Le Réveil au Pays de Galles

VII
Quelques revivalistes

Après la foule, les « meneurs ». Après les réunions galloises, les chefs (leaders), les revivalistes.

Quelques remarques générales pour commencer.

Les revivalistes, hommes ou femmes, n’assistent jamais aux réunions de la journée : ils ne paraissent qu’à celles du soir. Est-ce parce qu’ils ont besoin de se reposer ? Probablement. Lorsqu’on passe sa vie à courir le pays pour des réunions, on ne peut pourtant pas en avoir du matin au soir. Peut-être aussi jugent-ils que la préparation des réunions du soir, qui sont proprement les réunions pour inconvertis, incombe à la prière des Eglises locales. Peut-être aussi préparent-ils de leur côté les réunions du soir par la prière d’intercession. Je ne crois pas toutefois que, sauf Mrs Jones, ils pratiquent énormément la prière d’intercession individuelle en dehors des réunions.

Lorsqu’ils assistent aux réunions, très souvent, habituellement, les revivalistes Dan Roberts, Evan Roberts, Sidney Evans, montent dans la chaire. Et très souvent aussi les demoiselles chanteuses qui les accompagnent montent aussi en chaire avec eux. Spectacle point banal que celui d’un jeune homme de 20 à 25 ans en chaire avec une ou deux jeunes filles, deux habituellement, une à sa droite, l’autre à sa gauche. Du reste, tout le monde trouve cela très naturel et n’a pas l’air d’avoir le moindre soupçon des idées qui pourraient venir à l’esprit de beaucoup de gens en France. Mr J.-E. Cerisier écrivait très judicieusement dans le Signal (8 décembre 1904) :

« Il y a bien au moins une chose étrange dans ce mouvement religieux : ce jeune homme est accompagné de cinq jeunes filles qui se sont senties appelées, elles aussi, à prêcher la repentance et la conversion et, en effet, elles prient et exhortent les assemblées. Tout est pur pour ceux qui sont purs et dans aucun journal on n’a formulé encore la moindre accusation au point de vue de la moralité… »

Effectivement mon hôtesse, à Aberdare, m’a montré une photographie représentant Evan Roberts assis au milieu d’un groupe de jeunes filles, les mains familièrement posées sur les épaules d’une jeune fille assise devant et au-dessous de lui et qui n’est pas sa sœur. En m’exhibant cette photographie, mon hôtesse m’a dit simplement : « Ce sont les cinq jeunes filles qu’il a eues (he has got) à Loughor. » M. Mercier a publié dans la Liberté chrétienne une photographie qui représente un groupe où Sydney Evans, placé entre Samuel Jenkins et Mlle Jenkins, sa sœur, a la main familièrement posée sur l’épaule de Miss Jenkins. De tout cela nul ne s’étonne. Ce n’est pas un des moindres agréments de ce pays que la liberté, la familiarité et la simplicité entre les sexes, sans aucune ombre d’arrière-pensée de part et d’autre. Je dois bien dire toutefois que si nul n’a glosé pendant la période héroïque du Réveil et si nul ne glosait pendant que j’étais là, les langues ont fini par se délier… en Angleterre, et d’Angleterre les bruits, les racontars sont revenus au Pays de Galles. En juillet, on a lancé la nouvelle sensationnelle des fiançailles d’Evan Roberts avec Miss Annie Davies.



Evan Roberts

La nouvelle a été démentie, mais après avoir fait beaucoup de chemin et avoir ennuyé considérablement non seulement les deux intéressés, mais tous les amis les plus chauds et les plus enthousiastes du Réveil. Aussi Mr. Elvet Lewis, pasteur gallois de Londres, a-t-il émis, dans le British Weekly, le vœu que l’on discontinuât ces tournées intersexuelles de revivalistes au Pays de Galles. Et M. Paul Passy, dans une lettre qu’il m’écrivait après son dernier voyage au Pays de Galles, me disait : « Les amis d’Evan Roberts désapprouvent les tournées qu’il fait (ou a faites) en compagnie de ces cinq jeunes filles. Evidemment il y a eu là — et il y a là, car je crois que ça continue — un grand affranchissement de ce que Mr Stead appelle la « limitation corinthienne. »

