisant ce commandement : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, » nous trouvons en nous une loi d’amour, parce que nous avons en nous une loi qui correspond à ce commandement. L’apôtre dit. « C’est en croyant du cœur, qu’on parvient à la justice, » et cette déclaration est vérifiée par notre expérience, car partout la vraie foi fait du voluptueux un homme chaste, rend humble l’orgueilleux, l’avare bienfaisant, l’homme colère doux, le menteur véridique ; elle transforme la haine en amour, change la misère en joie et donne une paix et un contentement ininterrompus.

Troisièmement, j’insiste sur cette vérité que ce don doit être reçu maintenant par la foi. Celui qui l’attend de ses œuvres trouvera toujours autre chose à faire avant de le demander ; il n’arrivera jamais ainsi au point où il pourrait dire : « J’ai maintenant reçu cette bénédiction. » Au contraire, l’âme humble qui l’attend de la foi comprend que c’est un don; et persuadée que Dieu est aussi disposé à la lui accorder maintenant que dans l’avenir, elle croit et la reçoit immédiatement.

En pressant ainsi les gens à demander « immédiatement » cette bénédiction, j’ai eu l’occasion d’en voir l’exaucement, tandis que je parlais encore. Des personnes qui plus d’une fois étaient allées au banc des pénitents sans fruit, luttant et priant pour l’obtenir, la reçurent en prêtant simplement l’oreille à « la parole de la foi que nous prêchons. »

« Mon âme, bénis l’Éternel !
Que tout ce qui est en moi bénisse son saint nom ! »

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