Le triomphe de la foi justifiante

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Triomphe de la foi dans le siège de Jésus à la droite de Dieu.

Qui même est à la droite de Dieu.
Romains 8.34.

La résurrection du Seigneur a été suivie de son ascension et de son investiture solennelle de la toute puissance dans les cieux et sur la terre ; puissance que l’Écriture nous présente sous une image terrestre, savoir la séance de Jésus à la droite de Dieu. Le premier de ces deux événements, l’ascension de Christ, n’est pas ici mentionné, quoiqu’il le soit ailleurs et à plusieurs reprises par l’Esprit Saint, parce qu’il n’a pas de rapport direct avec la justification des fidèles ; non que du reste il ne soit d’une grande importance dans ce qui regarde la gloire de Christ. Ainsi nous ne nous y arrêterons que pour faire observer à nos lecteurs l’existence même du fait de l’ascension, qui forme une liaison entre la résurrection et la glorification de Christ dans les lieux célestes. Christ, après avoir triomphé de la mort et du sépulcre, est entré dans le ciel même (Hébreux 9.24) : Il n’est demeuré dans le lieu de son humiliation que le temps nécessaire pour constater sa résurrection, et pour instruire ses disciples touchant diverses choses relatives au royaume de Dieu (Actes 1.3) : et au bout de quarante jours, selon ses paroles, il a laissé le monde et s’en est allé à son Père (Jean 16.28).

I. — En quoi cette entrée de l’Homme-Dieu dans les lieux saints qui ne sont point faits de main, est-elle propre à faire triompher la foi ? C’est ce qu’il sera bon d’examiner brièvement, avant de parler de l’affermissement que donne à notre justification, la gloire dont Dieu a honoré Jésus en le faisant asseoir à sa droite au-dessus de toute principauté, puissance et domination (Éphésiens 1.20, 21). Or si nous nous souvenons du double caractère de Christ, il sera facile de saisir la puissante consolation qui découle de l’introduction auprès du Père, de Celui qui est à la fois le garant de la nouvelle alliance et le second Adam.

1° — Pour le comprendre, remarquons que, lorsque Jésus vint dans le monde, il y vint comme envoyé et serviteur du Père, chargé de la plus importante des missions, celle d’obéir et de souffrir avec une telle franche volonté, qu’en considération de son œuvre le Diable fût forcé de relâcher ses captifs, la justice divine cessât de les maudire, et toutes les compassions de Dieu pussent s’exercer à leur égard (voyez Ésaïe 42.1-7) ; et Jésus avait consenti, bien plus il s’était lié solennellement à la volonté de son Père (Hébreux 10.4-7). Ce passage est tiré du Psaumes 40, dans lequel le Christ déclare au Père que son oreille a été ouverte ou percée, c’est-à-dire (selon Exode 21.5-6), qu’il s’est constitué l’esclave de la volonté divine, qu’il a consenti à être consommé par les souffrances (Hébreux 2.10). Ainsi le Fils de Dieu était sous le poids d’une obligation impérieuse (quoique volontairement contractée) d’accomplir une justice parfaite pour ceux que le Père voulait amener à la gloire. Sans cela il n’y avait point de salut pour le peuple élu, et point de gloire à attendre pour leur garant. — Mais que voyons-nous maintenant ? Celui qui, pour un peu de temps, avait été fait moindre que les Anges, est élevé par la puissance de Dieu dans le séjour de la béatitude, il a traversé en triomphateur les portes éternelles, salué sans doute des alléluias de toutes les armées célestes dont il est le chef. N’est-ce pas là une preuve évidente de l’accomplissement de son message, et de la pleine satisfaction que le Père a reçue dans l’œuvre de son Bien-Aimé ? Il est difficile de concevoir, en effet, que si Christ n’eût pas accompli la loi d’une manière complète, même jusqu’à un seul iota et un seul trait de lettre, la justice de Dieu eût souffert qu’il fut élevé à la place d’honneur. Le ciel eût été fermé à Jésus, ou il en aurait été renvoyé, s’il s’y fût présenté sans avoir achevé ce pour quoi il en était descendu. Christ ayant pris la forme de serviteur pour notre bien et pour la gloire du Père, ne s’était pas lié seulement à une partie de la volonté divine : et serviteur consciencieux, il n’eût pas osé reparaître devant la face de Celui qui l’avait envoyé, sans pouvoir lui dire déjà sur la terre : J’ai achevé l’œuvre que tu m’avais donnée à faire (Jean 17.4). Le Père, de son côté, n’eût pas ouvert les portes éternelles à son envoyé, si son oeil pénétrant avait pu discerner le moindre défaut et la moindre tache dans l’obéissance de Jésus. Mais Jésus ayant déclaré qu’il allait monter là ou il était auparavant dans sa divinité, et Dieu l’ayant reçu dans les célestes demeures, nul doute que l’œuvre du Rocher ne soit parfaite. Aussi le Sauveur en appelle-t-il à son retour au Père, comme à l’un des faits qui doit convaincre le monde de justice (Jean 16.9-10) ; c’est-à-dire :