Les revivalistes, quels qu’ils soient, que ce soient Evan ou Dan Roberts, ou Sidney Evans, ou Mrs Jones, ne considèrent pas ce qu’ils peuvent fournir en fait d’allocutions ou de prières publiques prononcées à voix haute comme constituant leur unique apport, ou même leur, apport le plus efficace et le plus essentiel. C’est leur présence, ce sont leurs prières silencieuses — prières d’intercession pendant la réunion — c’est leur influence spirituelle qui est la chose capitale pour eux. Et l’assemblée le juge ainsi. Elle n’est nullement préoccupée, en général, de se taire pour laisser la parole au revivaliste, même s’il s’appelle Evan Roberts. Et le revivaliste a beau paraître, les gens ne se taisent pas pour écouter ce qu’il va dire ; au contraire, il semblerait plutôt que, quand il arrive, son apparition accroît le nombre et la ferveur des prières ; il provoque les gens à la prière par le seul fait qu’il est là. Il est indéniable que ces hommes, ces femmes, ces jeunes filles, qui déclarent avoir « reçu le baptême de l’Esprit », possèdent une puissance spirituelle extraordinaire, et il suffit de l’apparition de quelques-uns d’entre eux dans une réunion pour que la ferveur augmente subitement. S’il arrive qu’un ralentissement ou qu’un silence se produise, le revivaliste gronde l’auditoire en lui reprochant d’être venu dans un esprit de curiosité, de contrister le Saint-Esprit, et la réunion repart de plus belle. Si elle ne repart pas, comme cela est arrivé à Evan Roberts, Evan Roberts met son pardessus et s’en va en disant : « Il fait froid, ici ; on gèle. Qui est-ce qui pourrait y tenir ! »

En somme, si les revivalistes semblent avoir pour principe de n’apparaître dans une réunion que lorsqu’elle est déjà commencée, partie, si de plus ils ne parlent et ne prient pas tout de suite dans la réunion, n’est-ce pas parce que l’assemblée n’est pas encore parvenue à un diapason assez élevé, n’est pas encore assez excitée, assez organisée en tant que foule, assez fondue dans une commune et intense émotion, pour profiter de leur intervention directe ? N’est-ce pas surtout parce que eux-mêmes, les revivalistes, ne sont pas encore suffisamment échauffés, empoignés, transportés ? Les prières, les chants, qui ont lieu pendant deux heures, deux heures et demie, avant que les revivalistes parlent ou avant que le meeting soit éprouvé ont pour effet, sinon pour but, de préparer à la fois l’assemblée et les revivalistes, de créer une atmosphère spéciale.

