Le Réveil au Pays de Galles

X
Appréciations et résultats

En présence des phénomènes surprenants, voire parfois bizarres, du Réveil gallois, ceux qui n’ont pas fait une étude approfondie des Réveils peuvent être tentés de prendre l’une ou l’autre de deux attitudes opposées, mais également condamnables.

La première consiste à vouloir considérer comme un miracle immédiat et direct de Dieu, tout, absolument tout, dans le Réveil, à envisager le Réveil gallois, par exemple, comme le type même du Réveil, de tout Réveil, par suite à tout approuver, à tout admirer sans critique ni réserve, et à vouloir tout reproduire sans modification.

La seconde attitude consiste à relever certains faits douteux, critiquables, et à dire : Vous voyez bien, il y a tel détail contestable, morbide, donc le Réveil gallois tout entier n’est qu’une manifestation absurde et malsaine, donc il ne faut pas de Réveil ; la cause du Réveil est entendue, jugée et perdue.

En d’autres termes, n’est-ce pas ? tout ou rien. Eh bien ! je renvoie dos à dos ces deux conclusions simplistes comme étant aussi antireligieuses et aussi antiscientifiques l’une que l’autre.

Dans tout Réveil, il y a la part de Dieu et il y a la part de l’homme. Dans la part de Dieu, tout est bon, ne peut être que bon ; mais la part de l’homme est mêlée, ne peut pas ne pas être mêlée. Si d’aventure on trouve dans un Réveil des éléments contestables, cela ne veut pas dire qu’il n’y en ait pas d’excellents. Et de ce que l’on y trouve des éléments excellents, cela ne veut pas dire que rien ne soit contestable. La foi religieuse s’unit à la science psychologique pour nous inviter à avoir un sens plus juste des états d’âme, une appréciation plus large, plus profonde, plus vraie de ce qu’est et de ce que peut être un Réveil. Pour mon compte, je n’ai jamais eu de peine, au Pays de Galles, à concilier en moi la critique et l’admiration, l’instinct scientifique de l’observation impartiale et l’instinct religieux de l’édification intense et émue. Je n’ai jamais eu de peine à me rappeler que quand Dieu agit sur les âmes, ces âmes, ensuite, traduisent leurs impressions suivant la nationalité, le milieu, le tempérament, et que l’action divine est une chose, et la manifestation humaine en est une autre.

En somme, comme la psychologie des foules est sensiblement la même au fond dans tous les domaines et dans tous les pays, quelles que soient les diversités produites par les nationalités, les circonstances, les lieux et les époques, il faudrait ne voir dans les Réveils que des sortes de crises épidémiques propres à la vie sociale, s’il n’y avait quelque chose de plus, à savoir le bien moral produit, le progrès moral, l’éclosion de personnalités consacrées désormais à la recherche et à la pratique de la justice et de l’amour. C’est là ce qui fait la valeur des Réveils. C’est là ce qui permet de voir dans un Réveil, en sus de la pure psychologie humaine, l’action surnaturelle de Dieu. « Vous les connaîtrez à leurs fruits. »

Il est sûr, pour qui étudie avec candeur et simplicité, en faisant table rase des préjugés qui obscurcissent si souvent les choses, en pareille matière, aux yeux de tant de gens, il est sûr que les Réveils sont toujours mêlés, très mêlés au point de vue de la valeur morale. Comme dans la parabole l’ivraie se mêle au bon grain, il y a dans les Réveils un mélange parfois déconcertant de manifestations bienfaisantes et d’autres qui le sont moins. Avec des avantages indéniables, les Réveils ont aussi leurs inconvénients. La suggestibilité produite par l’influence de la foule multiplie parfois un peu trop les conversions. Sous l’influence du milieu, se produisent des exaltations soudaines, parfois passagères. Les gens qui se sont ainsi convertis, comme surchauffés, sans que la transformation soit profonde, se déconvertissent aussi facilement qu’ils se sont convertis ; l’orientation de leurs sentiments change avec une extraordinaire aisance, parce que ces sentiments étaient moins l’expression propre de leur être intime que le passage en eux d’un courant émotif venu d’ailleurs. Ils sont d’autant plus découragés, d’autant plus éloignés de la piété, lorsque l’effet de la suggestion est évanoui. Starbucka estime que sur cent conversions individuelles ordinaires, 60% durent. Des conversions produites par des Réveils, 13% seulement tiennent bon. Il ajoute que, d’ailleurs, même avec ce déchet, le Réveil est bon, parce qu’il fait connaître, à ceux-là même qui retombent ensuite, l’état supérieur. Et Mr Stead a souvent exprimé une vue analogue. M. Flournoy estime cependant que bien des gens seraient arrivés à la vie supérieure sans le Réveil et en ont été, au contraire, empêchés parle Réveil, et que s’il peut y avoir des gens accessibles aux seuls procédés revivalistes salutistes, il en est d’autres, par contre, à qui cela fait du mal.

a – The Psychology of Religion. London, 1899.

Voilà ce qu’il faut bien avoir dans l’esprit quand on veut entreprendre de juger le Réveil gallois. Il en résulte que nous devons nous garder de mettre au premier plan, dans notre appréciation, soit admirative soit critique, des phénomènes très intéressants au point de vue psychologique, tels que le hwyl, les visions, les dons de seconde vue, les prophéties télépathiques, les lumières, etc., tous phénomènes très curieux, voire mystérieux, qui ne sont pourtant pas directement et intimement spirituels et moraux, qui ne sont au fond qu’une sorte de répercussion extérieure, diversement explicable, de la vraie et profonde réalité. Ce qui recommande à notre estime, à notre admiration, le Réveil gallois, ce n’est ni le hwyl, ni la seconde vue, ni les lumières, ce ne sont pas les miracles physiques et psychiques vrais ou faux, ce sont les miracles moraux et spirituels, les vies métamorphosées, c’est l’obéissance pratique et quotidienne à la volonté du Dieu saint.

Mais justement, ces miracles moraux et spirituels ont-ils été accomplis par et dans le Réveil gallois ? Que faut-il penser du Réveil gallois au point de vue moral ?

Le Réveil gallois a ses détracteurs. Mais les Réveils gallois antérieurs, ceux de Rowlands et de Harris, celui de 1859, ont eu les leurs. Or, il est digne de remarque que lorsque les Réveils gallois se sont produits, s’il y a eu des gens qui ont contesté leur valeur, qui les ont blâmés, ridiculisés, censurés, finalement les historiens impartiaux sont arrivés à reconnaître et à proclamer les heureux effets de ces mouvements religieux. Dans ses Lettres et Essais sur le Pays de Galles, Mr Henry Richard écrivait, en 1884 :

« Malgré quelques inconvénients sérieux (some serious drawbacks), personne, s’il est familiarisé avec la vie intérieure du pays, ne mettra en doute que les Réveils aient été d’une valeur incalculable pour la Principautéb. »

b – Henry Richard’s Letters and Essays on Wales. London, 1884, p. 26-30. (Cité par MM. Rhys et Brynmor-Jones.)

En 1902, MM. John Rhys et David Brynmor-Jones ont déclaré à leur tour :

« Les gens qui critiquaient le Réveil (Drwygiad) du dehors prétendaient quelquefois que c’était de la pure hystérie religieuse, que le Réveil conduisait à l’oubli de certaines conventions salutaires, et même à un relâchement de la morale parmi les gens d’une disposition instable. Mais quand la tempête spirituelle avait fini de souffler, on trouvait qu’elle avait fait plus de bien dans l’ensemble que de mal. Ceci a été prouvé dans la plupart des districts par le commencement d’une vie nouvelle de la part d’hommes jusque là adonnés à des habitudes d’intempérance et accoutumés à dépenser leurs heures de loisir à récolter du chagrin pour leurs familles. Il n’est que juste d’ajouter que la plupart d’entr’eux sont considérés comme ayant résisté à toute tentation de retourner dans leurs anciennes voiesc. »

c – The Welsh People. by John Rhys and David Brynmor-Jones. Lou-don, Fisher Unwin, 1902, p. 591.

S’il en a été ainsi des Réveils antérieurs, n’y a-t-il pas des chances pour qu’il en soit de même du Réveil actuel ? C’est-à-dire n’y a-t-il pas des chances pour que, à côté des quelques défectuosités, des quelques fâcheuses conséquences, inhérentes, semble-t-il, à tout Réveil, bien qu’elles soient dans chacun en proportion variable, il y ait des résultats excellents, profonds, bienfaisants, durables ?

Cette question des appréciations et des résultats est si complexe, si délicate, que le lecteur voudra bien m’excuser, s’il trouve peut-être un peu de va-et-vient dans ce chapitre, voire quelques contradictions apparentes ou même réelles. Mon ambition, c’est d’être vrai et impartial, et de mettre honnêtement sous les yeux qui parcourront ces pages les éléments d’une opinion informée et éclairée.

Je commencerai par dire quelques mots des appréciations typiques relatives au Réveil gallois que j’ai pu recueillir moi-même chez des juges compétents.

Ces appréciations sont très diverses.

Par exemple, dans une lettre particulière, un psychologue américain écrit :

« J’ai une certaine question dans l’esprit, c’est celle de savoir si ces grands mouvements revivalistes accomplissent réellement autant qu’on le suppose. Un de mes plans pour mon futur voyage en Europe, c’est d’examiner le Pays de Galles un an après le grand Réveil. Je désire savoir par moi-même si le mouvement paraîtra à cette époque aussi important qu’il paraît maintenant. J’espère apprendre des faits correspondants au sujet de nos cités américaines qui ont été si profondément remuées. Dans une petite cité que je connais, où un très grand Réveil s’est produit il y a environ cinq ans, les résultats ont été tels que les pasteurs en sont venus à douter s’ils seraient disposés à voir le Réveil se reproduire. »

Voici maintenant une lettre que je reçus avant de partir pour le Pays de Galles, d’un pasteur presbytérien d’origine américaine qui réside à Londres et qui venait de visiter lui-même le Réveil gallois ; la lettre est datée du 3 avril :

« Les phénomènes dont vous serez témoin demandent à être considérés avec beaucoup de soin, car s’il y a là à coup sûr un feu céleste, j’incline à penser qu’il y a aussi beaucoup de feu bizarre (étrange ou étranger ? ? strange fire) et que les résultats dans six mois d’ici pourront n’être pas ce que nous aurions espéré. Je confesse que je ne comprends pas tout ce que j’ai vu et que je ne me fais pas l’illusion de me croire capable de rendre compte de tout. Il n’est naturellement pas possible pour nous de tracer nettement la ligne de démarcation dans des phénomènes pareils et de dire — jusqu’ici le spirituel et le surnaturel, et jusque-là l’humain et le naturel, mais nous devons dans nos propres esprits au moins essayer de faire cette classification. Vous aurez l’occasion de vous ressouvenir de l’Eglise de Corinthe, et parfois de désirer que les frères qui prennent part aux réunions se rappellent que les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes, mais il n’y a eu rien de déréglé, de désordonné (disorderly), à aucune des réunions auxquelles j’ai assisté. Certainement nous n’avions pas l’ordre routinier de notre service dominical ordinaire, bien au contraire. Chaque homme et chaque femme semblait donner sa contribution particulière aux exercices, et il y avait absence totale de tout ce qui aurait pu ressembler à une prédication ou à une exhortation. Nous n’avions que du chant (à ce point que j’en étais parfois plutôt fatigué), de la prière (une demi-douzaine en même temps avec un chœur continu d’Amens de la part de l’auditoire), et de brefs témoignages relatifs à la position propre de l’individu comme croyant. Il n’y avait pas un mot d’enseigne-ment ou de doctrine, et s’il n’y avait pas eu des expressions de confiance en Christ comme Sauveur et des appels pour sa présence, je ne suis pas sûr que j’eusse appelé les réunions des réunions chrétiennesd. Sans aucun doute, les résultats sociaux ont été très frappants et louables, et les résultats religieux ont été aussi remarquables ; seulement il n’y avait rien de l’œuvre de la loi (Law-work) que les vieux théologiens désiraient.

d – Mais aussi, dirai-je, il est vraiment difficile de savoir ce qui resterait des réunions galloises si on enlevait des hymnes et des prières toutes les expressions de confiance en Christ comme Sauveur, et tous les appels à la présence du Christ.