  1. de la justice du Père à l’égard de son Fils, justice à laquelle le supplice de Jésus avait semblé donner un démenti, puisqu’alors il avait été donné en spectacle au monde, et avait semblé abandonné du Ciel et de la terre ;
  2. de la justice du Fils injustement condamné par les Juifs et les Gentils ;
  3. enfin de la justice qu’il avait acquise à l’Église, et qui était constatée par son élévation.

Ainsi l’entrée de notre souverain Sacrificateur dans les cieux démontre clairement que le Père a pris son plaisir en lui à cause de sa justice, et que quant à lui (selon l’oracle de Daniel 9.24), Il a consumé le péché, fait propitiation pour l’iniquité et amené la justice des siècles.

2° — Et ceci est corroboré par cette considération que, dans son retour au Père, Christ a agi comme second Adam, aussi bien que comme garant de la nouvelle alliance.

Une de ses dernières paroles à ses disciples a été celle-ci : Je vais vous préparer le lieu (Jean 14.2). Ainsi, comme par la providence divine, Joseph fut envoyé en Égypte au-devant de ses frères pour conserver leur vie et leur préparer une place dans le pays de Goscen, Jésus est allé dans les cieux, afin d’y recevoir une demeure non seulement pour lui-même, mais aussi pour tous ses frères. Et quoique seul, il a pu tenir, en y entrant, le même langage que Léa, lorsqu’elle mit au monde Gad : Une troupe est arrivée (Genèse 30.11) ; car, outre qu’il avait demandé au Père que ceux qui lui avaient été donnés fussent là où il était (Jean 17.24), le dessein éternel de Dieu avait été d’amener en lui plusieurs enfants à la gloire, (Hébreux 2.10). Lors donc que le Père a gracieusement accueilli le Bien-Aimé qui revenait triomphant du combat où son amour l’avait engagé, ce n’a pas été seulement comme un serviteur obéissant, mais aussi comme Prince ou Chef d’une nation conquise sur Satan, comme Libérateur des captifs pris par l’homme puissant, captifs devenus ceux du Juste et associés à sa gloire : en sorte que Jésus n’a pas trouvé place pour lui seul dans les lieux célestes, mais aussi pour tous les siens, selon la parole qu’il leur en avait donnée, en disant : Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père (Jean 14.2). Grande consolation pour ses élus qui n’ont plus besoin de craindre et de douter en demandant : Qui montera pour nous au ciel ? (Romains 10.6) ; car Christ l’a fait, et l’a fait dans le but de les y amener et comme prémices de ceux qui seront faits dignes d’obtenir la résurrection d’entre les morts.