Les revivalistes, eux, ont, en tout cas, besoin d’être préparés, excités. On s’en rend compte quand on les voit de près. Soit par suite de leur extraction sociale, soit par suite de leur éducation, soit par suite de leur timidité, soit par suite de leur fatigue, lorsqu’on les voit en particulier, on les trouve souvent un peu mornes, un peu ternes (dull, dirait un Anglais). Quand on a assisté et participé, en France, à des réunions de Réveil, et quand on se rappelle avec quelle avidité et quel intérêt les moindres incidents étaient pris, repris, commentés, discutés, interprétés par les directeurs ou collaborateurs des réunions, on est un peu étonné de ne pas constater la même abondance de conversation chez les revivalistes gallois. J’ai passé un jour avec Miss Maggie Davies, Miss Jones et Dan Roberts, un jour avec Mrs Jones : je n’ai rien constaté de pareil. — Je ne parle pas d’Evan Roberts : je l’ai vu en particulier trop peu longtemps pour me risquer à émettre un jugement de ce genre sur son compte. — En général, il faut questionner les revivalistes sur le Réveil ; ils n’en parlent guère spontanément et ils ne parlent pas longuement. Je suppose que la fatigue doit y être pour beaucoup. Dans un intéressant ouvrage, intitulé Sensations et mouvement, M. Ch. Féré démontre qu’il suffît de faire passer une couleur vive sous nos yeux, de faire vibrer un son à nos oreilles, pour exciter notre système nerveux au point que notre force, mesurée au dynamomètre, en soit momentanément augmentée. Mais cette excitation n’est que momentanée ; elle est immédiatement suivie d’une lassitude : « Pendant les deux ou trois heures consécutives a l’expérience, dit M. de Fleury, je ne puis plus donner qu’une quarantaine de kilos ». Si bien que toute excitation excessive de l’un ou l’autre de nos sens aboutit, au total, à de l’épuisement durable. Or, calculez, je vous prie, conclut M. de Fleury, ce que nous voyons de peinture, ce que nous entendons de musique au cours d’un hiver à Paris, et voyez quel soutirement de force notre existence moderne comporte, rien que pour la partie artistiquea. De même, dirai-je, calculez ce que les revivalistes ont vu de scènes émouvantes, ce qu’ils ont entendu de prières et de chants au cours d’un hiver comme l’hiver 1904-1905, au Pays de Galles, et voyez quel soutirement de force une telle existence comporte. Quand les revivalistes baignent dans la foule, assis en chaire ou au Set Fawr, peu à peu « l’âme collective » les saisit, les envahit, les suggestionne, les fait sentir, penser et agir d’une façon toute différente de celle dont sentirait, penserait et agirait chacun d’eux isolément, les élève au-dessus d’eux-mêmes, leur rend leur puissance fascinatrice ; ils reçoivent, concentrent, accumulent l’électricité religieuse pour la renvoyer accrue à leur entourage. Ce sont des meneurs qui ne peuvent exercer leur fonction qu’à la condition d’être menés eux-mêmes et excités sans cesse, d’avoir toujours autour deux une foule — voire une foule en ébullition. Rentrés dans le courant de la vie ordinaire, ce ne sont plus que des Gallois comme les autres, plus fatigués que les autres.

a – M. de Fleury. Introd. à la médecine de l’esprit, p. 211.

Après ces quelques remarques générales, je voudrais dire d’abord quelques mots des petits revivalistes (les revivalistes minores), pour m’arrêter ensuite plus longuement aux deux grands revivalistes (les revivalistes majores), Mrs. Jones et Evan Roberts.

Evan Lloyd Jones a été surnommé le chef (the leader) du Réveil dans le Nord. Comme Evan Roberts, il appartient à la classe ouvrière : il était carrier, et travaillait dans la vallée de la Nartlee, près de Nebo, petit village reculé au milieu des montagnes du Snowdon. Il est encore moins « éduqué », dans le sens ordinaire du mot, qu’Evan Roberts. Il n’a jamais manifesté, comme Roberts, l’intention d’entrer dans le ministère. Il a fait ses débuts comme revivaliste à une réunion de prière dans une chapelle de son propre village, où il avait rassemblé les jeunes gens du voisinage en une bande pour unir leurs prières et demander à Dieu de répandre son Esprit sur eux. Le jour suivant, à Talysarn, un centre carrier important, une grande réunion de Réveil était en train, lorsque, tout à coup, Mr. Lloyd Jones entra, et, montant en chaire, déclara qu’il était venu, irrésistiblement poussé par l’Esprit. C’était la première fois qu’il était jamais entré dans une chaire. A l’issue de la réunion, vingt-huit personnes furent admises dans l’Eglise. Depuis ce jour, Lloyd Jones a continué à évangéliser avec succès ses amis les carriers : hommes, femmes et enfants ont assisté en foule à ses réunions et déserté les cabarets. Quoiqu’il fût plus jeune qu’Evan Roberts — il a seulement vingt ans — il possédait, comme chef revivaliste, autant de naturel, de simplicité, d’autorité et de puissance qu’Evan Roberts. Chose curieuse, on affirme qu’il y a une ressemblance physique frappante entre Evan Roberts et Lloyd Jones.

