Je veux t’aimer

LA MAÎTRISE DE SOI

« Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour … la maîtrise de soi »

Galates 5.23

Les maris ignoreraient-ils que la femme est d’une autre nature, bien différente de la leur ? Celle-ci vibre davantage dans son âme et a soif de tendresse. Ceux-là vibrent surtout dans leur corps et le terme de tendresse qui a une portée psychique chez l’épouse évoque, pour le mari, les caresses qui précèdent et préparent l’union des corps.

Volontiers, la femme se contenterait d’être auprès d’un conjoint aimant, comblée de bonheur à l’écoute de mots tendres sans désirer davantage que de s’endormir dans ses bras rassurée, détendue et satisfaite. Or, généralement, le mari en veut plus. La présence de l’être aimé, le contact des corps éveille sa sexualité et fait naître, plus vite, le désir de s’unir à celle qu’il aime. Il y pense et s’emploie à précipiter l’acte conjugal alors que sa compagne, perdue dans ses pensées, n’y est pas préparée. L’homme n’a nul besoin de préambule. Le Dr. P. Tournier dit très justement que « la courbe amoureuse, chez l’homme, a l’aspect d’une montée brusque vers un sommet et d’une descente non moins brusque. Elle est essentiellement sexuelle et impérative » (1). Tout au contraire, la femme a besoin, pour parvenir à ce sommet, d’une longue communion affective, dans un climat de tendresse sereine.

(1) Pour se mieux comprendre entre époux. Éd. Labor et Fidès, Genève, 1970.

On claironne partout qu’il ne faut pas contrarier l’instinct mais laisser s’exprimer sans retard les revendications du plaisir. Parler ainsi, c’est dégringoler au niveau de la bête, c’est adopter le langage des ténèbres. Arrière ces théories puisque Dieu a mis en l’homme l’aptitude à renoncer volontairement et joyeusement à l’exigence pressante du désir sexuel. Il peut freiner ses ardeurs pourvu qu’il le veuille et se confie en Celui qui communique la force de se dominer.

Ne craignez pas d’aborder ensemble ce sujet important. Librement et sans réticence. Dans le même ouvrage, Paul Tournier déclare : « la meilleure protection contre les tentations sexuelles, c’est de pouvoir en parler librement et de trouver dans la compréhension de l’épouse, non certes une complicité, mais une aide efficace et bienveillante pour en triompher ».

Je comparerai le mari et sa femme à deux voyageurs qui avancent sur la route. L’un est grand de taille et fait de longues enjambées, l’autre, petit, progresse plus lentement. Si chacun se dépréoccupe de l’autre et marche à son rythme sans faire le moindre effort pour garder le contact avec son compagnon, les deux ne tarderont pas à se distancer. Mais parce qu’ils tiennent à cheminer côte à côte – c’est tellement plus sympathique ! – le grand ralentira sa marche tandis que l’autre, animé du même désir, accélérera ses pas. Ainsi, ils pourront faire route ensemble et converser jusqu’au terme du voyage. L’homme aux grandes jambes, c’est généralement le mari, pressé d’arriver au but : l’union conjugale. Le deuxième, c’est l’épouse qui se fait attendre mais doit chercher aussi à rejoindre son compagnon. Que l’amour les inspire l’un et l’autre et ils se retrouveront à l’unisson, sans grand effort et avec joie. Attendre, rester maître de ses sens est la part du mari. Une discipline élémentaire qui sera largement payée car ici plus qu’ailleurs, il est toujours décevant de « jouer tout seul ».

C’est pourquoi, en vous prenant l’un l’autre – et ceci concerne surtout les maris – ne songez pas d’emblée à l’acte sexuel. Chassez cette pensée. Acceptez d’avance que l’union charnelle n’ait pas lieu. Soignez votre « image de marque », c’est-à-dire, ne donnez pas à votre épouse l’impression qu’il n’y a « que cela » qui compte. Vous lui apparaîtriez bientôt comme un obsédé sexuel, un jouisseur égoïste, un être repoussant. Votre hâte l’éloignerait de vous et la rendrait réticente. De plus en plus. Elle vous jetterait à la face : « Tu ne m’aimes pas, tu me désires ». Et ce serait grave car on aime pour la joie de l’autre, on désire pour sa propre joie. « Le plaisir né du désir, affirme le Dr. Th. Bovet, ne répond qu’à ma propre imagination, il est comme un vieux disque tournant indéfiniment ». (2).

(2) Le Mariage, ce Grand ystère, Th. Bovet, Delachaux et Niestlé, 1965.

Non ! En l’étreignant, votre épouse doit avoir la preuve que vous êtes désintéressé, capable de discipline sur vous-même, uniquement préoccupé d’elle, de son bonheur. Elle s’offrira d’autant plus vite qu’elle se sentira libre et aimée. On n’offre jamais à qui exige mais on lui cède sans se donner vraiment à contrecœur.

Devant Dieu et devant votre compagne – pourquoi pas ? – prenez la décision de ne jamais « forcer la porte » ; ayez assez de délicatesse pour ne répondre que « sur invitation ». « La résistance de la femme, écrira très justement le Dr. Th. Bovet, est un jeu et ce n’est pas la force de l’homme qui doit la vaincre, mais l’ascendant qu’exerce son calme, sa possession de soi, la sollicitude rassurante dont il enveloppe la bien-aimée » (2). Il la gagnera chaque fois, non par des procédés et de l’habileté, mais par son attitude entière.

Et s’il advient que l’épouse ne réponde pas à l’attente du mari, si le sommeil la gagne sans que monte le désir et ne parvienne « l’invitation », il la respectera. L’un et l’autre renonceront à s’unir, d’un commun accord, sans céder à la mauvaise humeur ou à la déception. Ensemble, ils béniront le Seigneur pour cet instant d’affection vraie et se confieront en Lui pour le repos de la nuit.

Soyez alors heureux d’avoir gagné une bataille de plus dans la conquête de l’harmonie totale. Sur la voie de la tempérance chaque victoire remportée rend l’homme plus fort pour gagner la suivante. Aimez gratuitement et vous serez agréable à « Celui qui vous a aimés le premier » et à votre conjoint qui aura une nouvelle preuve de votre affection, authentique parce que désintéressée. En vérité, le mariage est bien une école d’altruisme.

DIALOGUE

1. – LUI : Votre épouse se plaint-elle de votre égoïsme, de votre intempérance ? Etes-vous impatient dans vos relations charnelles, peu soucieux de lui procurer du plaisir dans ce domaine ? Avez-vous gagné des batailles sur vos instincts ? Ou au contraire, y cédez-vous habituellement sans chercher à les dominer ? Si l’Esprit saint vous convainc d’intempérance, humiliez-vous, décidé à ne répondre que « sur invitation ».

2. — ELLE : Reconnaissez que votre mari a une nature différente de la vôtre. N’ignorez pas ses luttes et montrez-vous indulgente à son égard. Si vous l’avez brusqué inutilement, humiliez-vous à votre tour, décidée à « rejoindre » votre mari.

3. — ELLE et LUI : Ensemble, bénissez Celui qui vous rendra capables de grandir dans l’amour … qui est patient (1 Corinthiens 13.4).

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