Mais il y a plus : Le Saint-Esprit nous dit encore qu’il est entré au-delà du voile comme notre précurseur (Hébreux 6.20), ou notre avant-coureur, expression qui marque l’intime liaison qui existe entre sa gloire actuelle et la nôtre, et la pleine certitude que les croyants doivent avoir d’être un jour là où il est, certitude aussi grande que celle qu’ils peuvent avoir de leur propre résurrection à cause de la résurrection de Christ ; puisque Christ est le type de l’homme glorifié, ou plutôt les arrhes de la glorification de cette Église dont il est la Tête, et sur laquelle rejaillit tout l’honneur qu’il a reçu du Père. Tellement donc que, si c’est afin de préparer aux siens une demeure éternelle qu’il est monté là-haut, c’est avant tout aussi pour prendre possession de cette demeure, comme celui qui mourut et qui ressuscita à notre place après avoir obéi pour nous sur la terre. Aussi est-il écrit que l’héritage incorruptible est réservé dans les cieux pour nous qui sommes gardés par la puissance de Dieu (1 Pierre 1.4- 5). Les demeures éternelles sont encore vides de leurs futurs habitants ; mais leur précurseur a été mis par avance en jouissance du superbe palais réservé à chacun des membres de son corps spirituel ; et chacun de ces cabinets est, pour ainsi dire, marqué d’avance du Nom de son heureux possesseur. Peut-être est-ce là l’un des sens de ce passage : Les premiers-nés dont les noms sont écrits dans les cieux (Hébreux 11.23) ; mais toujours est-il vrai que Christ, en entrant dans les lieux saints qui ne sont point faits de main, l’a fait au nom et à la place de son peuple, comme homme public ; et qu’ainsi, déjà ressuscités en lui, tous ils ont franchi avec lui le seuil de ces demeures où il est adoré et servi par des mille milliers d’Anges, et où il attend ce qui reste, savoir que ses ennemis soient mis pour son marchepied.

Ainsi toute l’Église, quoique sur la terre, est maintenant dans les lieux célestes en Christ ; non seulement elle est affranchie de la loi du péché et de la mort et déclarée juste, mais elle est élevée dans le séjour de la gloire. La captivité a été emmenée captive lorsque le Fils de l’homme est monté en haut (Psaumes 68.18) ; et chaque croyant a son droit de bourgeoisie dans les cieux (Philippiens 3.20), droit que personne ne peut lui contester ni lui ôter, puisque l’héritage est entre les mains de son représentant.

II. — Portons maintenant nos regards sur la place que Jésus occupe dans les lieux célestes, et nous verrons si ce n’est pas en toute justice que la foi peut triompher en ce puissant Sauveur. Les bons anges y ont une place comme lui ; les mauvais anges, qui sont les malices spirituelles, n’en ont pas encore été chassés, comme Paul nous l’apprend (Éphésiens 3.10 ; 6.12) ; et si Jésus n’y avait pas le siège le plus honorable, la consolation des enfants de Dieu ne serait pas parfaite. Mais auquel des anges Dieu a-t-il jamais dit : Assieds-toi à ma droite jusqu’à ce que j’aie mis tes ennemis pour ton marchepied ? (Hébreux 1.13) En effet, Jésus est autant élevé dans les cieux au-dessus de ces esprits administrateurs, que, dans sa résurrection, il a reçu un nom plus excellent que le leur ; (comparez Hébreux 1.5, avec Actes 13.33). Car après avoir fait par lui même la purification de nos péchés, il s’est assis à la droite de la majesté dans les lieux très-hauts (Hébreux 1.3), selon l’ordre qu’il en a reçu du Père (Psaumes 110.4). Remarquez ces deux expressions : Il s’est assis, et il s’est assis à la droite de Dieu ; c’est là ce qui fait tressaillir le cœur de Paul dans notre texte. Oh ! si celui de tout fidèle pouvait vibrer comme le sien ! Mais justifions le transport de l’Apôtre ; et considérant toujours Jésus sous son double caractère, recueillons les fruits précieux qui naissent pour nous de sa séance sur le trône du Père. Il est à peine besoin de remarquer que cette manière de parler est empruntée des usages anciens (1 Rois 2.19 ; Psaumes 45.9), et qu’elle représente figurément la gloire dont Jésus a été couronné dans notre corps ressuscité, et l’insigne faveur dont il jouit auprès du Père qui lui a remis ainsi tout pouvoir de juger. Voyez Éphésiens 1.20-22 ; Philippiens 2.9 ; 1 Pierre 3.22.