Je dois avouer, d’ailleurs, que ce que je dis de Lloyd Jones me vient exclusivement des journaux. Non seulement je n’ai ni vu ni entendu Lloyd Jones, mais malgré mes questions répétées, je n’ai pu obtenir aucun renseignement verbal sur lui quand j’étais au Pays de Galles. Il a dû, je suppose, après une période de grande activité, l’entrer dans le silence, surmené, épuisé peut-être par les fatigues et la tension nerveuse de sa campagne revivaliste.

Sidney Evans, l’ami et le camarade d’Evan Roberts a bien, comme le dit avec raison le Western Mail, une apparence de garçon (boyish appearance). Mais sa simplicité, sa sincérité, sa transparence, lui gagnent tout de suite tous les cœurs. Il n’est pas orateur. Le 25 décembre, à Llanelly, il a commencé son allocution en déclarant à ses auditeurs qu’il n’avait rien de nouveau à leur dire — et la suite du discours a montré la justesse de l’observation. Pourtant il lui arrive de trouver des comparaisons frappantes et originales, comme celle-ci :

« Dieu a une bénédiction pour chacun de ceux qui le prient. Il ne jette pas ses bénédictions comme un père s’amuse parfois à jeter quelques noix pour que ses enfants luttent à qui les attrapera le premier. Il a une bénédiction pour chacun. »



Sydney Evans

Voici l’histoire de Sidney Evans, telle qu’elle a été racontée d’après ses entretiens avec Sidney Evans lui-même, par M. Mercierb :

bLiberté chrétienne, 15 juin.

« Après être resté jusqu’à treize ans environ dans les montagnes de son pays natal, il entra dans une maison de commerce à Newport. L’atmosphère de la maison était nettement antireligieuse ; mais Evans trouvait un antidote et un réconfort dans les réunions du soir d’une des chapelles de la ville ; il se rendait à toutes celles qui y avaient lieu, et le mercredi, où la soirée était libre, il la passait chez lui à étudier sa Bible et à lire des livres chrétiens, des biographies en particulier, lectures qu’il ne saurait trop recommander. Son temps achevé dans cette ville, il passe à Swansea, également sur le canal de Bristol, chez un maître dont les affaires étaient le dieu ; mais là, comme précédemment, les cultes et la fréquentation d’amis chrétiens le gardent fidèle à la foi de son enfance. Un jour, c’était au printemps dernier, un des anciens lui demande s’il ne serait pas disposé à suivre l’exemple de son ami Jones, qui va commencer des études en vue du pastorat. Evans refuse avec décision : il vient de prendre de nouveaux, arrangements pour entrer dans une place en Angleterre qui le développera davantage ; ce n’est plus le moment. Mais l’ancien ne se décourage pas, et, quinze jours plus tard, il demande à l’Eglise de prier pour que son jeune frère réponde à cet appel ; stupeur de Sydney, qui cependant envisage la chose à nouveau et arrive à la conviction que c’est Dieu qui lui ouvre ainsi le chemin. Il quitte son bureau, passe un mois chez lui, dans la retraite, puis rejoint Evan Roberts à Newcastle Emlyn, dans l’Ouest du Pays de Galles. Dès son entrée dans cette nouvelle vie, il se met à prêcher l’Evangile tout en poursuivant sa préparation ; mais bientôt tous ses plans, comme ceux de Roberts, sont bouleversés par une main plus puissante que celle des hommes. C’était le 13 septembre dernier. Il prêchait, quand un inexprimable sentiment de sa faiblesse, d’une lacune profonde dans sa vie spirituelle l’accable à tel point qu’à peine il peut achever, et que, disait-il, « sans l’appui que me prêtait la chaire, je fusse tombé en avant. » Il y avait précisément alors à Newcastle des réunions d’appel, les premiers symptômes du Réveil ; Sydney Evans y assiste le lundi soir. A l’heure des décisions, il se sent fortement sollicité de s’avancer et de déclarer qu’il se donne à Christ, mais une autre voix lui crie : « Ne te rends pas ridicule toi-même ; tu prêches l’Evangile aux autres et tu irais déclarer publiquement que tu n’es pas converti ! » Il ne bouge pas. Le lendemain même résistance ; mais le mercredi, il n’y tient plus ; s’avançant, il déclare qu’il remet tout aux mains de son Sauveur, et aussitôt la paix succède au trouble dans son âme. Il a cependant le sentiment intime que cela ne suffit pas encore : il lui faut recevoir la force du Saint-Esprit. « L’autel était dressé, la victime immolée, j’attendais le feu du Ciel ». La réponse à ses prières ne se fit pas attendre ; comme son ami Roberts, il eut, peu après, en une heure solennelle, l’impression très nette de recevoir le baptême d’en haut, et ce fut alors une joie tellement débordante qu’il eût payé pour qu’on le laissât courir dehors et dire à tous son bonheur. Mais Dieu avait encore d’autres choses à lui apprendre, et il lui imposa un nouveau temps de retraite. Ce n’est qu’après cette préparation intérieure que, fidèle aux indications de l’Esprit, il est parti et a commencé ce ministère d’apôtre itinérant, qui a définitivement fait sombrer ses études de théologie et l’a mis aux prises avec l’ensemble du royaume à conquérir — tout le pays gallois, — en attendant que, comme il en a déjà été question, il pousse peut-être un jour en Bretagne, ou ailleurs dans la terre de France, qui éveille aussi chez les missionnaires gallois le plus grand intérêt chrétien. »

