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Bible de Jérusalem

Sagesse 15

Israël n’est pas idolâtre.

15 Mais toi, notre Dieu, tu es bon et vrai,
lent à la colère et gouvernant l’univers avec miséricorde.
2 Pécherions-nous, nous sommes à toi, nous qui reconnaissons ta souveraineté,m
mais nous ne pécherons pas, sachant que nous sommes comptés pour tiens.

m Les Israélites continuent à reconnaître en lui le seul Seigneur, qui s’est engagé solennellement vis-à-vis de leurs Pères et qui reste fidèle, 12.19, 21-22 ; 15.1 ; ou encore, même pécheurs, comme lors du veau d’or, Ex 32, ils ne cessent d’appartenir à Dieu, car ils savent qu’il exerce son pouvoir sur tous avec bonté et miséricorde, offrant la possibilité du repentir, 11.23-12.2 ; 12.16-18.

3 Te connaître, en effet, est la justice intégrale,
et reconnaître ta souveraineté est la racine de l’immortalité.n

n Il s’agit d’une connaissance vitale, cf. Jr 9.23 qui est au principe de la vraie justice. La notion d’immortalité, avec l’image de la racine, cf. 3.15, prolonge celle de justice, cf. 1.1, 15 ; 3.1-9. Pour l’idée d’ensemble, cf. Jn 17.3.

4 Non, les inventions humaines d’un art pervers ne nous ont pas égarés,
ni le travail stérile des peintres,
ces figures barbouillées de couleurs disparates,
5 dont la vue éveille la passion chez les insensés
et leur fait désirer la forme inanimée d’une image morte.
6 Amants du mal et dignes de tels espoirs,
et ceux qui les font, et ceux qui les désirent, et ceux qui les adorent !

Folie des artisans d’idoles.o

7 Voici donc un potier qui laborieusement pétrit une terre molle
et modèle chaque objet pour notre usage.
De la même argile il a modelé
les vases destinés à de nobles emplois
et ceux qui auront un sort contraire, tous pareillement ;
mais dans chacun des deux groupes, quel sera l’usage de chacun,
c’est celui qui travaille l’argile qui en est juge.

o L’auteur s’en prend aux fabricants d’idoles et met en scène un potier modeleur de statuettes, comme il y en avait tant dans le monde hellénistique. La description est parallèle à celle du bûcheron, 13.11-19.

8 Puis — peine bien mal employée ! — de la même argile il modèle une divinité vaine,
lui qui, depuis peu né de la terre,
retournera sous peu à la terre dont il fut pris,
quand on lui redemandera l’âme qui lui a été prêtée.
9 Cependant il ne se soucie pas de ce qu’il doit mourir
et qu’il a une vie brève,
mais il rivalisep avec les orfèvres et les fondeurs d’argent,
il imite ceux qui coulent le bronze,
il met sa gloire à modeler du faux.

p Au lieu de songer à ses fins dernières, que lui rappelle l’argile qu’il travaille, Gn 3.19, ce potier se donne le ridicule de rivaliser avec les artistes dont le talent s’emploie sur une matière noble.

10 Cendres, que son cœur !
plus vil que la terre, son espoir !
plus misérable que l’argile, sa vie !
11 Car il a méconnu Celui qui l’a modelé,
qui lui a insufflé une âme agissante
et inspiré un souffle vital ;q

q « Âme agissante » et « souffle vital » sont synonymes.

12 Mais il a estimé que notre vie est un jeu d’enfant,
et notre existence une foire à profits :
« Il faut gagner, dit-il, par tous les moyens, même mauvais. »r

r Le potier se voit attribuer ces expressions proverbiales courantes dans le monde gréco-romain.

13 Oui, plus que tout autre, celui-là sait qu’il pèche,
lui qui, d’une matière terreuse, fabrique des vases fragiles et des statues d’idoles.

Le comble : de l’idolâtrie à la zoolâtrie.

14 Mais ils sont tous très insensés et plus infortunés que l’âme d’un petit enfant,s ces ennemis de ton peuple qui l’ont opprimé ;t

s L’enfant peut être facilement abusé.

t L’auteur revient aux Égyptiens « oppresseurs » de son peuple avant l’Exode et encore sous le règne des Ptolémées ; cf. 12.23-27 ; 13.1.

15 en effet, ils ont tenu aussi pour dieux toutes les idoles des nations,
qui n’ont ni l’usage des yeux pour voir,
ni de narines pour aspirer l’air,
ni d’oreilles pour entendre,
ni de doigts aux mains pour palper,
et dont les pieds ne servent à rien pour marcher.
16 Car c’est un homme qui les a faites,
un être au souffle d’emprunt qui les a modelées ;
nul homme, en effet, n’est capable de modeler un dieu qui lui soit semblable ;
17 mortel, c’est une chose morte qu’il produit de ses mains impies.
Il vaut mieux, certes, que les objets qu’il adore :
lui du moins aura vécu, eux jamais !
18 Et ils adorent même les bêtes les plus odieuses ;
car en fait de stupidité, elles sont pires que les autres.
19 Et pour autant qu’on puisse éprouver du désir à la vue d’animaux, rien de beau ne s’y trouve,
au contraire, ils ont échappé à l’éloge de Dieu et à sa bénédiction.u

u Au début de la création, Dieu avait béni son œuvre de vie, Gn 1.22, 28 ; 2.3. Après la chute le serpent fut maudit, Gn 3.14-15. Les animaux-dieux des Égyptiens méritent la même réprobation.