[Il est sûr que, comme l’a dit le Rév. Elvet Lewis, dans le Réveil gallois, il n’y a pas de dies iræ, c’est un dies caritatis perpétuel. Le péché est rarement dénoncé, ce qui ne veut pas dire qu’il ne soit pas fortement haï. Mais le ton de l’accusation ou de la menace n’est pas celui du Réveil : c’est le ton de la grâce, et non celui de la loi. Toutefois, on ne peut pas dire que le Réveil gallois ait proprement innové à cet égard. Il en a été de même du Réveil de Rowlands et Harris au dix-huitième siècle : ils avaient commencé par la loi, mais bien vite ils ont discontinué la prédication de la loi pour ne prêcher que la grâce. Il en a été de même du Réveil ou de la Mission de Moody : Voir à ce sujet la très curieuse évolution des Réveils américains de Jonathan Edwards à Finney, de Finney à Moody, que décrit fort bien M. Kaltenbach. (Etude psychologique des plus anciens Réveils aux Etats-Unis.)]

Le Dr Torrey est un missionnaire cherchant par la prédication à conduire ses auditeurs à la repentance et à l’acceptation de Christ, c’est une chose tout à fait différente des réunions galloises. Tout prédicateur évangélique convaincu est un homme à la Torrey (a Torrey-man), mais il y en a peu en vérité qui ressemblent aux orateurs gallois. »

Des Anglais établis hors du Pays de Galles, passons aux Anglais qui vivent sur le territoire gallois. Ils ne sont pas en général très sympathiques au Réveil gallois. Ils lui demeurent ou étrangers ou indifférents ou relativement hostiles. Voici par exemple les impressions d’un pasteur wesleyen de Wrexham que j’ai interviewé. Je ne songeais pas tout d’abord à lui demander son appréciation : mon but était d’obtenir de lui quelques renseignements sur les lieux et les moments des réunions revivalistes, sur les faits et gestes de Mrs Jones, etc. Mais je m’aperçois bien vite qu’il n’est pas au courant du détail de la marche actuelle du Réveil dans sa propre localité. Au lieu de lui demander, je ferais mieux de lui donner des informations ! — Aussi bien le vicaire de Rhos ne m’a-t-il pas fait ce compliment : « Vous êtes en train de devenir un vrai cicérone du Réveil ! » — Un peu déçu, j’écoute d’une oreille distraite, songeant à abréger ma visite, pour courir à la gare prendre un train qui me conduira un peu plus tôt auprès de Mrs Jones… lorsque tout à coup l’intérêt commence à naître en moi : ce Tiens ! tiens ! il dit des choses intéressantes, ce pasteur ! Je ne perds pas mon temps en lui faisant visite, quoique le gain soit différent de ce que j’avais prévu ou cherché ! Et en effet, le pasteur se met à me raconter que le Réveil gallois a été strictement limité, à Wrexham, à la population galloise : les Eglises de langue anglaise n’ont pas été touchées.

[Ce renseignement concorde avec celui que m’avait donné la veille au soir le pasteur gallois hôte et ami de Mrs Jones, le Rév. Péris Williams. En m’affirmant que dans le district de Wrexham il y avait eu plus de 2000 convertis, il avait ajouté que le Réveil était encore confiné, dans Wrexham, aux Eglises galloises : « Il ne touche pas la ville. Wrexham est d’ailleurs une ville assez mélangée. » Il y a beaucoup d’Irlandais catholiques. Le Rév. Williams déclarait aussi que, dans le nord du Pays de Galles, le Réveil n’a pas atteint les proportions qu’il a atteintes dans le Sud. Mais il était convaincu que les âmes étaient prêtes, et qu’Evan Roherts n’aurait qu’à se mettre à sa tournée dans le Nord pour que, bientôt, le feu du Réveil y fût complètement allumé.]

Il me confesse que sa propre Eglise est froide, raide, formaliste, ritualiste. Il ne m’engage pas, puisque je me préoccupe de Réveil, à venir y assister au culte. Cela ne l’empêche pas de faire de grandes réserves sur le Réveil. Il croit que lorsque le Réveil sera apaisé, éteint, il y aura une grande réaction. « Croyez bien, me dit-il, que, dans quelques semaines ou dans quelques mois, il y en aura, de ces nouveaux convertis qui font de si touchantes prières dans les réunions, il y en aura qui retourneront au cabaret. Et là, au milieu de leurs libations multipliées de plus belle, ils se diront l’un à l’autre : « Hein, William, tu te souviens des belles prières que tu faisais dans l’Eglise de Bethléem quand le Réveil t’avait tourné la tête ? — Et toi, Jim, tu te souviens des beaux solos que tu chantais à l’Eglise de Jérusalem quand tu te prétendais converti ? » Et ils feront des gorges chaudes de leur conversion et du Réveil ! Mon pasteur a l’air de penser que ce Réveil est plus émotif que moral, et ne craint pas d’affirmer qu’il y a des personnes, occupant certaines positions officielles et soi-disant converties par le Réveil qui mènent une vie moralement suspecte. Il se demande si, dans certains cas — il espère que ce n’est pas toujours et partout le cas — ce n’est pas un type inférieur, un idéal inférieur de vie chrétienne dont on se contente. C’est là un jugement d’Anglais… Les Anglais sont toujours un peu sujets à caution quand ils jugent les Gallois. Je dois dire qu’un autre pasteur Anglais, de Cardiff — celui qui m’avait déconseillé un voyage au Pays de Galles — s’était pourtant montré plus favorable au Réveil gallois ; car il m’avait écrit, à la date du 28 mars :

« Le Réveil a mis en évidence la personnalité et le pouvoir de l’Esprit divin, et le besoin et le privilège de son appui et de sa direction. Il a mis l’accent sur le pouvoir de la prière : des hommes ont été amenés droit de leurs lits et des cabarets en réponse à la prière publique, — et il a fourni plusieurs exemples encourageants de l’influence du témoignage des personnes récemment converties sur leurs amis. Il m’a entièrement convaincu que Dieu, qui est toujours prêt à sauver, qui veut sauver tous ceux qui sont disposés, n’importe où, n’importe quand, à venir vers lui avec repentance et avec foi en Jésus-Christ, accorde parfois des saisons spéciales de gracieuse visitation et que nous devons prier pour que ces saisons viennent leur préparer la voie et être disposés à coopérer, au jour où il manifeste sa puissance. »

Si des pasteurs anglais nous passons aux pasteurs gallois, le ton change. Sauf un pasteur congrégationaliste, dont la désapprobation était restreinte aux prières simultanées, — que condamnaient après tout saint Paul et Finney, — tous les pasteurs gallois que j’ai eu l’occasion de voir étaient enthousiastes de ce mouvement à la direction duquel ils prenaient pourtant si peu de part. J’entends encore un pasteur de Ferndale me dire avec une flamme profonde dans les yeux, avec le visage comme transfiguré par une irrépressible émotion :

« Oh ! si vous pouviez les suivre dans leur vie quotidienne, tous ces convertis du Réveil ! si vous pouviez voir leur amour mutuel, leur déférence réciproque, leurs prévenances, leurs attentions, leurs égards, leur délicatesse de conduite et de parole !… Du déchet ? Il se peut qu’il y en ait ; mais il s’est produit un bien incalculable qui ne sera jamais effacé. Tenez, c’est comme un liquide qui a bouilli. Il n’est pas le même après avoir bouilli qu’avant, quand bien même il s’est refroidi… Aussi longtemps qu’ils vivront, les enfants et les jeunes gens porteront la marque indélébile de l’ébullition par laquelle ils ont passé et passent maintenant. »

J’ai été très frappé de trouver parmi les plus emballés pour le Réveil un vicaire anglican (gallois), le vicaire de Rhos. Dans les conversations que j’ai eues avec lui ou qu’il a eues avec d’autres devant moi, il concède qu’en bien des endroits l’excitation s’est refroidie ou a disparu. Mais il est inévitable, dit-il, que l’excitation disparaisse. Il a la confiance, en revanche, que les résultats, eux, seront durables et excellents. Naturellement il y aura du déchet, des rechutes ; il ne peut pas ne pas y en avoir. Mais il y a et il y aura des résultats durables. On se préoccupe de fournir des occupations et un milieu social pour les nouveaux convertis. En se convertissant, ils ont renoncé à leurs clubs qui se réunissaient dans les cabarets. On a ouvert les salles d’écoles et fondé de nouveaux clubs, n’ayant aucun rapport avec la boisson, et n’offrant aucune tentation de ce genre. On s’occupe d’instruire, d’édifier les nouveaux convertis. Et de ces efforts sortira un bien incalculable et permanent pour les Eglises et pour le Pays tout entier.

Voici un jugement plus nuancé, plus modéré que celui du pasteur de Ferndale et du vicaire de Rhos :

A Pontypridd, j’interviewe le ministre méthodiste qui a reçu chez lui Evan Roberts quand il est venu à Pontypridd en novembre ou décembre dernier. Il s’exprime avec beaucoup d’impartialité. Il assure qu’Evan Roberts est un homme tout à fait droit et sincère. Il proteste contre l’insinuation qui a été faite dans la presse qu’Evan Roberts a recours à des procédés d’hypnotisme, de magnétisme pour agir sur les foules. Evan Roberts, affirme-t-il, n’a jamais étudié le mesmérisme ; il ne s’est jamais occupé de choses semblables. (Remarque qui n’est pas très concluante ; car Evan Roberts pourrait exercer des pouvoirs d’hypnotisme sans se rendre compte expressément qu’il fait de l’hypnotisme, sans avoir étudié scientifiquement l’hypnotisme.) Mais il croit qu’Evan Roberts sera bientôt usé, qu’il ne durera pas très longtemps. Pour provoquer et développer ce grand Réveil, Dieu a mis de côté tous les autres instruments, les pasteurs, les docteurs, les savants, etc. ; il est allé prendre un simple mineur. Evan Roberts a été sûrement envoyé par Dieu. Mais Dieu ne lui a confié qu’une courte et temporaire mission. — « Que pensez-vous des dons prophétiques d’Evan Roberts ? » ai-je alors demandé. — « Eh bien ! je ne sais pas, m’a-t-il répondu ; je ne puis expliquer, c’est étrange… » Et après un instant de silence : « J’aime mieux ne rien dire du tout. » — Il me raconte qu’en bien des endroits, le Réveil a supprimé la prédication. — « Et vous, lui dis-je, est-ce que vous avez cessé de prêcher ? — Moi ? jamais. Et il me fait l’éloge de la prédication, fondement, d’après lui, et trait essentiel de la vie religieuse et ecclésiastique. Il a eu une soixantaine de conversions dans sa propre église. Mais le difficile, me dit-il, c’est de décider les nouveaux convertis à travailler. « Ils passeraient volontiers tout leur temps à chanter et à prier. Ils changeraient volontiers toute situation en une réunion de prièree. Naturellement, conclut-il, il y aura, — il y a déjà du déchet. Je ne le dirais pas, fait-il avec un sourire, je ne le dirais pas en public. Mais c’est le fait. Il y en aura qui retomberont. Il y en a déjà quelques-uns qui sont retombés. C’est inévitable, mais il y a et il y aura des résultats durables, et le Réveil, dans l’ensemble, aura fait une œuvre merveilleuse. »

e – Comme confirmation de cette assertion, on pourrait citer bien des faits : Dans une Université, les jeunes gens, les jeunes filles, sous le coup d’une impulsion soudaine, ont remplacé les leçons par des réunions de prière. Dans certaines écoles, les enfants ont laissé leurs leçons pour chanter et prier dès que les maîtres tournaient le dos…

Je clôturerai cette série de témoignages ou d’impressions en extrayant quelques attestations significatives de l’enquête publiée par le British Weekly pendant l’hiver 1904-1905 : il y a eu là toute une série extrêmement importante de lettres écrites par différents pasteurs gallois sur le Réveil dans leurs localités respectives. Toutes ces lettres étaient chaleureusement sympathiques. Voici quelques échantillons symptomatiques et concordants de ces appréciations :

Le Rév. Elvet Lewis parle de « la profonde note éthique, de ce Réveil », et écrit : « L’émotionnel se cristallise dans l’éthique. »