Dan Roberts, le frère d’Evan Roberts, était comme lui un mineur, il y a quelques mois, et n’a jamais songé à se faire pasteur. C’est un jeune homme grand, mince, rasé, une figure fine, un regard profond.

Ce qui m’a tout de suite frappé, dès la première réunion où je l’ai vu, c’est son évidente sincérité, son sérieux transparent, la beauté de son sourire, sa totale absence de préoccupation de soi-même et de recherche de l’effet.

La façon dont se comporte Dan Roberts est évidemment imitée de son frère. Il n’a pas le don de seconde vue et de lecture de pensée. Mais il a les mêmes principes, la même méthode. Je lui ai entendu dire à Aberaman que s’il y avait dans l’assemblée un seul, homme persistant dans son péché, dans un péché, sans vouloir y renoncer, cela suffirait pour empêcher la grâce de Dieu de se manifester. Evidemment, s’il avait eu le don de seconde vue, il l’aurait employé. Comme son frère, il a arrêté un chant qui commençait en disant : « non, ce n’est pas le moment de chanter, prions encore ! »



Dan Roberts

Comme son frère Evan Roberts, il comprend surtout sa tâche de directeur de la réunion comme

1° Un excitateur par sa seule présence ;

2° Une force par la prière d’intercession, qu’il pratique constamment. Constamment on le voit se recueillir, se concentrer, sans perdre de vue l’assemblée, et prier, ses lèvres remuant. Rien que cette vue est puissamment édifiante et impressionnante. On sent qu’il y a là une vie religieuse d’une intensité et d’une ferveur extraordinaires.

Même dans les moments de plus grande excitation, Dan Roberts reste toujours calme et maître de soi. Les ladies qui sont avec lui perdent plus facilement l’empire sur elles-mêmes.

Derrière les manières calmes, modestes, sans prétention de Dan Roberts, il y a, déclare avec raison le correspondant du Western Mail, beaucoup plus de force qu’on ne lui en attribue généralement.

Dan Roberts a fait à un correspondant du journal anglais (The Christian Commonwealth) le récit suivant de sa conversion :