1° — Or en tant que garant de la Nouvelle Alliance, Christ nous offre deux grands sujets de joie par la place qu’il occupe maintenant au ciel. D’abord il y est assis ; et cela par opposition à sa situation précédente qui était de travailler (Jean 5.17).

[Jésus tient aux Juifs ce langage pour leur faire sentir que leur sabbat, pour l’observation duquel ils montraient un zèle si amer, était chose très vaine ; puisque loin de jouir du repos où ils étaient entrés, ou du moins dans lequel ils auraient dû entrer par la possession de Canaan, et de laisser Dieu jouir lui-même du bonheur de les y avoir fait entrer, ils obligeaient Jéhovah de travailler encore pour leur procurer le vrai bien. Du reste ce verset nous montre la charité d’un Dieu qui travaille en sens contraire des pécheurs, et en particulier la charité de Christ envers un peuple duquel il avait dit par la bouche d’Ésaïe : J’ai travaillé en vain et j’ai usé ma force pour néant et sans fruit. (Ésaïe 49.4)]

Celui qui est entré dans son repos s’est reposé de ses propres œuvres comme Dieu des siennes (Hébreux 4.10) : c’est là ce que Jésus a fait, et ce que témoigne aussi cette circonstance qu’il s’est assis, comme Paul nous le montre dans sa belle argumentation (Hébreux 10.11-13), sur la perfection à laquelle son oblation unique a amené pour toujours les croyants. Tandis que les sacrificateurs lévitiques (et cette sacrificature existait encore quand Paul écrivait) étaient tous les jours occupés à offrir des sacrifices qui ne pouvaient nullement ôter le péché, Christ était entré dans le repos après le sien, sachant bien que son travail était achevé, et que rien ne restait plus à faire pour purifier la conscience des croyants, Dieu accordant un plein pardon à tous ceux qui seraient unis par la foi au souverain Sacrificateur des biens à venir. Or, si Jésus, après avoir été activement employé à son œuvre de réconciliation, a quitté la terre pour venir s’asseoir dans les cieux, c’était dire au monde qu’il avait ou tout ce qu’il avait fait ; et voilà, c’était très bon, comme Dieu l’avait déjà dit en considérant son œuvre créatrice (Genèse 1.31). Puis donc que Christ se repose et se réjouit en contemplant la perfection du travail de son amour, l’âme fidèle, qui peut connaître cette perfection par la foi, serait-elle excusable de n’y puiser ni joie ni repos ? Serions-nous meilleurs juges que Jésus lui-même du mérite de son œuvre ? Oh ! que notre pauvre cœur est encore faible et incrédule ! — Et puis, remarquons-le bien, Christ ne s’est point ici glorifié lui-même ; c’est d’après le commandement du Père qu’il s’est assis comme nous l’avons vu. Dieu l’a fait asseoir à sa droite (Éphésiens 1.20), et a ainsi déclaré que lui-même avait trouvé un repos dans l’œuvre de son Oint, repos parfait, comme Paul le montre (Hébreux 10.15-18). Les entrailles de ses miséricordes, si l’on peut ou si l’on ose ainsi parler, ne sont plus comprimées par les droits d’une justice et d’une sainteté rigoureuses et inflexibles en elles-mêmes. Maintenant les eaux vives de la grâce qui bouillonnaient dans son sein, peuvent se répandre comme un fleuve de paix sur la terre, afin d’aller arroser les lieux déserts, désaltérer abondamment l’âme altérée, laver et blanchir les pécheurs de leurs souillures ; car rien ne les retient plus, la justice éternelle ayant tendu la main à Celui qui a vaincu la mort et l’ayant elle-même fait asseoir sur le trône du ciel. Puisse l’âme du lecteur savourer tout ce que cette pensée a de fortifiant et de calmant pour le cœur !