Le Rév. T. Esger James : « C’est un Réveil éthique dans le meilleur sens. »

Le Rév. E. W. Davies : « Il est intensément réel et éthique dans ses résultats. »

Le Rév. J. T. Jones : « Je ne puis pas accentuer trop fortement le côté éthique de ce Réveil. Le Rév. John T. Jones : « Je n’ai aucune hésitation à dire que le Réveil ici est décidément éthique. »

Un correspondant de Carnarvon : « Le Réveil a déjà purifié l’atmosphère morale de la ville. »

Il se peut toutefois que, même après ces derniers témoignages, il y ait encore des gens parmi mes lecteurs français — il y en a aussi en Angleterre — pour trouver que le Réveil gallois accorde trop au sentiment. Un journal médical anglais, le Lancet, a appelé le Réveil une explosion hystérique, une débauche d’émotionalisme, et n’a pas craint de déclarer que « si ces excès ne s’arrêtent, il y aura bientôt lieu de bâtir une demi-douzaine d’asiles d’aliénés dans le Pays de Galles. — A cette accusation, le célèbre évangéliste écossais John Mc Neillf, assistant à une réunion galloise, répondait en s’écriant, dans une prière : « Nous avons entendu caractériser ce Réveil comme une débauche d’émotionalisme. S’il en est ainsi, Seigneur, fais que nous ne redevenions jamais sobres. Si c’est de la débauche, alors il n’y a pas de sobriété dans le ciel où nous allons ! Et les Gallois répliquent volontiers : « Quoi ! une débauche d’émotionalisme, ce qui guérit les ivrognes et les joueurs ! une débauche d’émotionalisme, ce qui change le langage des poissards et pousse les voleurs à restituer leurs biens mal acquis et les maris emportés à ne plus battre leurs femmes ! Alors que la débauche des émotions continue, jusqu’à ce que le dernier des alcooliques soit guéri de son impuissance et le dernier des pécheurs sanctifié ! »

f – Ne pas le confondre avec l’évangéliste australien du même nom.

Un psychologue répliquera que des critiques analogues à celles du Lancet ont toujours été formulées aux heures des grands mouvements religieux, depuis la scène racontée par les Actes des Apôtres. Savonarole était accusé de se livrer à des démonstrations hystériques qui excitèrent le mépris et les sarcasmes de la cour des Borgia. Les premiers services des Puritains étaient dénoncés pour leurs excès. Wesley et Whitefield furent condamnés par les sages de leur temps comme se livrant à une débauche d’émotionalisme qui ne rentrait pas dans le catalogue de leur froide philosophie.

En somme, dirai-je, tout Réveil met en jeu d’une manière puissante, extraordinaire, le sentiment ; tout Réveil amène une explosion de sentiment. Si vous ne voulez pas de sentiment, ne parlez pas de Réveil. Seulement, à vrai dire, je ne sais si vous pourrez continuer de parler de piété : le langage courant se trompe-t-il du tout au tout lorsqu’il donne pour synonyme au mot piété l’expression sentiment religieux ? Et, à vrai dire, si vous ne voulez pas de sentiment, je ne sais si vous pourrez même parler de vie morale. Car non seulement la vie morale n’épuise pas la vie religieuse, mais la vie morale elle-même, comme telle, comporte des émotions. Dites que l’émotion n’est pas tout, dites même qu’elle n’est pas l’essentiel, j’y consens, à condition que vous ajoutiez que sans elle il n’y a ni vie morale ni vie religieuse forte, profonde, complète et normale.

M. Hirsch regrettait, à propos de la discussion sur le Réveil aux conférences de l’Oratoire (mai 1905), d’avoir été trop « timide ». S’il n’avait pas été paralysé par sa timidité, effectivement bien connue, il aurait « fait remarquer à M. le professeur Bois, qui nous parlait admirablement du rôle de l’émotion dans la vie spirituelle, et par cela même dans tout Réveil, qu’il paraissait confondre l’excitation avec l’émotion, l’une étant du domaine physiologique et l’autre du domaine psychologique, l’une étant de nature nerveuse, l’autre nous prenant au plus profond de l’âme. » Je serai tenté de demander à mon amical critique : Votre distinction est-elle bien sûre ? La théorie psychologique moderne (W. James, Lange, Dumas) ne fait-elle pas énorme, presque même parfois à le faire unique et exclusif, le rôle du physiologique, du nerveux dans les émotions les plus profondes et les plus spirituelles ? Mais j’accorde pour mon compte qu’il peut y avoir de l’excitation sans émotion profonde — et dans tout Réveil c’est le cas pour un nombre plus ou moins grand de personnes chez lesquelles l’émotion reste à fleur de peau, et, se bornant à l’excitation, aux pleurs, aux sanglots, à l’énervement, aux confessions publiques arrachées par des impressions trop charnelles, ne produit rien de sérieux ni de durable. — Mais s’il peut y avoir de l’excitation sans émotion profonde, la réciproque est-elle vraie ? Peut-il y avoir de l’émotion profonde, beaucoup d’émotion profonde, de l’émotion profonde collective dans une foule, sans excitation ? Cela se peut-il en particulier chez des gens tels que les Gallois ? La très grande majorité des Gallois m’ont paru, quant à moi, empoignés jusqu’au plus intime et au plus vital de leur être, et je ne crois pas qu’on puisse parler de simple excitation quand on a assisté soi-même à ces inoubliables réunions, quand on a senti s’exercer sur soi-même cette foi-ce mystérieuse qui fait tressaillir, qui ébranle, qui pénètre, qui remue, qui efface par intervalles le sentiment du temps et de l’espace, et qui laisse sous l’impression, sous la certitude d’une grande réalité inexprimée et inexprimable.

[Une excitation sans émotion profonde, il est permis de croire que tel a pu être le cas a Loughor, patrie d’Evan Roberts. Dans le courant de l’hiver, les journaux ont publié la démission du Rév. Daniel Jones qui était pasteur précisément de la chapelle où Evan Roberts avait commencé sa carrière revivaliste deux mois auparavant. Et pourquoi ce pasteur a-t-il donné sa démission ? Parce qu’il n’approuve pas la façon dont les réunions ont été conduites pendant les deux mois écoulés Il y a eu tant d’excitation que le matériel a été fortement abîmé Les dommages se sont élevés à 60 livres (1500 fr.), et le pasteur a déclaré qu’il n’était pas juste d’imposer à une église particulière le paiement de cette somme, — les frais résultant de dégâts commis dans des réunions d’alliance évangélique, — et que, dans tous les cas, il ne pouvait admettre que cela se prolongeât… Mais l’Eglise semble avoir laissé partir son pasteur, moins désireuse de le conserver que de maintenir ses réunions bruyantes et tumultueuses, et plus soucieuse de garder le feu actuel que préoccupée du paiement futur de ses dettes. Ajoutons que c’est sans doute pour aider à payer ces dettes, — et d’autres encore, — qu’Evan Roherts, avant de partir pour Liverpool, a fait de généreux cadeaux à deux églises de Loughor. — Mais le fait de l’excitation demeure. — Et nous l’avons, d’ailleurs, signalé nous-mêmes en parlant des manifestations physiques dans le Réveil.]

Je reconnais, certes, qu’il peut y avoir abus et déviation du sentiment. Il peut se faire — et dans tout Réveil c’est le cas pour un nombre plus ou moins grand de personnes chez lesquelles le sentiment ne produit rien de sérieux ni de durable — il peut se faire que le sentiment ne se dépasse pas lui-même, qu’il se prenne pour son propre but, qu’il n’y ait que sentiment, et alors la piété n’est qu’une sorte de jouissance sentimentale raffinée, et le sentiment réduit à lui-même s’use à la longue, quand il ne se produit pas une réaction, et la condition dernière finit par être pire que la première. Mais il y a aussi un cas différent — et c’est incontestablement celui de la plupart de ceux qui ont été touchés par le Réveil gallois — c’est celui où le sentiment se mêle étroitement à la vie morale, tantôt servant de moyen, tantôt apparaissant comme un résultat. Tantôt servant de moyen, ai-je dit, et en effet, il en est de l’être humain sous l’empire de l’émotion comme d’une barre de fer sous l’influence d’une flamme ardente, il se ramollit, il devient souple et malléable, et dans cet état, tandis que la flamme n’a pas encore cessé son action, vous pouvez faire prendre à ce métal la forme que vous voudrez ; lorsque, la flamme étant éteinte ou simplement éloignée, le métal se refroidira, il conservera indéfiniment la forme qu’il aura reçue, il sera transformé à jamais. De même le sentiment permet à certaines transformations radicales et définitives de se produire dans l’être humain, et ces transformations une fois opérées subsistent à jamais, lors même que l’émotion a disparu et que le train journalier de l’existence a repris. C’est ainsi que l’émotion peut être employée comme un moyen pour une fin spirituelle et morale et conduire à un changement profond, durable et fécond. Il est hors de doute que l’émotion a joué et joue encore ce rôle, en grand, dans le Réveil gallois. Mais non seulement l’émotion peut être un moyen, elle peut aussi être un résultat. C’est un fait qu’en bien des cas l’émotion sous sa forme pleine, débordante, suprême, ne peut jaillir et durer que là où les obstacles moraux ont disparu, là où il n’y a point ou plus d’interdit moral, là où l’ordre a été établi dans les consciences. Lorsqu’un laïque de Rhos m’expliquait la marche du Réveil à Rhos, il me disait avec une netteté parfaite : « Nous avons employé les premiers jours à purifier (to cleanse) nos cœurs, à purifier la maison de Dieu ; ce n’est que lorsque nos cœurs ont été purifiés, lorsque toutes les querelles ont été apaisées, les vieilles dettes payées, les torts réparés, ce n’est qu’alors que le Réveil a atteint toute sa force et que l’explosion du sentiment religieux est devenue irrésistible. Et l’on sait le soin qu’Evan Roberts a mis de plus en plus à écarter les obstacles moraux, à sommer par exemple les personnes brouillées de se réconcilier ou de quitter la réunion, parce qu’autrement il serait impossible à la réunion de marcher. Ainsi, tantôt comme moyen, tantôt comme résultat, l’émotion est étroitement rattachée à la vie morale et religieuse féconde et complète. Elle provoque, facilite, produit l’obéissance pratique, la fidélité volontaire, la soumission effective à la conscience et à l’Esprit. Et elle résulte à son tour d’une telle vie. Cette fusion harmonique du sentiment avec la conscience et la volonté me semble admirablement réalisée dans le Réveil gallois, si on l’envisage dans son ensemble.

On insiste toutefois, et l’on allègue, pour appuyer les accusations du Lancet (hystérie, débauche d’émotionalisme), des faits précis, à savoir les hospices d’aliénés !

Une curieuse discussion sur les rapports du Réveil avec l’accroissement des cas de folie s’est produite au mois d’avril à l’hospice de Denbigh. Cet hospice, comme l’indique son nom (North Wales Counties Lunatic Asylum), reçoit les aliénés des cinq comtés de Denbigh, de Flint, d’Anglesey, de Carnarvon et de Merioneth. Au cours de la séance du comité, Mr Elwy Williams demande au docteur de l’établissement dans quelle mesure le Réveil a affecté le nombre des patients pendant le dernier trimestre.

Dr Cox : « C’est une question que j’ai examinée très attentivement. J’ai fait une analyse. Durant les deux derniers mois, jusqu’au 20 mars, nous avons eu un nombre exceptionnel de pauvres admis, à savoir un total de 66 à partir du 1er janvier, — 36 hommes et 30 femmes. Des 36 hommes, 11, et des 30 femmes, 6, avaient été, semble-t-il, influencés fâcheusement par le Réveil en vigueur. Ce]a représente un total de 17, soit 25% des patients admis. L’hérédité peut être mise en cause pour 5 hommes et une femme, et un de chaque sexe avait déjà souffert d’attaques précédentes. Restent 9 autres cas. On peut donc conclure de l’analyse que, pour 9 cas sur les 17, la cause première de l’aliénation mentale a été la ferveur religieuse. Il ne peut y avoir de doute qu’un grand nombre des patients étaient prédisposés à la folie par suite d’un dérangement mental hérité. D’autres, sans aucun doute, ont été affectés par le mouvement religieux, mais dans la majorité des cas il y a eu un penchant ou une faiblesse qui a été troublée par une influence émotive de ce caractère. »

Le Président : « Et dans quelques cas il n’y a eu aucune de ces influences troublantes ? »

Dr Cox : « Non. Il est extrêmement difficile de préciser toutes les circonstances et d’obtenir un récit exact de l’histoire passée des patients, mais ce que j’ai dit est une conclusion légitime. »

Dr R. Roberts : « C’est une conclusion générale. Le Réveil est très développé dans le comté de Merionethg, et j’aimerais savoir si la statistique pour les trois derniers mois montre qu’un plus grand nombre de patients ont été admis de ce comté que de tout autre. »

g – C’est le comté de la visionnaire Mrs Jones.