« J’ai été pendant bien des années un membre de l’Eglise et un assistant régulier à toutes les réunions religieuses, mais mon adhérence à Christ était tiède, et j’étais comme tâtonnant dans une demi-obscurité, sans personne pour m’éclairer. Mon frère vint à la maison (à Loughor) de Newcastle Emlyn avec l’esprit du Réveil fortement sur lui. Un soir il y avait une réunion de jeunes gens. Une réunion de prière eut lieu immédiatement, mais je n’y allai pas ; j’allai seulement à la réunion de jeunes gens, comme d’habitude. Nous étions seulement dix-sept présents, et mon frère demanda à la petite compagnie de rendre immédiatement un public témoignage. Nous étions plutôt peu enclins à obéir au commandement, mais finalement un se leva, puis un second, et je fus le troisième. J’avais été, à toutes les époques, réservé et timide ; je ne prenais part éventuellement aux services publics que quand il y avait peu de monde, et même je sentais une timidité à aller dans une maison étrangère, et spécialement parmi des étrangers. Mais après ce témoignage public, ma timidité et ma répugnance à parler disparurent entièrement. J’ai paru en public en bien des endroits depuis, et maintenant je n’éprouve plus aucune crainte à paraître devant des congrégations assemblées en foule, et quoique, généralement (as a rule), je me lève à ces meetings sans savoir quoi dire, pourtant dès que je suis sur mes pieds le Saint-Esprit m’inspire. Oh ! c’est tout tellement merveilleux ! Je suis parfaitement heureux ! Diolch iddo ! »

De son côté, M. Parker a reproduit dans l’Evangéliste (14 avril) les quelques faits qu’il a recueillis dans ses conversations avec Dan Roberts :

M. Dan Roberts nous a raconté son expérience personnelle du baptême du Saint-Esprit ; son frère lui avait écrit, lui disant de rechercher cette grâce : « Tu as la paix, lui disait-il, mais tu n’as pas la joie ; demande à Dieu le baptême du Saint-Esprit afin de connaître toute la puissance du christianisme ». Et Dan Roberts et quelques amis se mirent donc à prier, tenant ensemble des réunions chaque soir, réclamant ce baptême. Une nuit, vers minuit et demi, ils se trouvaient réunis, d’un même accord, et Dan Roberts suggéra que chacun priât à haute voix, à tour de rôle, en ces termes : « O Dieu, envoie-nous maintenant le baptême du Saint-Esprit, pour l’amour de Christ, Amen ! » Ils se mirent à prier ainsi, l’un après l’autre. Mais avant qu’ils eussent pu prier tous, le Saint-Esprit descendit sur eux avec une telle puissance qu’ils furent comme terrassés, et quelques-uns furent contraints de crier à Dieu, lui demandant de retirer sa main, tellement ils se sentaient écrasés par cette manifestation de sa présence.

Récemment, Dan Roberts a fait une nouvelle expérience du baptême de l’Esprit, qu’il nous a racontée avec émotion. Il se trouvait avec quelques amis, à table, après une réunion, et ils s’entretenaient de l’œuvre de Dieu, quand soudain l’influence divine se fit sentir. Il leur semblait que Jésus était là, comme autrefois avec les apôtres, après sa résurrection, soufflant sur eux, et disant : « Recevez le Saint-Esprit. Le silence se fit instantanément, ils savaient que Dieu était là, et, comme les disciples sur le chemin d’Emmaüs, leur cœur brûlait au-dedans d’eux.

Dan Roberts n’avait pas, comme son frère, commencé des études en vue du Saint-Ministère. Une maladie des yeux l’en empêchait. Mais au commencement de novembre, Evan Roberts vint trouver son frère, et lui dit : « Dan, Dieu a besoin de toi, il prendra soin de tes yeux. Le lendemain, Dan Roberts, — c’est lui qui nous l’a dit, — est allé voir son oculiste, qui a été stupéfait en constatant qu’il était radicalement guéri. Depuis lors Dan Roberts est allé de lieu en lieu, présidant des réunions de réveil, presque chaque soir, et plusieurs fois le dimanche, et Dieu est avec lui.

Une mention toute spéciale est due aux jeunes filles revivalistes que l’on a appelées les sœurs chantantes (the singing sisters).

« Trouvez-vous utile le ministère des sœurs qui vous accompagnent pour chanter ? » a demandé M. Stead à Evan Roberts.