Ajoutons que c’est à la droite de Dieu, et sur le trône du Père, que Jésus goûte le repos, qui fait partie de son salaire. Ce degré de plus ajouté à sa gloire démontre toute la valeur que le Père a attachée à son obéissance, le plaisir qu’il y a pris, et l’infinie satisfaction qu’il en a retirée. Un serviteur que l’on récompense, un serviteur qu’on élève aussi haut qu’on l’est soi-même, n’a pas seulement obéi, mais parfaitement obéi. Ainsi Joseph, l’un des plus beaux types de Jésus, fut tiré de prison pour être élevé sur le trône de l’Égypte. Il avait plu à Pharaon, et Pharaon commanda que tout son peuple lui baisât la bouche et que sans lui nul ne levât la main ni le pied dans tout le pays, (Genèse 41.37-44). Le grand ambassadeur de l’amour de Dieu auprès des pécheurs, Celui qui s’était rendu responsable du salut de l’Église devant le Père, a réalisé d’une façon si accomplie tous les desseins de la sagesse et de la miséricorde divines, que non seulement il a cessé de souffrir et n’attend plus que le moment de recueillir, dans la soumission du monde entier, les derniers fruits de ses travaux (Hébreux 10.11) ; mais encore qu’il a été honoré en présence des habitants du ciel, d’une prééminence souveraine sur toute la création, prééminence qui sera manifestée aux yeux de tout l’univers à sa seconde venue. Raconter toute la gloire du Fils de l’homme sur le trône du Père nous conduirait trop loin de notre sujet, et d’ailleurs n’est pas au pouvoir du langage de l’homme ni même de l’ange. Mais nous ne saurions nous dispenser d’en faire remarquer quelques caractères qui sont bien propres à lever toutes les incertitudes des âmes fidèles au sujet de la pleine justification des croyants. Christ est assis au-dessus des anges, que l’Écriture appelle les principautés et les puissances, qu’il s’agisse des anges bons ou des anges mauvais ; et ainsi il a une réponse puissante dans la bouche contre les accusations de Satan. Comment ce subtil accusateur des frères pourrait-il calomnier devant la justice de Dieu ceux qui ont à présenter à cette dernière un garant qu’elle a elle-même reçu et couronné ? — Christ est assis sur le trône comme Juge ; sera-ce pour condamner ceux dont il s’est déclaré le Sauveur, qu’il a promis d’amener à la gloire, et qui sont le salaire du travail de son âme ? Ne serait-ce pas se condamner et se renier lui-même ? — Enfin il a reçu puissance sur toutes choses (Jean 17.3 ; Matthieu 28.18 ; Hébreux 2.7-9) ; il tient les clefs du sépulcre et de la mort (Apocalypse 1.18), qu’il a ravies à celui qui en était le Prince (Hébreux 2.14) ; serait-ce pour laisser périr les brebis qui lui ont coûté la vie, et souffrir

que la mort et le sépulcre remportassent sur elles une victoire qui leur imprimerait un sceau de condamnation ?