Dr Cox : « Oui, il y a eu un nombre plutôt plus grand de patients admis du Merioneth que des autres comtés, et ils doivent être attribués indirectement au mouvement revivaliste. »

Mr Elwy Williams : « Est-ce le résultat de votre observation des cas, ou est-ce une déduction que vous faites d’après les certificats d’admission ? »

Dr Cox : « Je m’appuie sur l’inspection des certificats, et aussi sûr mes propres enquêtes relativement à l’histoire des patients au moment de leur admission. »

Mr T. Griffith : « Est-ce que l’apparition des étranges lumières à Egryn rend compte de l’accroissement des cas du Merionethshire ? » (Rires.)

Dr Cox : « Pour autant que je puis en juger, à entrer dans le détail, il ne peut y avoir de doute, je pense, sur le fait qu’une grande proportion vient du district de Merioneth souffrant de l’effet de ce mouvement ; mais en analysant les cas, je trouve qu’il y a eu, sans aucun doute, une prédisposition ou un penchant au dérangement mental, et, par conséquent, ces cas ont dû être affectés d’une façon plus sensible par l’excitation émotionnelle. »

Mr Thomas Williams : « Vous déclarez que la condition de 25% des patients pauvres admis durant la période mentionnée est due à la ferveur religieuse, mais quel serait le nombre que vous attribueriez à la ferveur religieuse en temps normal ? Je sais qu’un certain nombre de cas sont ordinairement attribués à cette cause, et j’aimerais savoir de combien la proportion est supérieure maintenant. »

Dr Cox : « Il y en a sans doute un grand nombre affectés par la religion en temps normal, mais je vous procurerai la statistique. »

Mr A. O. Evans (s’interposant) : « Je pense que nous avons eu tout à fait assez de ceci (très bien ! très bien !) et je propose que nous passions à l’ordre du jour. »

Mr L. Jones Morris : « La déclaration faite par le docteur montre qu’il n’y a pas de motif pour s’alarmer. (Applaudissement.) En fait, la déclaration est très satisfaisante. (Très bien ! très bien !)

La discussion finit alorsh.

h – Procès-verbal publié par The Liverpool Daily Post and Mercury, 18 avril, le Wrexham advertiser, 22 avril, etc.

Cette discussion laisse à coup sûr des sentiments assez mêlés. On peut y joindre cette assertion que laisse tomber en passant et sans paraître y prendre garde un admirateur enthousiaste du Réveil gallois, M. Edgar Vine Hall : « Les maîtres disent que les enfants né leur donnent plus de peine maintenant. Les docteurs, d’autre part, expriment quelques craintes. Un correspondant du British Weekly écrit :

« Le 13 décembre, ou m’a montré une lettre écrite par un garçon de quatorze ans, qui est à l’école de Llanrwst : il parle du Réveil à ses parents, leur demande de prier pour lui, raconte qu’il a vu Jésus-Christ. Puis il dit qu’il a été à une réunion de prière ]a veille au soir jusqu’à onze heures ; qu’il y en avait quatre priant en même temps, et qu’un jeune homme dont il donne le nom, a prié pendant une heure (an hour) et puis est tombé dans une attaque de folie (« a mad fit » — l’expression est empruntée à la lettre du jeune garçon). On m’a demandé, continue le correspondant du British Weekly, si je voudrais arrêter l’œuvre parce que les gens deviennent fous ? Non, ai-je répliqué, mais je pense que la responsabilité pèse sur les chefs (leaders) et les anciens de restreindre l’excès et de ne pas permettre des meetings prolongés jusqu’à des heures tardives, onze heures, minuit, et plus tard. »

Les Gallois enthousiastes défenseurs du Réveil répliquent : « Que ceux qui accusent le Réveil de remplir les hospices d’aliénés veuillent bien demander la statistique de ceux que l’alcoolisme y envoie, et ils constateront qu’il y a plus de personnes envoyées dans les hospices en un an par l’alcoolisme qu’il n’y en aurait, envoyées par le Réveil, pendant plusieurs années, en supposant que le Réveil se prolongeât pendant cette longueur de temps ! J’admets sans peine l’exactitude de cette comparaison recueillie dans le British Weekly, mais ce n’est peut-être pas tout à fait la question. C’est assurément quelque chose que le Réveil… fasse moins de mal que l’ivrognerie ! La supériorité est-elle bien suffisante ? Encore si les défenseurs du Réveil disaient : le Réveil fait entrer quelques fous à l’hospice, c’est vrai, mais en revanche combien de malheureux ne préserve-t-il pas d’y entrer en les détournant à temps de l’ivrognerie, grande pourvoyeuse des établissements semblables à celui de Denbigh ! — Ce langage serait plus habile, il ne serait pas moins vrai… Il reste toujours qu’il y a, du fait du Réveil, quelques clients à l’hospice qui sans le Réveil ne s’y trouveraient point… Il faut en convenir, et ajouter que, en fait, des cas de folie passagère ou durable ont toujours été provoqués par les grands mouvements de foules — non pas seulement par les mouvements religieux, mais par les mouvements politiques, militaires, etc. et même, en dehors et plus ou moins indépendamment des foules proprement dites, par tous les grands événements nationaux ou internationaux, les grandes révolutions, les grandes catastrophes…

Il n’est pas difficile de s’expliquer le mécanisme psychologique de ces faits regrettables. L’émotion a une action dissolvante sur l’âme. Elle dissout les combinaisons familières, elle rompt le réseau des habitudes, elle dissocie les groupements ordinaires, démonte les mécanismes coutumiers. Lorsque les états de conscience sont ainsi désagrégés et rendus mobiles, la conséquence peut en être soit la ruine psychologique soit une réédification. Dans les cas les plus fréquents, les cas de conversion, à la démolition succède la reconstruction, les états de conscience s’orientent et se concentrent autour d’un principe de convergence : c’est un nouveau moi, un moi chrétien qui se forme. Mais dans certains cas, la démolition qui a tout jeté à terre, tout pulvérisé, tout délié, tout dénoué, n’est suivie par rien de positif ; l’être demeure poussière amorphe et instable au sein de laquelle aucune combinaison nouvelle ne réussit à se former et à durer — ou bien la démolition est suivie d’une reconstruction bizarre, anormale, — et dans les deux cas, c’est le détraquement mental.

Tous les psychologues-sociologues ont remarqué depuis longtemps que le nombre des fous est toujours relativement considérable dans les révolutions et dans les révoltes, non seulement parce que les fous y prennent part s’ils le peuvent, mais aussi- parce que les grandes commotions publiques, politiques ou religieuses, font devenir fous ceux qui étaient seulement prédisposés à la folie, même d’une manière légère. Cela a été prouvé statistiquement, pour la première fois, je crois, à la fin du siècle passé, par Pinel, le fondateur de la psychiatrie moderne. Après lui, Belhomme, dans son œuvre : Influences des commotions politiques (Paris, 1872) fait remarquer la forte recrudescence des fous due aux révolutions de 1831, 1832 et de 1848. Bergeret signalait le même phénomène (La politique et la folie dans la Gazette des hôpitaux, avril et mars 1886) pour la même révolution de 1848. Lunier dans le volume : Influences des événements et des commotions politiques sur le développement de la folie (Paris, 1879) disait que les tristes, événements de 1870-1871 avaient été la cause de 1700 à 1800 cas de folie du 1er juillet 1870 au 31 décembre 1871. Ramos-Meyia (Los nevrosis de los hombres célèbres en la historia Argentina, Buenos-Ayres, 1878) exposait des conclusions semblables quant aux effets des révolutions arrivées à Buenos-Ayres, après 1816a.

a – Cf. aussi Legrand Du Saulle (Le délire des persécutions, Paris, Delahaye, 1873) au dernier chapitre. — Sighele (La Foule criminelle, p.104, note).

On peut donc dire que plus un Réveil est intense, explosif, contagieux, violent, et plus il est à prévoir que le nombre des cas de folie provoqués par ce réveil sera considérable. Le Réveil gallois n’a pas échappé à cette règle : il y a là, je le reconnais, de quoi étonner, troubler, scandaliser, ceux qui considèrent le Réveil type revivaliste accentué comme le seul mode normal et complet de vie religieuse collective ceux qui considèrent le Réveil comme un bloc exclusivement divin tombé du ciel tel quel. Mais il n’y a pas là de quoi surprendre ni choquer ceux qui se placent au point de vue plus psychologique et non moins religieux où nous nous sommes placé ici. Et certes nous hésiterions à nous approprier ces mots rapportés par le British Weekly, de deux personnes à qui l’on parlait des cas de folie de l’Hospice de Denbigh : « Est-ce que, demande l’une, est-ce que par hasard vous voudriez arrêter le Réveil parce que des gens deviennent fous (because people become insane) ? — Il vaut mieux, déclare l’autre, il vaut mieux aller au ciel à travers Denbigh que d’aller en enfer. » Ces propos qui respirent comme un parfum de fanatisme et rappellent à certains égards la mentalité des inquisiteurs, nous ne saurions quant à nous les endosser tels quels. Mais en regard des quelques effets fâcheux, très fâcheux, très déplorables — il faut le reconnaître — produits par le Réveil, il convient, pour être juste dans une appréciation du Réveil gallois, de placer le tableau des effets excellents, des résultats admirables, et il faut le dire, infiniment plus nombreux.

[N’y a-t-il pas aussi du fanatisme dans le fait suivant, s’il est authentique ? Voici une coupure empruntée au Liverpool Echo et au Truth par un correspondant du British Weekly. Personne, que je sache, n’a démenti l’information : « Dans un récit du Réveil gallois, je lis que quelques curieux incidents se sont produits la semaine dernière dans le district de Rhos. L’un des plus curieux a été celui d’un mineur qui, ayant touché ses gages, est allé droit à une réunion de prière et a donné tout son argent pour aider le mouvement. Sa femme et ses enfants mouraient de faim, mais ils eurent beau supplier qu’on leur rendît un peu de l’argent : leur demande se heurta à un refus, les revivalistes estimant sans doute qu’ils avaient plus de droit aux gages de l’homme que sa famille affamée. Cela me paraît un résultat très honteux (very disgraceful) du mouvement, quoique j’ose dire que pour avoir exprimé cette opinion je provoquerai de nouveau la réplique que de telles matières sont absolument au delà de ma pauvre philosophie matérialiste. »

Il y en aurait long à dire, en effet, si on voulait entreprendre d’exposer parle menu tout ce que le Réveil gallois a déjà produit et réalisé de bon, d’excellent. Comme le disent et le répètent les Gallois, l’histoire complète du Réveil ne sera jamais racontée, la moitié au moins de l’histoire du Réveil n’a jamais été et ne sera jamais dite.

Il n’y a pas de cour de police qui ne rende un bon témoignage au Réveil. Les crimes et les délits ont baissé Considérablement dans les districts miniers. A Pontypridd, un juge de paix me racontait que, la semaine passée, au lieu de 70 « cas », il n’en avait eu qu’une quarantaine, et il attribuait cette diminution au Réveil. Ailleurs, c’est encore mieux : les juges se croisent les bras ; ils reçoivent une paire de gants blancs — ce qui est le symbole traditionnel de l’absence de cas délictueux. Plus de procès, plus personne aux tribunaux de police. Les prisons se vident peu à peu, personne ne remplace les détenus libérés périodiquement. — Dans son rapport annuel aux commissaires des prisons, le gouverneur de la prison de Carnarvon déclare que le nombre des femmes qui sont entrées dans la prison durant l’année écoulée a été inférieur à ce qu’il était depuis quelques années. Récemment, durant une période de sept semaines, une seule femme a été reçue, et le total pour le trimestre janvier-mars n’a été que de 15. « Ceci, je pense, peut être légitimement attribué à l’influence du Réveil gallois », ajoute le gouverneur…

le Magistrat : — Quoi ? Point de cas ! Une autre paire de gants blancs pour moi ! Que signifie cela, huissier ?

l’officier de la Cour : — C’est le Réveil, Monsieur.