« Très utile », a répondu Evan Roberts. « Je ne me sépare jamais d’elles sans avoir le sentiment qu’il manque quelque chose à nos moyens. »

Les principales d’entre les sœurs chantantes sont les deux sœurs Maggie et Annie Davies, deux filles d’un mineur. Leur père est lui-même un très bon musicien et a dirigé longtemps le chœur de la chapelle congrégationaliste ou indépendante de Maesteg. Leur mère, une femme pieuse, les. avait déjà engagées à se servir de leur voix pour la cause de Dieu, mais elles ne chantaient que dans les chœurs, dans les soirées ou concerts de la ville. Elles étaient à Pontycymmer, lorsqu’Evan Roberts, au début encore de ses tournées revivalistes, y arriva. La renommée de Roberts était déjà considérable : les deux jeunes filles allèrent assister à ses réunions. Elles y allèrent un jeudi, mais « ne sentirent rien », à ce qu’elles racontent. Par curiosité, elles y retournèrent le vendredi, et alors elles se sentirent poussées à consacrer leur voix au service du Christ. Comme elles retournaient chez elles après le service, elles furent rattrapées par Evan Roberts, auquel elles firent connaître le secret de leurs cœurs. Annie avait chanté pendant le service, et Evan Roberts avait décidé d’obtenir sa collaboration pour les réunions. Les jeunes filles partirent avec lui le samedi : « et quand nous retournerons chez nous, nous n’en avons aucune idée », disaient-elles cet hiver.

Annie Davies, qui a la plus belle voix, n’a que 18 ans. Elle se préparait, avant sa conversion, à devenir une cantatrice de profession, et étudiait à cet effet. Maintenant elle a abandonné ses études pour aller de village en village, chanter les louanges de Dieu. Elle a un instinct merveilleux pour choisir à chaque instant le chant le mieux approprié à la circonstance. Elle chante d’une voix si pathétique qu’elle fait souvent couler les larmes des milliers d’auditeurs qui l’entendent tous les soirs. C’est elle qui accompagne toujours Evan Roberts.

La sœur aînée a une belle voix de contralto et chante souvent des duos avec elle ou des quatuors avec trois autres dames : elle accompagne plutôt Dan Roberts.

Ajoutons encore à la liste des jeunes filles revivalistes Miss Davies de Gorseinon, qui a déclaré dans une réunion : « Avant ma conversion, j’étais une auditrice très régulière de tous les services — aussi régulière que le ministre lui-même !… J’allais entendre Evan Roberts uniquement parce que j’avais entendu dire qu’il avait perdu la tête ; mais j’ai perdu la tête depuis, moi aussi, et je m’en félicite. »

Et enfin, citons Miss Jones qui n’a pas été une maîtresse d’école, comme on l’a prétendu à tort. « Je ne sais pas pourquoi les gens disent cela, a-t-elle répondu à mes questions, et avec un charmant sourire : « Je ne suis rien, rien » (I am nothing). Avant sa conversion, si elle était… quelque chose, elle était, à l’en croire, une jeune fille très frivole. « La première fois que je suis allée aux réunions d’Evan Roberts, dit-elle, j’y allai préparée à me moquer des femmes hystériques, des hommes en larmes. Mais j’ai appris bientôt d’Evan Roberts qu’il n’est pas enfantin de verser des larmes et qu’il n’est pas hystérique de nous oublier nous-mêmes. » Elle est maintenant l’un des orateurs les plus passionnés, les plus impressifs des réunions. Je l’ai entendue plusieurs fois, et, fort heureusement pour moi, elle parlait anglais ; je crois bien ne pas me flatter en supposant que ma présence était pour quelque chose dans sa persistance à employer cette langue. Car elle était pleine de pitié et de sympathie tout ensemble pour ce pauvre Français qui avait fait ce grand voyage pour venir voir le Réveil. J’ai raconté déjà sa grande crise de sanglots au milieu d’une prière et son intervention efficace auprès d’une jeune fille anxieuse dans l’assemblée, à Aberdare.

Il ne faut pas confondre Miss Jones, revivaliste du Sud, avec Mrs Jones, la revivaliste du Nord, à laquelle il convient d’autant plus de nous arrêter qu’elle nous fournira l’occasion de mettre en relief tout un ordre de phénomènes curieux qui ont eu leur influence et leur rôle dans le Réveil.



Miss Maggie Davies, Miss Annie Davies, Miss Jones

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