2° — Et combien toutes ces raisons de triompher dans le Christ séant sur le trône du Père, ne sont-elles pas appuyées par cette autre considération que, selon le témoignage de Paul, ou plutôt du Saint-Esprit parlant par cet Apôtre, Dieu a donné Christ pour Tête au-dessus de toutes choses, à l’Église qui est son corps ? (Éphés.1.21) Jésus, remarquez-le bien, n’est pas monté sur le trône simplement comme Fils de Dieu, pour prendre possession d’un droit qu’il avait personnellement, et afin d’être récompensé de ses souffrances et de son obéissance jusqu’à la mort. C’est comme Chef ou Tête de l’Église qu’il a été placé dans le siège du Roi des cieux ; et la couronne qui brille sur son auguste front, couronne de gloire et d’honneur (Hébreux 2.9), déverse cet honneur et cette gloire sur tous les membres de son corps mystique. L’huile de joie, dont le Père l’a oint, découle sur tous les bords de son vêtement ; et son Église y participe déjà par l’Esprit qu’il répand en chacun de ses membres, Esprit qui est les arrhes de leur héritage (Éphésiens 1.14), en ce qu’il leur donne l’avant-goût de ce dernier, en leur découvrant la gloire de Celui qui s’appelle leur Tête (Éphésiens 5.23). Ce n’est donc pas seulement avec l’œil de l’admiration que son Église est invitée à contempler la gloire dont il jouit : ce n’est pas seulement pour y trouver la preuve que Jésus a fait toute la volonté du Père comme Sauveur, ni pour se réjouir simplement de ce que celui qui avait été justifié par l’Esprit, a été élevé dans la gloire et a échangé la croix contre le trône, et la couronne d’épines contre celle dont il est maintenant paré (Hébreux 2.9). Mais au sein de son exil elle doit se glorifier de la haute condition où le Père l’a fait monter, en plaçant à sa droite Celui duquel elle est appelée l’accomplissement ou la plénitude, (Éphésiens 1.23), c’est-à-dire, celui qui ne serait pas complet sans elle, même sans le moindre de ses membres. C’est là ce qui explique Éphésiens 2.6, que nous avons déjà eu occasion de citer comme preuve l’intime union de l’Église avec Christ dans tous les actes que ce puissant Rédempteur a accomplis pour amener plusieurs enfants à la gloire. Notre nature humaine unie à lui sans péché, après avoir été éprouvée au creuset de l’obéissance (Hébreux 5.8), et avoir vaincu la mort et le sépulcre, a été vivifiée, ressuscitée et assise dans les lieux célestes en lui et avec lui ; et ainsi nous pouvons hardiment, nous qui croyons, nous dire non seulement justifiés, mais aussi glorifiés avec lui. Un croyant qui se laisse condamner par Satan, laisse condamner Jésus sur son trône.

Et voilà la cause de l’exclamation triomphante de Paul dans notre texte. En voyant tous les ennemis de son âme sous les pieds de Christ, il sait qu’il a le privilège de faire comme les serviteurs de Josué, après la victoire de ce dernier sur les cinq Rois Cananéens (Josué 10.24-25). Car quoique n’ayant pas encore accompli de fait l’œuvre de la rédemption de la terre, Jésus a terminé celle qui, délivrant l’Église de la condamnation, lui assure la possession des lieux célestes, le péché ayant été expié, la mort vaincue et le ciel ouvert par lui. Levez donc, Ô fidèles, levez les yeux en haut et voyez, comme le fit le premier martyr, le Fils de l’homme assis à la droite de Dieu (Actes 7.56) ; et que cette vue soit pour vous un bouclier contre les dards enflammés de Satan. Que la foi vous fasse entrer dans le même repos que Jésus ; et que ce qui satisfait l’âme du Père, satisfasse aussi la vôtre. Votre garant est glorifié, vous êtes glorifiés en lui ; que pouvez-vous demander de plus ? Christ votre Époux, votre ami, votre frère, pouvait-il être plus amplement justifié, plus haut élevé, plus brillamment récompensé du Père ? Et si le Père a donné à notre représentant un nom au-dessus de tout nom (Philippiens 2.9), n’est-ce pas proclamer d’une voix assez haute les privilèges des rachetés de Jésus, et les inviter à jeter au-delà du voile l’ancre de leur espérance, encore qu’ils aient ici-bas à souffrir les attaques et à ouïr les rugissements de ce lion qui rôde autour de la bergerie ? Puisse l’Esprit de Dieu nous donner d’entendre cette voix qui émane du trône de Christ, et de glorifier, en élevant notre tête au-dessus de nos ennemis, Celui qui, après les avoir vaincus, s’est élevé en triomphe dans les cieux, et y sied maintenant tant en son propre nom qu’en celui de sa chère Église !

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