Plus de rixes, plus d’ivrognes dans les rues ; au lieu, de jurons, on entend des paroles de bienveillance et de fraternité ; au lieu de chants obscènes, des cantiques de louanges. La joie, le bonheur rayonnent sur tous les visagesb.

b – Je rappelle ici ce que j’ai rapporté plus haut, d’après un laïque de Rhos, sur les changements survenus dans cette localité. M. Paul Passy ; qui à visité Rhos quelques mois après mon passage, a constaté que ces changements tenaient bon. (Cloche d’alarme. Octobre et décembre 1905.)

On comprend donc que le juge Gwilym Williams ait pu dire, à Cardiff : « On a chicané récemment le revivaliste sur ses méthodes. Pour moi, les méthodes ne sont rien ; les résultats sont tout et les résultats sont excellents. Et l’on comprend aussi que le chanoine anglican Wilberforce ait pu s’écrier dans un sermon, à l’abbaye de Westminster, à Londres, que le Réveil gallois a plus fait pour le bien du peuple en deux mois que les lois contre l’alcool en dix ans. Le vice dominant, l’ivrognerie, recule. Les cabarets se plaignent de ne plus faire d’affaires. Un débitant a vu descendre ses recettes de mille à cent francs par semaine. Un brasseur déclare qu’il vend par semaine 7500 francs de bière de moins qu’autrefois. — Un avoué, après avoir subi l’influence religieuse du Réveil, a renoncé à être le conseil périodique (légal adviser) des brasseurs et a, par cette décision, perdu 50 000 francs. — Un commis-voyageur en vins et liqueurs racontait, dans un hôtel de Cardiff, ses expériences dans la vallée de Rhondda : « On ne me donne plus de commandes, disait-il, je ne puis plus rien gagner. L’un de mes meilleurs clients m’a dit qu’il n’avait besoin de rien », le Réveil lui ayant enlevé ses plus fidèles consommateurs, lesquels autrefois buvaient chaque semaine la moitié de leur paye. — Un commis-voyageur en cristaux disait : « Les affaires vont très mal, à présent ; dans les maisons où je vendais autre fois quatorze douzaines de bocks, c’est à peine si j’en vends aujourd’hui une douzaine. » — Un grand nombre de cabaretiers ont fermé boutique, parce qu’ils n’ont plus de clients. Au début du Réveil, un cabaretier disait à un autre : « Si tout cela est du diable, nous rattraperons nos clients ; si c’est de Dieu, nous ne les rattraperons pas. » Les clients n’ont pas été rattrapés. Dans un village presque tous les hommes s’étaient donnés à Dieu et avaient renoncé aux boissons alcooliques, pour lesquelles ils avaient naguère un déplorable penchant. Tout le monde était donc dans la joie, sauf le cabaretier, qui voyait avec dépit sa marchandise lui rester pour compte. Une pensée touchante se fit jour alors parmi les nouveaux convertis. Il n’est pas convenable, dirent-ils, que ce pauvre cabaretier soit seul à s’attrister de ce qui nous réjouit tous. Il faut lui rendre possible, à lui aussi, sa conversion et la joie. Et alors on fit une souscription dont le produit fut employé à acheter au débitant toute sa provision de boissons fortes, et triomphalement on alla répandre ces liqueurs maudites dans le ruisseau. — En bien des endroits, les cabaretiers ont fermé boutique parce que, saisis eux-mêmes par le Réveil, ils n’ont plus voulu vendre leurs drogues empoisonnées. Par exemple, grâce au Réveil, le village d’Esgairgeiliog, dans le comté de Merioneth, est devenu un village sans public-house (cabaret). La propriétaire du cabaret, le seul qui existât dans ce village, s’est convertie à l’une des réunions de Réveil, et son premier acte après sa conversion a été d’aller chercher une échelle et d’enlever de sa propre main l’enseigne placée au-dessus de la porte, et elle a dit à une réunion postérieure qu’elle ne s’était jamais sentie si heureuse dans toute sa vie qu’au moment où elle enlevait l’enseigne.

De même, des tenanciers de maisons de débauche et de mauvais théâtres ont fermé boutique. Des femmes perdues ont abandonné la prostitution. Les sociétés de footballc ont été en plusieurs endroits dissoutes ; les matches de football ont été transformés en réunions de prière ; les joueurs les plus acharnés abandonnent leurs ballons, leurs cartes, leur ale, et leurs sanglants assauts de boxe, et vivent d’une vie sobre et divine, mettant aujourd’hui toute leur vigueur à travailler pour le Réveil. Les parieurs refusent l’argent gagné par les paris faits avant leur conversion ; des lutteurs qui gagnaient des prix s’occupent maintenant de gagner des âmes. Même les réunions musicales et littéraires, si chères au peuple gallois, se trouvent négligées. Des programmes de concerts ont dû être changés et composés d’hymnes et de chants spirituels, car les auditeurs ne pouvaient supporter la musique profane. Des eisteddfodau ont été ajournés ou transformés en réunions de prière. Dans bien des endroits, des hommes politiques venus pour tenir des réunions politiques ont compris que ce n’était pas le moment et se sont improvisés eux-mêmes revivalistes. Des conférences ont échoué. Le fameux député libéral M. Lloyd George devait tenir une réunion politique à Pwllheli. Mais il a télégraphié : « Très désireux, qu’aucun obstacle ne vienne en aucune mesure rompre la pleine force du Diwygiad (Réveil), j’insiste pour que l’idée d’un meeting politique soit abandonnée. »

c – Les parties de football sont dans le Pays de Galles des occasions de paris et de débauches.

Au meeting annuel de l’Institut littéraire d’Aberdovey, le rapport du bibliothécaire a accusé une diminution de 338 dans le nombre des livres prêtés pendant l’année. Les mois pendant lesquels la diminution s’était produite étaient ceux de juillet et décembre ; et comme la réduction dans le dernier mois (décembre) portait presque exclusivement sur les romans, il l’a attribuée au Réveil religieux, qui a éclaté à Aberdovey en décembre. On peut ajouter qu’en bien des endroits des livres athées, libres-penseurs ont été brûlés par leurs propriétaires.

Les torts anciens sont réparés : Les dettes sont payées quand il y avait déjà prescription ; les biens mal acquis sont restitués. — Il y a neuf ans un cadran solaire et trois œufs avaient disparu d’un hôtel à Tylorstown : le cadran a été mystérieusement retourné au propriétaire avec trois timbres représentant la valeur des trois œufs. — Un camionneur de la mine de Pentre avait perdu il y a un an une tabatière en cuivre sur laquelle son nom était inscrit : cette tabatière lui a été renvoyée. — Il y a quatre ans environ qu’une dame de Risca avait perdu sa bourse contenant onze shillings. Bourse et argent lui ont été renvoyés tout récemment par la poste. — Il y a huit ans un carrier avait ramassé une pièce d’or sachant à qui elle appartenait ; converti par le Réveil, il la renvoyait en signant : Un pécheur repentant. — Un médecin disait : « Je ne sais trop que penser de ce Réveil, mais en tout cas j’en aurai profité. — Avez-vous plus de malades ? — Non, mais on me paie de vieilles notes que je n’espérais plus voir rentrer. J’en ai touché, de ces notes, pour environ 500 francs. Un chef de gare dans le Pays de Galles a recu la lettre suivante, qui a paru dans le Great Western Railway Magazine : « Veuillez transmettre à la Compagnie les 40 centimes en timbres poste que vous trouverez ci-inclus ; ils représentent le montant d’une erreur commise à son préjudice quand j’ai pris mon billet. Je n’avais pas l’intention quand j’ai pris mon billet de faire tort à la Compagnie. Pourtant, lorsque j’ai vu que personne ne venait me réclamer la somme, j’ai écarté la chose, comme bien d’autres l’ont fait auparavant, en me donnant pour excuse ce sophisme : c’est à la Compagnie d’y regarder, pas à moi. Mais ces réunions de Réveil sont nuisibles à une semblable philosophie ; de là les timbres inclus. Je suis une autre victime de la conscience. Diolch iddo ! » — Un pasteur écossais, le Rév. Thomas Simpson, a raconté, à son retour du Pays de Galles, qu’il était entré dans une boutique un matin et que l’assistant lui avait dit qu’il ne se passait guère de matinée que le courrier n’apportât des mandats pour payer des dettes en suspens. — Un drapier de Pontypool écrit dans le Western Mail : « Je pense que c’est par suite du Réveil que j’ai reçu hier par la poste la somme de 24 s., accompagnée d’une lettre anonyme disant : « Veuillez recevoir ce petit règlement d’un compte qui date de l’époque de votre père. »… La lettre ne donne aucune indication sur l’expéditeur. Pourriez-vous m’aider à découvrir la date de la dette, même si l’expéditeur ne désire pas révéler son nom ? Je serais très heureux s’il voulait au moins donner la date, car il y a maintenant plus de 31 ans que mon père est mort. — Un correspondant de la « Presse » (Singapore) dit : « Il y a un Réveil extraordinaire en train, juste maintenant au Pays de Galles. Je ne suis pas très chaud partisan de cette espèce de chose, mais ce Réveil-là a mis de l’argent dans ma poche. Nous avions perdu beaucoup d’argent au Pays de Galles pendant les quelques dernières années, et clôturé nombre de nos comptes avec des fermes galloises par de « mauvaises dettes ». Dans la dernière quinzaine, nous avons reçu le paiement de tous nos débiteurs en défaut avec l’intérêt pour le temps écoulé. Je crois à cette espèce-là de Réveil. » — M. Richards, président de l’Association des épiciers de Rhondda, reçut la lettre suivante : « Monsieur, je vous renvoie une médaille et un diplôme qui m’ont été décernés à l’exposition de 1903. Je les ai gagnés par des moyens illégitimes. Le jury ayant critiqué mon empaquetage de pains de sucre, je jurai formellement qu’un rival avait bouleversé mon étalage et abîmé ainsi mon empaquetage, ce qui est absolument faux. Dieu, qui est miséricordieux, m’a par-donné, mais je sens le besoin de réparer ma faute en vous renvoyant mon diplôme et ma médaille. Je vous demande humblement pardon pour le mal que j’ai fait. » — Voici qui est encore plus touchant, et qui est même singulièrement émouvant : Un jour dans une réunion on vit se lever un homme qui raconta avec une poignante émotion qu’il était un déserteur de la marine anglaise, qu’il avait donc trompé son pays en manquant à ses engagements, et qu’il allait immédiatement se livrer aux autorités pour subir la peine qu’il avait encourue par sa désertion. C’est ce qu’il fit en effet. Hâtons-nous de dire que des amis influents intervinrent en sa faveur et obtinrent sa libération.

Les vieilles querelles sont apaisées ; les ennemis se réconcilient. Et cela va jusqu’à l’apaisement des discussions et des brouilles… ecclésiastiques ! ! On cite deux églises indépendantes de Glyn-Neath qui depuis près de 12 ans étaient en mauvais termes, et qui se sont réconciliées : les ministres se sont touché la main devant une assemblée d’environ 400 personnes.

Dans un endroit où a sévi longtemps un conflit entre patrons et ouvriers, dont s’est occupé le Parlement, le conflit dit des carriers, nombre de familles restaient divisées, en lutte les unes avec les autres : tout cela a été comme balayé.

Les ouvriers se contentent de leurs salaires, et travaillent avec conscience. Bien des patrons déclarent que la qualité du travail faite par les mineurs s’est améliorée. Il y a moins de déchets. Les ouvriers vont à leur travail journalier le cœur tout à la joie.

Grâce au Réveil, des milliers de maris et de femmes trouvent maintenant pour la première fois de leur vie du plaisir à rester dans leurs foyers. Les enfants sont vêtus, nourris et élevés comme ils ne l’ont jamais été auparavant. Des maris retournent à leurs foyers abandonnés. Des enfants prodigues reviennent repentants dans leurs familles. Parfois ils se convertissent dans une réunion où ils se trouvent assister à l’insu de leurs parents présents aussi : et la conversion est suivie d’une reconnaissance, puis d’une réconciliation, qui se fait au milieu des larmes et des assentiments chaleureux de l’assemblée. — A Swansea, des travailleurs sont venus au work-house reprendre les parents pauvres qu’ils avaient confiés à l’Assistance publique. — Les tailleurs enregistrent avec satisfaction des commandes nouvelles, imposées par les scrupules de la « respectability. »

En Angleterre fleurit comme en France la mode des cartes postales illustrées. On en vend un assez grand nombre qui ont trait au Réveil gallois. L’une de celles qui a joui d’une légitime vogue représente le bonhomme Noël à la barbe blanche contemplant une famille de mineurs confortablement installée autour d’une table sur laquelle figure un bon repas. Les petits enfants ont la mine toute réjouie, écarquillent les yeux et les doigts, et tandis que la femme se cache le visage dans sa main, le mineur, la tête levée et la fourchette et le couteau en l’air, répond au père Noël. Ce petit dialogue est inscrit au bas de la carte :

une amélioration

Père Noël. — Ceci est très différent de l’état où je vous ai trouvé l’année dernière, Thomas. Qui puis-je remercier du changement ?

Le mineur converti. — Remerciez Dieu… et Evan Roberts !

Cette carte postale illustrée est comme l’emblème figuré des transformations profondes et radicales produites dans la vie de bien des mineurs gallois par le Réveil.

Une amélioration

Voici un fait authentique qui fera toucher du doigt la réalité de ces améliorations :

Dans une ville du comté de Glamorgan, un homme qui, après avoir reçu une éducation libérale, s’était marié et était devenu père de deux enfants, était tombé dans de mauvaises habitudes qui lui avaient fait négliger ses devoirs vis à vis de l’Eglise, dont son père était un membre important, et ses obligations à l’égard de sa femme et de ses deux petites filles. Sa famille était très mal entretenue ; la pauvre femme avait dû vendre tout le mobilier pour se procurer de la nourriture et diverses choses indispensables. L’homme, autrefois bon père et bon époux, dépensait ses gages à boire…

Un soir il assista à une réunion de Réveil. La grande assemblée était en train de chanter un hymne favori, répétant et répétant plusieurs fois de suite sans se lasser, le refrain : « Il se fait tard, il se fait tard, la porte de la pitié n’est pas encore fermée… Le chant de cet hymne éveilla quelque chose dans le cœur de cet homme. Il rentra chez lui, passa devant les cabarets qu’il fréquentait d’habitude, sans avoir l’idée d’y entrer, le refrain bourdonnant toujours à ses oreilles : « La porte de la pitié n’a pas encore été fermée ! Tout en marchant, il se surprit lui-même a répéter cette simple prière : « Je te remercie, Seigneur, la porte de la pitié n’a pas été fermée. Aide-moi à passer à travers Cette porte, Seigneur ! Sa femme fut surprise de le voir rentrer si tôt, de le trouver si affectueux dans ses manières. Chacun des soirs qui suivit, il revint de même à la maison, sobre, mais souvent avec des traces de larmes sur les joues. Sa pauvre femme ne savait pas grand’chose du Réveil. Ses habits étaient trop misérables pour lui permettre de se rendre à un lieu de culte. Elle vivait beaucoup à la maison, considérant sa vie comme perdue et ayant renoncé à tout espoir de temps meilleurs. Le samedi vint. Le mari rapporta chez lui tout son argent, toute sa paie, — deux livres, 50 francs, Elle reçut l’argent, mais ne dépensa que 7 shillings, 8 fr. 75 — ce qu’elle dépensait d’habitude, quand elle pouvait recueillir cette somme. Pendant la seconde semaine, le mari rentra encore sobre à la maison chaque soir. Le second samedi, il donna de nouveau à sa femme la totalité de ses gages et se montra tendre et affectueux. Elle fut reconnaissante et de plus en plus étonnée, mais ne dépensa cette fois encore que la somme habituelle de 7 shillings. Pendant la troisième semaine, il continua de rentrer sobre à la maison chaque soir, mais fut un peu plus réservé dans ses manières, et sa femme crut deviner qu’il souffrait de quelque désappointement. Aucun changement ne s’était produit dans le logis durant la semaine, mais le troisième samedi la femme se décida à dépenser une partie de l’argent qu’elle avait reçu. Elle acheta quatre chaises de cuisine, une nappe, quelques couteaux et quelques fourchettes, de la vaisselle et quelques habits pour elle et ses filles. Quelle transformation ces modestes achats n’opérèrent-ils pas dans ce misérable intérieur ! L’homme rentra à la maison dans l’après-midi du samedi. La femme et les enfants étaient assis à table. Il ouvre la porte. Surpris du spectacle, il se hâte de la refermer en murmurant des excuses pour s’être ainsi introduit, pense-t-il, dans une maison étrangère. Il sort dans la rue, regarde le numéro de la maison : « C’est tout de même bien là ! se dit-il. J’ai la berlue ! Qu’est-ce qui m’est arrivé ? » Il entre de nouveau, fait quelques pas, se trouve en face d’une table recouverte d’une nappe blanche et entourée d’enfants joyeux. Il croit de nouveau avoir fait erreur ! Il était, disent les Gallois qui racontent ce trait, comme un agneau qui ne réussit pas à reconnaître sa mère qui vient d’être tondue ! Il allait ressortir une seconde fois, lorsque sa femme, qui semblait rajeunie de dix ans dans son vêtement neuf, lui dit enfin : « William, vous ne me reconnaissez pas ? » Il s’élança vers elle, tomba à son cou, l’embrassa, puis se mettant à genoux, il remercia Dieu de ce que la porte de pitié n’était pas fermée, il pria Dieu de lui pardonner son passé et de donner à sa femme et à ses enfants la force de le lui pardonner. La femme dit : Amen, en sanglotant… William est maintenant parmi les convertis, et chaque soir, avant d’aller se reposer, les époux font leur culte domestique et n’oublient pas de chanter ensemble le. refrain : La porte de la pitié n’est pas encore fermée.

A tous ces faits, recueillis dans les journaux et les conversations et qu’il serait aisé de multiplier, j’ajoute les témoignages rendus, dans les réunions auxquelles j’ai assisté, par les convertis du Réveil à leurs conversions encore récentes. Oh ! ces témoignages, quelle éloquence ils possèdent dans leur simplicité, voire même leur trivialité ! En 1875, à l’époque d’une mission revivaliste de Moody et Sankey, Chamberlain déclarait à Birmingham qu’il est aisé de présenter des statistiques relativement au nombre des hommes et des femmes qui, dans un état d’excitation contagieuse, ont affirmé qu’ils s’étaient convertis et qu’ils possédaient l’assurance du salut ; mais qu’il est plus difficile de suivre ces cas, d’accompagner ces nouveaux convertis chez eux et de voir jusqu’à quel point cette conversion soudaine a amené des vies chrétiennes authentiques. Cette remarque ne s’applique pas aux témoignages qu’il m’a été donné de recueillir.

A Cardiff, j’ai entendu une femme montée dans le parquet s’écrier : « Il y a quelques mois, j’étais une ivrognesse, la pire ivrognesse qui ait jamais marché en titubant dans les rues. » Et effectivement la pauvre malheureuse porte bien sur sa figure et dans toute son apparence extérieure les traces de sa vie passée, et on n’a pas de peine à se la figurer telle qu’elle devait être lorsqu’elle allait titubant dans les rues. Mais son témoignage est si touchant que les larmes viennent aux yeux : « Maintenant, dit-elle, maintenant je suis transformée. Non seulement Jésus m’a sauvée, mais il m’a gardée pendant ces quelques mois. » Ici l’assemblée interrompt pour entonner tout d’une voix le Diolch iddo. La femme fait un mouvement pouf quitter le Set Fawr : le Principal Edwards assis à côté d’elle l’engage à rester. Quand le refrain est épuisé, la femme reprend son allocution, déclare que son mari est en train de se convertir, exhorte les assistants mariés à venir hommes et femmes à Jésus. Elle termine en disant qu’elle n’a jamais été si heureuse qu’aujourd’hui. Et l’assemblée de lancer à pleins poumons le cantique qui commence par ces mots : « Heureux jour que celui où Jésus a lavé mes péchés ! »

Dans la même réunion à Cardiff, un homme s’écrie en rendant grâces à Dieu : « Avant ma conversion, j’allais au cabaret, j’en sortais tard la nuit ; quand je sortais, je ne pouvais marcher ni me tenir debout, et il fallait que des voisins me ramènent chez moi prodiguant des blasphèmes et des injures. Maintenant ce n’est pas au cabaret que je vais le soir, c’est à la maison de Dieu, et quand je sors, je marche seul, je marche droit, je rentre à une heure convenable chez moi et je rentre en chantant des cantiques ! »

A Aberdare, je fais la connaissance d’un converti du Réveil, un Mr Jones, qui me conduit chez Dan Roberts. Sur notre chemin, M. Jones est salué par tout le monde et il salue tout le monde. Il m’explique son cas. « Vous comprenez, me dit-il, tout le monde me connaît. » J’étais le plus grand ivrogne d’Aberdare autrefois. Arrivés chez Dan Roberts, nous sommes introduits dans un salon où se trouvent déjà, avec Dan Roberts, plusieurs personnes. Et mon nouvel ami de s’extasier et de s’écrier : « Qui aurait jamais dit cela, il y a quelques mois, que je me trouverais un jour, moi, Jones l’ivrogne, dans une société de gens comme vous : un revivaliste (Dan Roberts), un pasteur et sa femme, un missionnaire et sa femme, un professeur de théologie (c’était moi). » Puis, avisant un monsieur qui était sans doute un laïque et qui ne rentrait pas dans les catégories précédentes, il l’interpelle : « Et vous, mon ami, vous avez bien aussi accepté Jésus-Christ, j’espère ? — Et le laïque, avec un bon et joyeux sourire, de répondre : « Oui, je suis sur le roc ! Peu après, nous nous rendons tous ensemble à la réunion, et vers la fin, au moment où les croyants se lèvent pour rendre témoignage, mon ami Jones se lève à son tour, prend la parole, rappelle son état passé, et le compare avec son état présent : « Je pèse tant de livres de plus à présent qu’autrefois. » Et il donne le chiffre que je confesse avoir oublié. « Autrefois, dit-il encore, quand je me suis converti, au moment de signer l’engagement de tempérance, ma main tremblait — non pas d’émotion, mais d’alcoolisme. Je ne pouvais signer proprement mon nom. Maintenant ma main ne tremble pins, j’écris avec une parfaite aisance. Je suis même devenu le secrétaire d’une Société de tempérance. Et j’en suis très fier. Toutefois si je vous ai raconté tout cela, conclut-il, ce n’est pas que je désire me mettre en avant, c’est parce que j’ai peur qu’il n’y ait ici ce soir quelqu’un qui hésite à accepter le salut parce qu’il se croit un trop grand pécheur. Eh bien ! je veux lui dire qu’il est impossible qu’il y ait un plus grand pécheur que moi, et que moi, pourtant, j’ai été sauvé par Jésus-Christ. »

A ces témoignages, je voudrais encore ajouter un récit : le récit d’une inoubliable réunion de prière — une réunion au fond d’une mine.

Un matin, à cinq heures, mon hôte vient me réveiller, et je pars déguisé, car mon hôte m’a affublé d’une vieille casquette et d’un vieux manteau de caoutchouc, pour me préserver de l’eau et de toutes les choses plus ou moins propres qui pourraient me toucher ou me tomber dessus dans la mine. Je traverse Pontypridd presque en entier. Les rues sont désertes. Les riches et les bourgeois dorment encore, à cette heure ultra-matinale pour eux. Je ne rencontre de ci de là que quelques ouvriers qui se rendent à leurs travaux, dans toutes les directions, quelques mineurs portant à la main soit leur lampe de sûreté encore inallumée, soit un bidon d’essence. Je quitte Pontypridd et je commence à grimper la côte qui conduit à la mine où je suis attendu, Penrhiw Pit, — mine bien connue maintenant en Angleterre et dans quantité de pays : c’est une des mines les plus visitées par les étrangers et où les réunions de prière sont le plus ferventes. C’est tout juste si à un carrefour douteux je réussis à trouver quelqu’un pour m’indiquer le chemin. Enfin me voici arrivé. Il y a déjà là quelques personnes : dames et messieurs, qui attendent. Je me trouve en pays de connaissance, car je rencontre un étudiant écossais qui a assisté avec moi et qui a parlé avant moi à une réunion de prière l’avant-veille. L’un après l’autre, les mineurs viennent devant nous faire vérifier et fermer leurs lampes de sûreté, avant de descendre dans la mine. Enfin notre tour arrive. Nous sommes neuf ; cela fait dix avec notre conducteur : c’est juste le nombre permis par les règlements pour chaque fournée. Nous nous entassons comme nous pouvons dans la chambre étroite de l’ascenseur, serrés les uns contre les autres, et maintenant tant bien que mal notre équilibre. L’ascenseur s’ébranle. Curieuse impression que celle de cette descente dans le noir, et que celle du bruit sinistre et sourd du couvercle qui se rabat lourdement sur le trou béant par lequel nous avons été introduits dans les entrailles, de la terre ! Enfin, après un temps qui paraît très long, la machine cesse de descendre. Elle s’arrête. Nous voici arrivés à un carrefour éclairé à l’électricité. Nous sortons de la boîte obscure, et nous marchons par des galeries plus ou moins ténébreuses jusqu’à un autre carrefour. Chemin faisant, notre guide, — qui n’est autre, je crois, que Mr David Daniel, l’un de ceux qui ont pris le plus à cœur ces réunions de prière dans la mine de Penrhiw, — nous dit que la moitié des mineurs, dans cette mine, sont des chrétiens décidés. Bientôt nous commençons à distinguer dans le lointain le chant d’un cantique bien familier à nos oreilles, l’hymne de Pantycylin : Conduis-moi, ô Toi grand Jéhovah ! chanté sur la mélodie : Bryn Calfaria. Le son enfle et grandit. Nous approchons. Il y a bien là, pour autant que je puis en juger, de 60 à 100 mineurs, assis, à genoux, accroupis dans la posture caractéristique et habituelle de leur travail quotidien, debout, dans toutes les attitudes, chacun muni de sa lampe de sûreté posée à côté de lui ou attachée à ses vêtements. D’autres lampes sont attachées à l’un des gros troncs d’arbre qui soutiennent la voûte. C’est un spectacle émouvant que celui qu’offrent ces lampes, brillant dans l’obscurité des galeries. On est invinciblement empoigné par ces voix d’hommes chantant à pleins poumons l’original et impressif cantique gallois à trois cents mètres au-dessous du sol. On est saisi par ce spectacle étrange, qui évoque un instant le souvenir des catacombes romaines et des premiers cultes chrétiens. Mais dans ces catacombes de Pontypridd, le secret n’est plus nécessaire. Il n’y a plus de persécution. Il n’y a plus même de moqueries. Peut-être y en a-t-il eu au début du Réveil. Il n’y en a plus maintenant. Ceux-là même qui ne participent pas à la réunion la respectent. Cependant, pour n’être pas aussi tragiques que les réunions des catacombes romaines, ces réunions n’en sont pas moins émouvantes quand on réalise que ces formes humaines vagues et indécises ne sont autre chose que de pauvres mineurs qui passent dans ces sombres parages toute leur existence obscure. Ah ! ce ne sont certes pas des êtres efféminés, prompts à un sentimentalisme facile. J’étudie leurs attitudes, je scrute les visages de ceux qui sont le plus près, et je discerne des corps solidement charpentés, bien musclés, des figures qui portent les traces du dur travail souterrain. Et ils sont là, les yeux baissés dans la prière car ils prient même lorsqu’ils écoutent la Bible, ils prient même lorsqu’ils chantent. Ils sont là, frémissant d’émotions intimes qui leur étaient inconnues il y a quelques mois, joyeux d’une joie qui passe à travers leurs chants, leurs lectures et leurs prières, et se communique à nos cœurs ; nulle part je n’ai mieux senti la profondeur et le sérieux du Réveil gallois, car c’est dans de semblables réunions matinales que ces ouvriers, obligés à un dur labeur, puisent quotidiennement la force d’exécuter avec une scrupuleuse probité leur tâche, et d’être des chrétiens fidèles et conséquents dans leur travail, dans leurs rapports réciproques, et jusque dans la façon de conduire et d’apostropher leurs chevaux ! « Le réveil, dit avec raison Mlle Merle d’Aubignéd, fait l’affaire des patrons et des actionnaires autant que celle des ouvriers. Le rendement des houillères augmente depuis le Réveil, car le mineur chrétien ne met plus dans le wagonnet la pierre avec la houille. Le cœur converti donne du charbon honnête. »

d – Extrait d’une lettre particulière datée du 20 mars et racontant une réunion de prière dans la mine de Penrhiw. La lettre a été publiée par le Christianisme, l’Evangéliste, le Chrétien belge

Le chant terminé, un mineur lit en anglais — car on sait qu’il y a des visiteurs étrangers et on désire qu’ils puissent comprendre, et d’ailleurs, à Pontyprydd même, l’anglais est aussi répandu et même plus que le gallois — un mineur donc lit à genoux, le livre près de sa lampe posée à terre ; il lit le premier chapitre de l’Evangile selon saint Jean, un chapitre qu’on aime beaucoup à lire à fond de mine. Et à coup sûr, les belles déclarations de l’apôtre prennent ici un sens tout particulier et un incomparable à propos :

« La vie était la lumière des hommes. La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue… Jean parut pour rendre témoignage à la lumière. Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme. Elle était dans le monde et le monde a été fait par elle. A tous ceux qui l’ont reçue, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. »

La lecture finie, l’assemblée chante le bel hymne de Newman, véritable petite merveille du chant sacré, où tout est réuni : la beauté musicale d’une mélodie très simple et très pénétrante, la beauté littéraire d’une poésie admirable de forme et de fond. En voici la traduction qui a l’inconvénient d’être en prose, mais aussi l’avantage d’être littérale et exacte :

« Conduis-moi, bienveillante lumière, au milieu des ténèbres qui m’environnent, conduis-moi en avant. La nuit est sombre et je suis loin de la maison : conduis-moi en avant. Garde mes pieds. Je ne demande pas à voir les horizons lointains ; un seul pas, c’est assez pour moi.

Je n’ai pas toujours été ainsi et je n’ai pas toujours prié que ce soit toi qui me conduises. J’aimais à choisir et à voir mon sentier ; mais maintenant, toi, conduis-moi en avant. J’aimais le faux brillant du jour, et malgré quelques craintes, l’orgueil gouvernait ma vie. Ne te souviens pas des années passées !

Ton pouvoir m’a si longtemps béni que sûrement il continuera de me guider en avant, par dessus les landes et les marécages, par dessus les rochers et les torrents, jusqu’à ce que la nuit soit passée et qu’avec le matin me sourient ces figures d’ange que j’ai aimées depuis longtemps et que j’ai perdues un instant. »

La traduction ne peut rendre tout ce que cette émouvante poésie renferme de profond, de mystérieux, d’implicite, de suggestif. Mais je puis certifier que lorsqu’on comprend bien le texte anglais d’une part, et que, de l’autre, on entend une assemblée galloise chanter ces strophes à demi-voix avec une émotion contenue ou à voix presque basse comme voilée par l’adoration, l’effet en est irrésistible, et il faudrait être bien maître de soi-même pour réussir à empêcher les larmes de vous monter aux yeuxe. Et là, au fond de la mine, l’hymne de Newman devenait plus saisissant et plus poignant encore.

e – On trouvera, avec une traduction très libre et vers la fin très délayée et très différente de l’original, la mélodie de ce chant au numéro 9 (Un seul pas à la fois) du recueil de l’Etoile.

Après le chant, un mineur prie en anglais. Il remercie. Dieu du changement qui s’est opéré dans sa vie et dans la vie de ses camarades. Sa prière est, elle aussi ; un chant, un chant de louange et d’adoration :

« Autrefois, dit-il, nos âmes étaient aussi noires que ces galeries obscures qui nous environnent, nos âmes étaient aussi noires que la houille. Oui, nos âmes étaient si sombres, les yeux de nos âmes étaient si aveuglés, que nous ne pouvions pas plus y voir devant nous que les yeux de nos corps n’y verraient si toutes nos lampes s’éteignaient en cet instant. Mais merci à toi, Seigneur, merci à toi, de ce que tu as fait luire ta lumière et de ce que tu as éclairé nos âmes ! Merci à toi de ce que tu as allumé pour nous la plus belle, l’unique lampe de sûreté qui ait jamais été inventée pour des âmes humaines ! »

A coup sûr, la métamorphose qui s’est produite au fond de la mine de Penrhiw est grande. On s’en rend compte quand on lit ces lignes de Mlle Merle d’Aubigné :

« Les mineurs de Penrhiw ont eu jusqu’à présent une tout autre réputation que celle d’hommes de prière. Il y a quelque temps, plusieurs d’entre eux attaquèrent la maison de M. Davies et comme celui-ci faisait mine de se défendre, ils tinrent pendant dix minutes le couteau au-dessus de sa tête. La frayeur de sa femme pendant cette scène terrible amena une attaque de paralysie dont elle souffre encore.

Dans la mine de Penrhiw les blasphèmes et les jurons pleuvaient de tous côtés, on se moquait des chrétiens. Quand un jeune garçon descendait dans la fosse, chacun se donnait le mot pour le corrompre le plus vite possible et celui qui avait réussi à le faire broncher s’en glorifiait devant ses camarades. Tout a bien changé depuis le mois de novembre. »

Cependant, quelques-uns des visiteurs, entre autres une demoiselle, prient à leur tour. Pendant quelques instants encore les prières anglaises et les prières galloises s’entremêlent. Et les paroles du psalmiste se réalisent en un sens littéral : « Des profondeurs j’ai crié, à toi, Seigneur ! — Seigneur, entends ma voix ! Ou, si on préfère un autre souvenir qui se présente aussi à la pensée, on songe au verset de l’Apocalypse qui parle de l’adoration universelle rendue à Dieu et à Jésus-Christ par toutes les créatures qui sont non seulement dans le ciel et sur la terre, mais aussi sous la terre, et qui s’écrient : « A Celui qui est assis sur le trône, et à l’Agneau, soit louange, honneur, gloire et force aux siècles des siècles ! »

Jadis, au début du Réveil, on mettait le meeting à l’épreuve. Quelqu’un invitait les convertis, ceux qui sont sur le chemin de la lumière et de la gloire, à lever en l’air leurs lampes. Le spectacle devait être impressif. Mais lorsque les choses se sont peu à peu tassées, il a fini par devenir impossible d’attirer les non-convertis à la réunion. Et lorsque de matin en matin on a eu constaté que toutes les lampes s’élevaient et qu’aucune ne restait sur le sol, on a renoncé à l’épreuve. Les réunions ne sont plus que des réunions de convertis.

Quand l’heure du travail est arrivée, sept heures, un mineur prononce une bénédiction, et l’on se sépare en silence.

Notre conducteur nous fait placer dans un recoin pour attendre que la cohue soit dissipée, que les mineurs et les chevaux aient tous passé, et que chacun soit parti pour son travail. Nous voyons défiler devant nous ces pauvres bêtes qui passent toute leur vie sous la terre, car, une fois descendues, elles ne remontent plus vivantes. Mais il ne faut pas dire pauvres bêtes. Car leur sort est bien changé. Plus de mauvais traitements, plus de brutalités, plus de jurons, plus de coups de pied, comme autrefois. S’ils pouvaient parler, les chevaux ne seraient pas les derniers à rendre témoignage à l’efficacité et au sérieux du Réveil gallois. Comme le dit Stead, « dans ces longues galeries souterraines, où naguère les ouvriers juraient après leurs ponies pour les stimuler, on n’entend plus que les refrains des chants du Réveil. Effectivement, un juron est chose très rare ; et lorsqu’il arrive à un mineur converti de s’oublier et de retomber dans son ancienne habitude, il se hâte de s’excuser auprès de ses compagnons et de tomber à genoux pour demander pardon à Dieu. Dans la mine de Penrhiw comme dans plusieurs autres mines, les gros mots inscrits sur les portes ont été remplacés par des textes de la Bible.

Nous reprenons place dans l’ascenseur et bientôt nous émergeons de nouveau dans la pleine lumière. Je reviens à Pontypridd avec l’étudiant écossais et une demoiselle écossaise, celle qui a prié dans la mine et qui, avec une émotion dont elle est visiblement toute remuée encore, a rendu grâce à Dieu des leçons qu’il lui donnait par le moyen de ces mineurs, et du grand privilège qui lui était accordé de se trouver à une telle réunion de prière. Oui, c’est bien là la pensée qui s’impose à nos consciences, en même temps que l’émotion vibre dans nos cœurs : ces mineurs nous donnent une leçon de vie chrétienne conséquente et fidèle, et ils nous apprennent aussi comme à nouveau ce que nous savions déjà, mais ce qui prend pour nous l’aspect d’une découverte tant nous en comprenons le sérieux et la réalité, à savoir que le secret d’une vie conséquente et fidèle, c’est la prière, la prière individuelle, la prière collective, la prière sous toutes ses formes. Quand nous nous sommes vraiment séparés pour de bon, à Cardiff, la demoiselle écossaise m’a demandé mon nom et m’a donné le sien, en m’invitant à prier pour elle et en me promettant de prier pour moi et pour la France dans le cercle de prières dont elle fait partie à Edimbourg.

Or, ce n’est pas seulement à Penrhiw Pit, mais c’est dans un grand nombre d’autres mines, et ce n’est pas seulement dans quelques mines, c’est aussi dans des ateliers, des usines, des carrières, que de semblables réunions se tiennent quotidiennement : là, elles ont lieu au milieu du jour, pendant l’heure du dîner. Et l’on voit les ouvriers qui, autrefois, se dépêchaient de terminer leur repas pour pouvoir jouer aux cartes, se presser maintenant de déblayer le repas de leur corps pour nourrir leur âme dans la lecture de la Bible et la prière. — Et au nord du Pays de Galles à ce que raconte M. Edgar Vine Hall, quand on se promène dans la campagne, on peut voir çà et là un travailleur agenouillé, absorbé dans sa prière, et à côté de lui, ses outils oubliés…

Dans tout-ce qui précède, il y a, me semble-t-il, la preuve évidente que, malgré les accusations d’hystérie et de débauche d’émotionalisme qui peuvent se trouver vraies dans certains cas, malgré les quelques accroissements de folie religieuse à Denbigh et ailleurs, le Réveil gallois a fait un bien moral immense, incalculable ; il a produit des transformations individuelles et une transformation sociale où un chrétien ne peut que reconnaître et adorer l’action directe de Dieu !

Il serait à coup sûr excessif de dire : le Pays de Galles est devenu un vrai paradis terrestre, c’est la société idéale, c’est le Royaume de Dieu. Car le Réveil — nous avons expliqué pourquoi et comment — n’a gagné presque que des mineurs et des paysans : les classes supérieures, dirigeantes, intellectuelles, les patrons d’usines, les directeurs de mines, les employés supérieurs, etc., n’ont été que point ou peu touchés par le Réveil. Et dès lors, il est difficile que le Réveil ait réellement porté des fruits sociaux tels qu’on puisse dire : c’est la réalisation du Royaume de Dieu. Il a certes produit des fruits sociaux en abondance : il serait très injuste de le méconnaître. Mais je ne sache pas que l’administration, l’organisation du travail, les conditions civiles et politiques, aient été modifiées. Et ce n’est point là un grief contre les Gallois convertis ni un motif de douter de la réalité de leur conversion ou d’en déprécier l’importance. Nullement. Les modifications sociales et économiques dont je parle ne dépendent pas des conversions, même multipliées, de la classe populaire et ouvrière des Gallois : du moins elles n’en dépendent pas directement et immédiatement. Il faudrait que le Réveil atteignît les Anglais domiciliés en Galles, et même les Anglais d’Angleterre, puisque la principauté de Galles est sous la couronne d’Angleterre.

Pour nous en tenir au Pays de Galles et aux Gallois, non seulement le Réveil n’a gagné que des mineurs et des paysans, mais il n’a pas gagné tous les mineurs et tous les paysans. Il y en a qui demeurent réfractaires. Et ceux-même qui ont été convertis ne sont pas, du jour au lendemain, devenus des saints parfaits. La conversion individuelle n’est qu’un début et doit être suivie de la sanctification : un Réveil n’est aussi qu’un commencement après lequel doit venir une transformation progressive et continue, une période d’organisation intérieure. Les Gallois, toujours abondants en images pittoresques, disent qu’un Réveil, comme une marée, couvre la côte à la fois de mauvaises herbes et de trésors, et cela prend ensuite du temps de diviser, trier, jeter de côté les mauvaises herbes, et ramasser et arranger les trésors. Dès le 22 décembre 1904, le Rév. J. Cynddylan Jones disait :

« Est-ce que le Réveil a chance de continuer ? Oui, jusqu’à ce qu’il ait achevé son œuvre, à savoir d’exciter les Eglises, de consumer leurs impuretés, de les élever à un niveau supérieur de vie spirituelle. Nous n’avons pas besoin qu’il dure plus longtemps — la tension est trop grande. C’est un cataclysme dans la création spirituelle, correspondant à ceux du monde physique, qui inaugurent des formes supérieures de la vie… Tandis que c’est l’œuvre du Réveil de faire sauter avec la poudre les blocs de pierre dans la carrière, c’est la tâche du ministère régulier de les tailler. En 1859, il y a eu une explosion semblable par suite de laquelle 60 000 à 100 000 conversions ont été produites. La plupart de ces nouveaux convertis étaient des pierres grossières sans contredit. Il a fallu quarante ans de travail persévérant de la part des ministres pour les tailler et les rendre capables d’entrer dans le temple spirituel. Il a fallu enseigner, corriger, guider, façonner. Mais la dernière pierre détachée dans cette mémorable explosion a été enfin polie à la ressemblance d’un palais. Eh bien ! Dieu dans ses compassions a visité de nouveau le pays ; les pierres se détachent, la poudre agit, des milliers de quartiers de roche sont là — il faudra bien encore une quarantaine d’années pour les façonner. Mais, grâce à Dieu, les ministres gallois n’esquiveront pas la tâche. »

On a parfois, en France, ressenti et exprimé une certaine répugnance pour la manière dont les Gallois ont compté et additionné les conversions pendant les mois héroïques du Réveil, publiant des statistiques dans les journaux, donnant des chiffres précis… Je sais les critiques que ces procédés peuvent provoquer, et dans une certaine mesure j’y souscris. Mais pour être tout à fait juste, il faut comprendre. Ce qu’il faut comprendre, c’est que toutes les églises non-conformistes galloises (baptistes, congrégationalistes., méthodistes, wesleyennes) ont pour principe fondamental de n’admettre comme membres que ceux qui professent être nés de nouveau ; elles ne se recrutent ni par le baptême, ni par la première communion, mais par la conversion. Quand les conversions ne se produisent plus, elles dépérissent et meurent. En temps ordinaire, ces Eglises se recrutent par des conversions isolées, sporadiques ; mais de semblables conversions suffisent à peine à combler les vides produits par la mort et par d’autres causes. Les Eglises risquent alors de s’éteindre faute d’un recrutement suffisant. Mais lorsque éclate un Réveil comme le Réveil gallois, ces Eglises se trouvent du coup doublées, triplées, quadruplées, et au delà. Car chaque conversion est suivie invariablement d’une demande (spontanée ou provoquée) d’admission dans une Eglise. Aussi les Eglises galloises se voient-elles d’ores et déjà en possession de troupeaux tellement accrus, qu’en bien des endroits les chapelles existantes se trouvent trop petites pour la marche régulière de l’Eglise ! Chaque Eglise est enrichie d’une multitude de convertis inscrits parmi des membres effectifs et désormais soumis à son contrôle et à sa discipline. Il y a là, pour les Eglises et leurs pasteurs, avec d’immenses espérances, d’indicibles encouragements, une sérieuse responsabilité. Mais les chrétiens gallois ont le sentiment de cette responsabilité. A Cardiff, pendant les vacances de Pâques, une grande conférence de ministres des Eglises libres a discuté avec soin la question de savoir comment il fallait s’y prendre pour retenir et éduquer les nouveaux convertis. On a proposé aux Eglises d’ouvrir chaque soir des salles de lectures, d’avoir des classes bibliques, des associations d’évangélisation, etc. La question était à l’ordre du jour, et chaque Eglise particulière était invitée à faire connaître ses besoins, ses intentions, ses désirs, ses indications, à un comité nommé pour cela.

Et je ne puis m’abstenir de résumer ici un article très, intéressant à ce sujet, publié dans le British Weekly du 30 mars par le Rev. Alexander Lewis. Il y raconte sa visite à l’Eglise méthodiste calviniste de la Trinité à Tonypandy, le 29 mars. L’Eglise de Tonypandy, je l’ai dit ailleurs, a été une des premières à sentir les effets de l’esprit du Réveil. Il y a de cela quatre ans environ : depuis cette époque, assure le Rév. Alexander Lewis, il ne s’est pas pas passé de semaine sans conversions. Pendant ces quatre ans, le nombre des membres de l’Eglise s’est élevé de 115 à 750, et celui des membres de l’Ecole du Dimanche de 180 à 900. Les convertis sont surtout des hommes : il y a dans le nombre des joueurs, des jureurs, des ivrognes, des boxeurs (au moins un). Le Rév. Alexander Lewis raconte qu’on a formé une douzaine de comités pour poursuivre les anciennes œuvres et de nouvelles œuvres qu’on a fondées ; dans chaque comité on a mis un ou deux anciens chrétiens, tous les autres sont des nouveaux convertis. Chacun de ces comités est réélu — et changé — chaque mois afin de donner à chacun la possibilité de participer à son tour d’une manière effective à la direction de ces entreprises sociales, philanthropiques, chrétiennes. On va ouvrir une salle pour remplacer le rendez-vous social de la taverne, etc. La réunion de prière est tenue régulièrement par 350 personnes. L’Ecole du Dimanche réunit 900 élèves, dont 600 sont adultes. Le Rév. Alexander Lewis a vu dans la galerie du fond une classe de 110 jeunes gens, dont la majorité sont de récentes recrues, venues tout droit de la rue. L’un des diacres avait, dans une petite salle, une classe de 60 hommes, tous des nouveaux convertis, « matériel informe, brut, comme il disait, qu’il s’agissait de mettre en œuvre ». L’intérêt manifesté par tous pour toutes les activités anciennes ou nouvelles de l’Eglise, la soif d’action et d’instruction, ont réellement, d’après le Rév. Lewis, quelque chose d’impressionnant. A Tonypandy, le sermon mis à l’écart pendant les premiers temps du Réveil a repris sa place et l’expérience montre qu’après un Réveil l’œuvre de la prédication est d’une importance souveraine. Les convertis doivent être instruits, et pour certains genres d’enseignement il n’y a pas de méthode qui vaille celle du sermon. Le Rév. Alexandre Lewis a prêché au service du soir devant 1300 personnes entassées dans une chapelle capable à peine de contenir 900 auditeurs assis. Les ailes, les marches de la chaire, le vestiaire, tout espace utilisable était occupé ; et pendant ce temps, il y avait dans un autre local à côté une réunion pour 500 enfants ! Et ce n’était rien là d’inaccoutumé ; de semblables foules ont rempli et remplissent la chapelle depuis des mois. L’auditoire était composé d’hommes principalement. Pas une femme dans la galerie. Le bas de la chapelle comptait deux fois plus d’hommes que de femmes. L’attention donnée par l’auditoire, la façon dont tous les assistants étaient suspendus à chaque mot du sermon, prouvaient assez, dit M. Lewis, que le sermon sera aussi important, si ce n’est plus, qu’avant pour former et façonner le caractère de la communauté.

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